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Études internationales

Volume 41, numéro 2, 2010, p. 292-294

Direction : Gordon Mace (directeur) et Richard Ouellet (directeur adjoint)

Rédaction : Pauline Curien (rédacteur en chef)

Éditeur : Institut québécois des hautes études internationales

ISSN : 0014-2123 (imprimé)  1703-7891 (numérique)

DOI : 10.7202/044631ar

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Compte rendu

William A. Maloney et Jan W. Van Deth (dir.), 2008, Civil Society and Governance in Europe. From National to International Linkages, Cheltenham, Edward Elgar, 267 p.

Mathieu Tremblay

Institut québécois

des hautes études internationales (hei)

Université Laval, Québec


1

Cet ouvrage collectif, dirigé par William A. Maloney (University of Newcastle upon Tyne, R.-U.) et Jan W. van Deth (University of Mannheim, All.), réunit un vaste éventail de chercheurs européens spécialisés en matière de gouvernance européenne, notamment sur ses multiples acteurs et paliers de décision. Ainsi Civil Society and Governance in Europe propose-t-il douze textes visant à mieux comprendre comment et à quel point les citoyens européens et leurs organisations parviennent à participer et influencer le processus d’européanisation et les prises de décisions dans un contexte de gouvernance complexe (local, national, supranational) comme celui de l’Union européenne.

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Cet ouvrage à la fois théorique et empirique tente de répondre à cette problématique en combinant les apports des approches qualifiées de top-down – c’est-à-dire qui évaluent les conséquences de l’européanisation pour la société civile aux niveaux national et régional – et des approches dites bottom-up mettant l’accent sur l’impact des sociétés civiles européennes sur l’intégration européenne et la gouvernance démocratique et participative de l’Europe. Malgré les différences entre ces deux approches, stipulent Maloney et van Deth, elles se penchent toutes deux sur les liens entre les décideurs politiques de l’Union européenne, les citoyens européens et les différents intermédiaires (institutions nationales, organisations citoyennes et leurs fédérations, ong) censés favoriser la participation politique des citoyens aux affaires européennes.

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Le volume est divisé en quatre parties. La première a pour objectif de mieux comprendre les similarités et les différences entre les concepts de société civile, de capital social et de secteur tertiaire, et ce, afin de faire le pont entre les différentes approches (méso/micro) analysant l’engagement civique et sociétal et d’ainsi fournir un ancrage théorique aux différents contributeurs. Par la suite, une série de cinq textes adoptent une approche bottom-up pour analyser empiriquement la disposition des activistes d’Aberdeen et de Mannheim envers l’Europe ; la structure d’opportunité politique pour les organisations de la société civile en Europe ; le rôle des organisations de la société civile du pays de Galles dans les discussions sur la Convention européenne ; le rôle des acteurs internes dans les processus de décisions politiques au Royaume-Uni et en République tchèque ; et l’articulation des revendications des migrants et chômeurs à l’échelle européenne. Suivent en troisième partie quatre autres études de cas qui adoptent une perspective top-down afin d’examiner le rôle de gardien de l’espace politique européen joué par les élites des partis nationaux, le rôle des groupes d’intérêts pour encourager l’engagement citoyen, la mise en place de réseaux politiques au sein de différents pays européens et le soutien de l’Union européenne au développement de la société civile dans les pays baltes.

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En analysant les liens complexes entre les différentes dimensions (locale, régionale, nationale, transnationale) de la société civile et les multiples niveaux de gouvernance de l’Union européenne, les auteurs arrivent à la conclusion que le processus d’européanisation n’a permis que de façon inégale aux acteurs de la société civile de s’adapter et d’influencer l’espace politique européen. Non seulement les différents groupes de citoyens accordent peu de confiance aux institutions européennes comparativement à leurs institutions nationales respectives, mais cet état des choses est largement attribuable à l’Union européenne elle-même, dont les décideurs ne sont pas parvenus à stimuler de façon significative et égalitaire l’engagement de la société civile et le développement du capital social nécessaires à l’amélioration de la gouvernance européenne et à sa légitimation politique. De plus, les auteurs concluent que les élites politiques nationales, craignant que le développement d’une dynamique politique européenne nuise à la pertinence de leurs partis respectifs, freinent l’établissement d’un système politique et de partis proprement européens. Enfin, les groupes d’intérêts européens parviennent à des degrés divers mais limités (en fonction du pays et des enjeux) à mobiliser les citoyens par des stratégies de lobbying en marge des institutions formelles.

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Par conséquent, les auteurs soutiennent que seules quelques grandes organisations issues de la société civile, elles-mêmes axées plus sur le lobbying professionnel que sur la mobilisation de masse des citoyens, parviennent à influencer les prises de décisions européennes. Tout porte à croire que les organisations nationales, les réseaux politiques et les élites contrôlent toujours les affaires européennes, au détriment des associations citoyennes volontaires. Il s’agit d’un constat plutôt pessimiste, ou du moins prudent, par rapport à la croyance populaire selon laquelle les ong stimulent et favorisent automatiquement la démocratie participative et représentative afin d’accroître l’engagement et la confiance des citoyens envers l’Union européenne.

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Civil Society and Governance in Europe constitue un ouvrage universitaire sérieux qui contribuera de façon significative aux études sur la société civile transnationale, phénomène étudié autant par les universitaires en relations internationales qu’en sociologie. Ses conclusions intéresseront à la fois les européanistes et les internationalistes qui observent l’émergence de nouveaux acteurs transnationaux issus de la société civile. Pour les européanistes, cet ouvrage permettra de mieux saisir les raisons du déficit démocratique et identitaire ressenti dans le processus de construction européenne et pourquoi les sociétés civiles ne parviennent pas à s’y identifier ni à s’y engager. Les internationalistes y trouveront plusieurs études de cas détaillées qui sauront alimenter les théories constructivistes et fonctionnalistes sur l’émergence et la transnationalisation des organisations de la société civile comme acteurs des relations internationales.

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Si le nombre et la diversification des études de cas ne permettent pas de généralisations ni de systématisations sur l’efficacité et l’influence de la société civile sur l’intégration européenne, les travaux réalisés dans le cadre de cet ouvrage collectif constituent sans aucun doute une avancée significative qui saura stimuler des recherches universitaires futures.


Auteur : Mathieu Tremblay
Ouvrage recensé : William A. Maloney et Jan W. Van Deth (dir.), 2008, Civil Society and Governance in Europe. From National to International Linkages, Cheltenham, Edward Elgar, 267 p.
Revue : Études internationales, Volume 41, numéro 2, 2010, p. 292-294
URI : http://id.erudit.org/iderudit/044631ar
DOI : 10.7202/044631ar

Tous droits réservés © Études internationales, 2010

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