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Études internationales

Volume 40, numéro 1, mars 2009, p. 160-162

Carl Schmitt et les relations internationales

Sous la direction de Jean-François Thibault

Direction : Gordon Mace (directeur)

Rédaction : Pauline Curien (rédactrice en chef)

Éditeur : Institut québécois des hautes études internationales

ISSN : 0014-2123 (imprimé)  1703-7891 (numérique)

DOI : 10.7202/037593ar

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Compte rendu

Michael MERLINGEN et Rasa OSTRAUSKAITE (dir.), European Security and Defence Policy. An Implementation Perspective, 2008, Londres, Routledge, 226 p.

Alessia Biava

Doctorante en science politique

Faculté de sciences économiques et sociales

Université de Genève


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Dans le contexte d’un accroissement de la littérature sur la politique extérieure de l’Union européenne et sur le rôle de celle-ci en tant qu’acteur politique international, cet ouvrage collectif se penche sur l’étude spécifique de la Politique européenne de sécurité et défense (pesd) et rend compte des avancées très rapides auxquelles on a assisté au cours des dernières années. Le texte, préfacé par Javier Solana, examine l’efficacité de cette politique, en étudiant de quelle manière elle est mise en pratique à travers les opérations de maintien de la paix de l’ue déployées sur le terrain depuis 2003. Le livre étudie aussi jusqu’à quel point l’engagement de l’Union européenne dans le cadre de la pesd répond aux exigences sécuritaires des pays concernés. Par ailleurs, l’ouvrage met en lumière une série d’enseignements tirés de l’expérience pratique de l’ue sur le terrain dans le cadre de la pesd. Les auteurs avancent également des suggestions sur la manière de rendre le déploiement de l’ue encore plus efficace.

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Parmi les remarques méthodologiques du chapitre d’introduction, Mer-lingen et Ostrauskaité soulignent la nécessité de se concentrer, à cette phase de l’étude de la pesd, sur des données empiriques, notamment sur la mise en oeuvre de cette politique et sur son impact.

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Au-delà de l’introduction et de la conclusion, le livre se compose de onze contributions qui permettent de voir, sous différents angles, de quelle manière et avec quels effets l’ue, en tant que nouvel acteur sécuritaire depuis 1999, a utilisé ses instruments civils et militaires. Les contributions de l’ouvrage s’appuient sur un ensemble très riche de données empiriques, tirées soit de l’expérience personnelle des auteurs sur le terrain, soit d’une série d’entretiens avec des praticiens, qui confèrent à l’ouvrage un caractère très innovateur.

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Les deux chapitres qui suivent l’introduction constituent la première partie du livre. Les auteurs s’y penchent sur l’histoire et les capacités de la pesd, ainsi que sur la formation de la conception d’un rôle sécuritaire au sein de l’ue. Maria Raquel Freire se focalise sur les origines, les développements, le modus operandi de la pesd, sur ses défis actuels et sur ses limites. Xymena Kurowska analyse de quelle manière les missions dans le cadre de la pesd permettent à l’ue de se positionner sur la scène internationale et de définir son rôle d’acteur de la gestion des crises.

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La deuxième partie du livre réunit des contributions visant à analyser de manière détaillée les missions de la pesd, mettant en évidence les différents aspects de la gestion de crises de l’ue. Elle inclut donc six cas d’études concernant la mission de police de l’ue en Bosnie Herzégovine (Thomas Mühlmann), l’opération militaire eufor Althea en Bosnie Herzégovine (Thomas Bertin), la mission de police en arym, eupol Proxima (Tobias Flessenkemper), la mission eujust themis en Géorgie (Xymena Kurowska), les missions de l’ue en République démocratique du Congo (Marta Martinelli), la mission de surveillance à Aceh (Paul Kirwan).

