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Études internationales

Volume 42, numéro 2, juin 2011, p. 239-241

Direction : Gordon Mace (directeur) et Richard Ouellet (directeur adjoint)

Rédaction : Pauline Curien (rédactrice en chef)

Éditeur : Institut québécois des hautes études internationales

ISSN : 0014-2123 (imprimé)  1703-7891 (numérique)

DOI : 10.7202/1005835ar

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Compte rendu

Rosemary DURWARD et Lee MARSDEN (dir.), 2009, Religion, Conflict and Military Intervention, Burlington, VT , Ashgate, 182 p.

Jabeur Fathally

Groupe de recherche sur les systèmes juridiques dans le monde, Faculté de droit, Université d'Ottawa


1

Le rôle des religions dans les conflits armés est une question qui ne manque pas d’intérêt. Ces implications philosophiques, historiques et surtout pratiques justifient toute son importance mais aussi toute sa complexité. C’est en présentant au lecteur une analyse complète et profonde sur cette question que les rédacteurs du livre Religion, Conflict and Military Intervention ont su relever le défi d’élucider cette complexité et d’expliquer aux lecteurs ses différentes ramifications.

2

Sur le plan de la conjoncture, le livre intervient dans un contexte où le questionnement sur la « justesse » de l’intervention américaine en Irak ainsi que sur la guerre en Afghanistan est à l’ordre du jour de tous les citoyens partout dans le monde. Il s’agit en effet de deux conflits armés qui ont suivi les attentats du 11 septembre 2001 perpétrés sur le sol américain et qui ont eu comme premier effet de raviver dans la plupart des pays occidentaux un intérêt pour l’islam comme religion en général et pour son rôle dans les conflits armés en particulier. L’élection de Barack Obama après les années guerrières de George W. Bush et l’engagement manifesté par le nouveau président pour tisser des liens de connaissance et de dialogue avec les autres cultures et les autres religions, notamment islamiques, donnent à ce livre une autre dimension et confirment son importance. D’ailleurs, les auteurs sont explicites quant au but de leur ouvrage. Selon eux, ce livre vise à soutenir l’effort de dialogue avec la religion musulmane à travers des discussions académiques avec les acteurs religieux pour comprendre l’influence, aussi bien positive que négative, de la religion dans les conflits armés.

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Dans la première partie, les auteurs Kunal Mukherjee et Rosemary Durward ont brillamment expliqué les sources historiques du fondamentalisme religieux qui ne saurait être l’apanage de la religion musulmane, puisque, comme le dit Durward, « l’histoire est pleine de preuves du zèle religieux du christianisme avec de l’ambition politique conduisant à la violence et à la guerre ». Cependant, comme le souligne Mukherjee, le fondamentalisme islamique est le plus présent sur la scène internationale. Il s’agit, selon lui, d’un fondamentalisme qui s’insère dans une logique qui lui est propre et qui dispose d’une vivacité particulière. Le néofondamentalisme auquel on assiste aujourd’hui et qui va probablement durer dans le temps est la preuve de cette vivacité.

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Dans la deuxième partie, les auteurs Rebecca Glazier, Lee Marsden et Sandy Mergenshroer-Livingston discutent du rôle joué par le discours religieux dans les interventions militaires. Après avoir étudié les conflits militaires en Irak et en Afghanistan, par des recherches approfondies et diverses, les auteurs en sont arrivés à la conclusion que la religion est un facteur contributeur, inhibiteur ou les deux à la fois dans les conflits armés. D’où, selon eux, l’importance de la compréhension de la logique interne de ces religions, notamment celle de l’islam. Cette compréhension est en effet la clef de voûte qui permet de résoudre ces conflits.

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Pour Glazier, la recherche de solutions pour le conflit en Irak passe, tout d’abord, par une identification des différentes catégories de belligérants et par une étude minutieuse de l’influence que la religion pourrait avoir sur ces derniers. Autrement dit, toute solution doit passer par une meilleure compréhension de la religion.

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La troisième partie est consacrée à l’étude du rapport que la religion entretient avec la politique. Utilisant l’exemple américain, Nicholas Kerton-Johnson a su démontrer les rapports très étroits entre les mouvements religieux et le pouvoir politique. Qui plus est, plusieurs décisions gouvernementales sont influencées par ces mouvements. Ce lien entre le fait politique et le fait religieux est aussi remarquable à travers le développement historique de l’humanitarisme militaire des temps modernes, ainsi qu’il est expliqué par Ivan Manokha.

7

Dans la quatrième partie, les auteurs se sont intéressés à certains aspects de la résolution de conflits en recourant à l’exemple irakien et pakistanais. Tout en exposant les réalités tribales, ethniques et religieuses du Pakistan, Shazadi Beg va insister sur le rôle que doit jouer l’État pakistanais pour mettre fin à l’endoctrinement des jeunes et des enfants vulnérables qui fréquentent les écoles islamiques connues sous le nom de madrasas. En effet, cet endoctrinement est, selon l’auteur, la source du terrorisme international.

8

Serena K. Sharma va, quant à elle, confronter la notion de la « paix juste » à celle de la « guerre juste », en déplorant le fait que les conflits qui se déroulent en Irak et ailleurs n’ont pas poussé les juristes à penser au-delà des frontières classiques du jus ad bellum et du jus in bello, alors que le conflit en Irak aurait pu être une occasion de réfléchir à ce qu’elle appelle le jus post bellum.

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En somme, nous pouvons affirmer que Religion, Conflict and Military Intervention est une contribution sérieuse à la doctrine juridique et politique. C’est un ouvrage indispensable pour mieux comprendre certains phénomènes politiques de notre temps.

10

Il s’agit d’un ouvrage pertinent, d’actualité et, surtout, qui présente une analyse sérieuse et profonde de certains conflits armés qui secouent le monde.


Auteur : Jabeur Fathally
Titre : Rosemary DURWARD et Lee MARSDEN (dir.), 2009, Religion, Conflict and Military Intervention, Burlington, VT , Ashgate, 182 p.
Revue : Études internationales, Volume 42, numéro 2, juin 2011, p. 239-241
URI : http://id.erudit.org/iderudit/1005835ar
DOI : 10.7202/1005835ar

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