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Études internationales

Volume 41, numéro 3, 2010, p. 402-404

Direction : Gordon Mace (directeur) et Richard Ouellet (directeur adjoint)

Rédaction : Pauline Curien (rédacteur en chef)

Éditeur : Institut québécois des hautes études internationales

ISSN : 0014-2123 (imprimé)  1703-7891 (numérique)

DOI : 10.7202/044911ar

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Compte rendu

Oran R. Young, Leslie A. King et Heike Schroeder (dir.), 2008, Institutions and Environmental Change. Principal Findings, Applications and Research Frontiers, Cambridge, ma, mit Press, 373 p.

Maryse Grandbois

Faculté de science politique et de droit, Université du Québec à Montréal


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Cet ouvrage collectif, essentiellement théorique, fait la synthèse des résultats scientifiques d’une vaste étude multidisciplinaire effectuée par un réseau de chercheurs de plusieurs pays (Belgique, Canada, États-Unis, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni, Singapour, Suède) durant les années 1997 à 2007. À l’heure où l’on réalise que les changements climatiques ont et auront des conséquences négatives inévitables sur les plans local, national et international, ce livre d’une grande densité conceptuelle stimule la réflexion et la recherche sur les capacités, l’efficacité et les limites des institutions, face aux changements à l’échelle du globe. Portant sur la théorie des caractéristiques et des méthodes d’évaluation des institutions, cette recherche se réclame du nouvel institutionnalisme en sciences sociales, considérant les institutions comme un ensemble de droits, de règles et de procédures qui précisent les rôles des différents acteurs en interaction et donnent naissance à des pratiques sociales.

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La présentation des résultats théoriques de cette recherche sur les dimensions institutionnelles des changements environnementaux planétaires (Institutional Dimensions of Global Environmental Change, idgec) s’adresse d’abord aux décideurs et aux chercheurs, en brossant un tableau de l’état des travaux sur les institutions et en proposant ensuite quelques nouvelles avenues de recherche. Au centre de ces réflexions, les institutions, lieux complexes d’inter-actions, participent à la fois à la croissance des problèmes environnementaux et aux moyens d’y remédier. Malgré un contexte où l’incertitude scientifique préside à toutes les analyses, ce livre arrive à point nommé, fournissant des concepts opératoires et des méthodes d’évaluation et de diagnostic, pour cerner le rôle des institutions, leur degré de compatibilité, leurs modes d’interaction à différentes échelles, leur adaptation aux systèmes socioécologiques et leur performance sur le terrain, face aux changements climatiques, aux pertes de biodiversité et à la dégradation des écosystèmes des océans.

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La synthèse complexe des résultats de cette recherche se divise en deux parties principales, précédées d’un chapitre introductif et suivies d’une conclusion en deux chapitres, sur les interfaces entre la science, les processus décisionnels et les institutions. La première partie de la synthèse, intitulée Research Foci, explore les caractéristiques institutionnelles sans pour autant proposer des généralisations, mais plutôt une méthodologie définissant des paramètres de causalité, de performance et design. Le premier de ces paramètres jauge l’influence des institutions (causality), le deuxième porte sur leur efficacité, mesurée en termes d’équité, de durabilité et d’atteinte des objectifs (performance), tandis que le dernier s’intéresse aux conditions nécessaires à la modification des comportements des acteurs (design).

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Chacun des chapitres présente d’abord les concepts théoriques fondamentaux, fait le point sur l’état des connaissances scientifiques, puis présente les apports et la méthodologie du projet de recherche, sans négliger ses difficultés et ses contributions possibles au processus décisionnel, pour finalement dégager de nouvelles orientations. Alors que le professeur Ronald B. Mitchell analyse des indicateurs de performance des institutions, pour mesurer et comparer leur efficacité respective, le professeur Oran R. Young présente une approche diagnostique interrogeant à la fois les problèmes, les acteurs, les politiques et les pratiques institutionnelles, selon une méthode qui s’attache à identifier les éléments mis en oeuvre par les institutions pour faire face aux changements environnementaux.

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La seconde partie de la synthèse, intitulée Analytic Themes, plonge au coeur de la question environnementale, en proposant elle aussi trois critères : l’adaptation des institutions à la diversité des systèmes biophysiques et socioéconomiques (fit), l’interaction entre les institutions (interplay) et les questions d’échelle d’intervention et de subsidiarité (scale). Une équipe de cinq chercheurs suédois (V. Galaz, P. Olsson, T. Hahn, C. Folke, U. Svedin) effectue une revue des éléments théoriques relatifs à l’adaptation des institutions aux systèmes socioécologiques. Les chercheurs énumèrent et analysent les apports du projet pour étudier à la fois les difficultés posées par les changements abrupts et les mouvements continus, les relations non linéaires au sein de ces systèmes dynamiques ainsi que les causes et conséquences des ajustements approximatifs ou déficients entre les institutions et les milieux socioécologiques. Cette équipe de recherche préconise d’instaurer une nouvelle coordination des réseaux par des mécanismes favorisant une cogestion adaptative des institutions, pour éviter les seuils critiques, prévenir et remédier aux effets de cascade et réorganiser les capacités d’intervention. Les chercheurs invitent la communauté internationale à reconnaître le caractère fondamental des interrelations dynamiques des systèmes sociaux et écologiques dans la mise en oeuvre des régimes, attribuant une large part des difficultés et des échecs institutionnels à l’insuffisance des connaissances sur ces interactions. L’ensemble des chercheurs constate que les changements environnementaux mettent à l’épreuve les capacités institutionnelles d’intervention à toutes les échelles, spatiales et temporelles, avec une ampleur telle que les possibilités d’action collective des systèmes de gouvernance actuels et des différents acteurs sociaux s’en trouvent paralysées.

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La synthèse des résultats de la recherche s’achève par la présentation, par le professeur Frank Biermann de l’Université vu d’Amsterdam, d’un nouveau projet en voie d’élaboration, cette fois sur la gouvernance à l’échelle planétaire (Earth System Governance, maintenant approuvé et en cours de réalisation). Ce nouveau projet entend répondre aux questions soulevées par l’étude Institutions and Environmental Change, de même qu’aux nouvelles orientations proposées par ses équipes de recherche. Tout cela demeure éminemment théorique, mais reposera sur des études empiriques menées en plusieurs endroits du globe (earthsystemgovernance.org).

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Une bibliographie et un index complètent l’ouvrage. La bibliographie inventorie les travaux sur les institutions menés dans le monde anglo-saxon, durant les années 1990 à 2008. L’index s’avère très utile au chercheur, car il renvoie souvent à plus d’un chapitre, facilitant les recoupements et les recherches théoriques sur des thèmes croisés.


Auteur : Maryse Grandbois
Ouvrage recensé : Oran R. Young, Leslie A. King et Heike Schroeder (dir.), 2008, Institutions and Environmental Change. Principal Findings, Applications and Research Frontiers, Cambridge, ma, mit Press, 373 p.
Revue : Études internationales, Volume 41, numéro 3, 2010, p. 402-404
URI : http://id.erudit.org/iderudit/044911ar
DOI : 10.7202/044911ar

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