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Ces chapitres sont organisés sur la base d’une structure commune. D’abord, ils contextualisent l’intervention de l’ue dans le cadre de la pesd par rapport à la situation politique du pays. Ensuite, ils se penchent sur les aspects plus politiques et organisationnels de la mission, y compris les motivations à la base de son lancement, son mandat, sa phase préparatoire, son déploiement, ses relations avec les autorités locales et son interaction avec les autres acteurs internationaux. Par la suite, l’analyse s’intéresse aux activités pratiques sur le terrain, aux obstacles rencontrés ainsi qu’à l’impact de la mission sur le terrain. Chaque chapitre se termine par des suggestions pratiques sur la manière de rendre la pesd plus efficace, en partant des enseignements tirés de ces opérations.

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La troisième partie se compose de deux contributions focalisées sur les relations avec les États-Unis et sur l’interaction entre la pesd et l’otan. Le chapitre de Gabriele Cascone analyse ainsi les rapports entre l’ue et l’otan. En partant des origines de leur coopération, l’auteur étudie par la suite sa progressive institutionnalisation par le biais des accords de Berlin Plus, sa mise en oeuvre effective sur le terrain. Il s’attarde enfin sur les leçons apprises grâce à l’expérience accumulée et sur la manière de rendre cette coopération plus efficace. Jeffrey Simon étudie pour sa part l’impact du développement de la pesd sur les relations transatlantiques et sur la coopération entre l’ue et les États-Unis sur le terrain en matière de sécurité.

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La quatrième partie du livre aborde de manière très innovatrice la perception de la pesd dans les pays où les missions se déroulent. Cet aspect a été, jusqu’à aujourd’hui, généralement négligé par les chercheurs, alors qu’il est essentiel pour évaluer l’impact et l’efficacité de la pesd. Kurt Bassuener et Enver Ferhatović s’intéressent notamment aux missions de la pesd dans les Balkans.

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Dans les conclusions du livre, Merlingen et Ostrauskaité suggèrent de manière très intéressante des généralisations sur la pesd nourries par les observations empiriques des différentes contributions. Par la suite, les auteurs observent que la pesd a été particulièrement façonnée par Javier Solana et par son entourage. Se pose donc la question de savoir ce que deviendra la pesd quand Solana quittera son poste de haut représentant de l’ue pour la pesd. Ils estiment que la trajectoire de la pesd ne changera pas beaucoup, car elle a atteint un degré d’institutionnalisation et de path-dependency qui garantira une certaine continuité dans son évolution future, même après le départ de Solana. Dans leurs remarques conclusives, Merlingen et Ostrauskaité considèrent que l’Union a développé une façon européenne de gérer les crises et la phase postconflit. À titre d’exemple, les cas d’études de cet ouvrage collectif montrent que l’accent mis sur la responsabilité locale représente un des éléments constituant cette differentia specifica de l’approche sécuritaire européenne.

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Le livre est très instructif et se fonde sur une approche tout à fait innovatrice caractérisée par un équilibre très réussi entre analyse théorique et détails issus de l’expérience pratique sur le terrain au coeur des missions. Une des valeurs ajoutées de l’ouvrage réside donc dans le fait que les contributions ont été rédigées par des chercheurs du monde universitaire, mais également par des praticiens de la pesd ayant une expérience concrète du terrain. Cette approche permet ainsi de recueillir des informations précieuses pour les chercheurs, qui ne sont pas toujours repérables dans les documents officiels et qui n’émergent pas forcément des entretiens. L’accent mis sur le processus d’apprentissage, ainsi que sur la perception de la pesd de la part des pays « consommateurs », représente également un autre point fort du livre.

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Il s’agit donc d’une lecture à recommander certainement à tout chercheur ou praticien qui souhaite approfondir l’étude des missions de la pesd en se focalisant sur leur dynamique opérationnelle, tout en allant largement au-delà des informations contenues dans les textes officiels disponibles.


Auteur : Alessia Biava
Ouvrage recensé : Michael MERLINGEN et Rasa OSTRAUSKAITE (dir.), European Security and Defence Policy. An Implementation Perspective, 2008, Londres, Routledge, 226 p.
Revue : Études internationales, Volume 40, numéro 1, mars 2009, p. 160-162
URI : http://id.erudit.org/iderudit/037593ar
DOI : 10.7202/037593ar

Tous droits réservés © Études internationales, 2009

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