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Études internationales

Volume 41, numéro 2, 2010, p. 298-299

Direction : Gordon Mace (directeur) et Richard Ouellet (directeur adjoint)

Rédaction : Pauline Curien (rédacteur en chef)

Éditeur : Institut québécois des hautes études internationales

ISSN : 0014-2123 (imprimé)  1703-7891 (numérique)

DOI : 10.7202/044634ar

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Compte rendu

Romain Yakemtchouk, 2008, La politique étrangère de la Russie, Paris, L’Harmattan, 437 p.

Ekaterina Piskunova

Département de science politique

Université de Montréal


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La politique étrangère de la Russie suscite de nombreux questionnements auprès des experts et du grand public. Plus d’une décennie après la chute du mur de Berlin et le démantèlement de l’Union soviétique, que représente la Russie d’aujourd’hui ? Est-elle une menace pour la stabilité imparfaite du monde ou, au contraire, pourrait-elle assurer la paix et contribuer à la sécurité économique ? Sans se le demander explicitement, Romain Yakemtchouk, professeur émérite à l’Université de Louvain, offre au lecteur un récit historique détaillé sur la politique étrangère de la Russie, qui serait utile pour répondre à des questions pareilles. En prenant pour points de repère les éléments charnières qui ont marqué l’histoire de l’Union soviétique, de la nouvelle Russie et du monde entier, l’auteur nous fournit une description chronologique de la période allant généralement de la perestroïka gorbatché vienne à la fin du deuxième terme présidentiel de Vladimir Poutine.

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L’auteur commence par rappeler les lignes directrices de la diplomatie soviétique de la fin des années 1980 et des efforts de M. Gorbatchev pour prévenir un affrontement nucléaire en proposant un ambitieux programme de désarmement, voire d’élimination de l’armement nucléaire. Il décrit ensuite brièvement la suite des événements qui ont amené les indépendances successives des républiques fédérales et la création de la Communauté des États indépendants. Sans faire de découvertes importantes, Yakemtchouk évoque ensuite la volonté de Boris Eltsine de démilitariser le pays et explique par la faiblesse institutionnelle et économique de la Russie le caractère conciliant de la politique étrangère russe en général.

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La partie principale du livre décrit les relations de la Russie avec ses partenaires en commençant par les pays du « proche étranger ». L’auteur y mentionne brièvement les facteurs qui façonnent la politique russe dans la région, à savoir la compétition avec les États-Unis, le rôle mitigeant de l’Europe, qui appréhende la détérioration de ses relations politiques et économiques avec la Russie, ainsi que la nécessité de protéger des ressortissants russes et d’intégrer les ressortissants des nouveaux États indépendants dans la société russe. L’auteur propose un compte rendu sommaire des relations bilatérales de la Russie avec chacune des ex-républiques soviétiques en insistant sur l’importance accordée au domaine économique.

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Yakemtchouk continue avec un chapitre sur les relations de la Russie avec les États-Unis et l’otan en soulignant que la faiblesse de la Russie combinée avec son insuffisance en matière de la démocratie ont empêché la création d’un véritable partenariat stratégique avec les Américains malgré les efforts qui ont été entrepris, l’existence des menaces communes et des bonnes relations personnelles entre les leaders. Il consacre ensuite un chapitre à la situation sur les Balkans et à la question du Kosovo en constatant avec raison que l’indépendance kosovare a affecté grandement la dynamique de la politique étrangère russe et a produit un large effet dominos en stimulant les revendications séparatistes. Pour ce qui est des relations de la Russie avec l’Union européenne, Yakemtchouk se limite à dresser une courte chronologie des efforts diplomatiques entre Moscou et Bruxelles pour passer ensuite à la revue plutôt sommaire des relations bilatérales avec la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Pologne.

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La dernière partie du livre porte sur la politique russe dans les parties non occidentales du monde, à savoir au Proche-Orient, en Asie, en Amérique latine et en Afrique subsaharienne. Les chapitres se ressemblent et représentent des comptes rendus rapides et très factuels des actes diplomatiques. L’auteur accorde plus d’attention aux relations russo-japonaises et plus précisément au différend des Kouriles en prenant soin de dresser sa chronologie à partir de la fin de la Deuxième Guerre mondiale pour arriver à une conclusion d’inspiration juridique que le temps et l’effectivité de la présence russe dans l’archipel confèrent à la Russie une autorité souveraine sur ce territoire contesté.

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Yakemtchouk conclut que la paix froide entre la Russie et les États-Unis est « hautement regrettable », car le monde actuel n’a guère besoin de nouvelles divisions politiques. Les deux pays, selon l’auteur, devraient apaiser leurs heurts d’intérêts pour exercer pleinement leurs responsabilités en matière de sécurité internationale.

7

L’ouvrage de Yakemtchouk a l’avantage de rassembler et d’ordonner chronologiquement de vastes données empiriques. Cependant, il est hautement regrettable que l’auteur se limite à l’énumération plutôt superficielle des actes diplomatiques et des déclarations des preneurs de décisions, d’autant plus que son choix des données paraît assez aléatoire et que sa présentation n’est que très peu nuancée. Ainsi, en parlant des relations russo-géorgiennes, l’auteur n’avance aucun argument qui signale à quel point ces relations étaient tendues à la veille de la guerre qui a éclaté en août 2008. De la même manière, en décrivant la politique russe en Amérique latine, il parle au même titre des relations de la Russie avec le Chili et le Venezuela, tandis que ces dernières représentent une véritable percée de Moscou dans la région et un défi important à la politique américaine. Il omet de souligner la complexité certaine des relations de la Russie avec ses rivaux et ses partenaires et ne s’interroge pas sur les bases de sa politique étrangère actuelle. Dans son ensemble, le livre reste purement descriptif et n’offre que très peu d’analyse. Sans introduction et doté d’une brève conclusion, où l’auteur appelle les États-Unis et la Russie à devenir des partenaires face au terrorisme « aveugle et brutal qui sème la mort des innocents », l’ouvrage serait probablement utile en tant que source d’information, surtout d’ordre diplomatique, à ceux qui s’intéressent à la politique étrangère russe, mais laisserait sur sa faim un lecteur qui cherche une véritable analyse.


Auteur : Ekaterina Piskunova
Ouvrage recensé : Romain Yakemtchouk, 2008, La politique étrangère de la Russie, Paris, L’Harmattan, 437 p.
Revue : Études internationales, Volume 41, numéro 2, 2010, p. 298-299
URI : http://id.erudit.org/iderudit/044634ar
DOI : 10.7202/044634ar

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