Érudit - Promouvoir et diffuser la recherche
FrançaisEnglishEspañol
 

Recherche détaillée

.

Année Volume Numéro Page 
>

Institution :

Usager en libre accès

Études internationales

Volume 42, numéro 4, décembre 2011, p. 557-559

Direction : Gordon Mace (directeur) et Richard Ouellet (directeur adjoint)

Rédaction : Pauline Curien (rédactrice en chef)

Éditeur : Institut québécois des hautes études internationales

ISSN : 0014-2123 (imprimé)  1703-7891 (numérique)

DOI : 10.7202/1007568ar

ei
< PrécédentSuivant >
Compte rendu

Inter-American Cooperation at a Crossroads, Gordon Mace, Andrew F. Cooper et Timothy M. Shaw (dir.), 2011, coll. International Political Economy, New York, ny, Palgrave Macmillan, 312 p.

Marc-André Anzueto

Chaire Nycole-Turmel sur les espaces publics et les innovations politiques, Université du Québec à Montréal


1

Manipulées par les États-Unis, sclérosées et inefficaces : nombreux sont les qualificatifs utilisés pour décrire l’Organisation des États américains (oea) et ses institutions. Or, pour les directeurs de cet ouvrage, la coopération interaméricaine se situerait à la croisée des chemins. Les auteurs tentent de répondre à la question centrale : est-ce que le système interaméricain sombre dans l’obsolescence face à l’émergence de nouvelles institutions latino-américaines et du nombre considérable de projets sous-régionaux ? L’ouvrage, en quatre parties, propose une analyse qui couvre les changements géopolitiques du continent, ses défis multidimensionnels, l’efficacité des institutions sous-régionales et les propositions pour reconstruire et revigorer la coopération interaméricaine.

2

La première partie met l’accent sur l’évolution des relations hémisphériques depuis les années 2000 en soulignant les efforts visant à bousculer la prééminence des États-Unis sur le continent. En effet, le contexte géopolitique a profondément changé à la suite de l’échec du projet de Zone de libre-échange des Amériques (zlea) et du rejet du consensus de Washington par plusieurs États latino-américains. À cet égard, le chapitre de Diana Tussie est très instructif au sujet des stratégies élaborées par les principaux protagonistes de cette contestation, soit le Brésil et le Venezuela. Tussie qualifie les projets régionaux mis en oeuvre par ces deux pays sud-américains de « jeux circulaires de coopération et de concurrence ». Ainsi, l’Alternative bolivarienne pour les Amériques (alba), le Marché commun du Sud (mercosur) et l’Union des nations sud-américaines (unasur) proposent chacun un « nouveau contrat social » où s’affrontent et se chevauchent les valeurs sociales et économiques de l’échiquier politique. Toutefois, la prépondérance du Brésil en Amérique latine est sans équivoque. Daniel P. Erikson souligne que, même sous l’administration Obama, les États-Unis tardent à adapter leurs politiques à cette nouvelle réalité hémisphérique. Erikson soutient avec raison que les fondations sur lesquelles reposait la doctrine Monroe sont désormais obsolètes.

3

La deuxième partie de l’ouvrage évalue l’efficacité de certaines institutions interaméricaines dans différents secteurs. Du point de vue de l’économie, la pléthore d’accords commerciaux préférentiels et d’accords sous-régionaux a tempéré l’enthousiasme des années 1990 qui entrevoyait une zone de libre-échange de l’Alaska à la Terre de Feu. Depuis l’abandon du projet de la zlea, l’enchevêtrement d’accords commerciaux bilatéraux et la faible croissance du commerce intrarégional dans certaines zones laissent planer beaucoup d’incertitude sur le futur des relations commerciales à vocation continentale.

4

Pour ce qui est de la promotion de la démocratie, Thomas Legler croit qu’elle est fragilisée par l’émergence des démocraties dites participatives, telles que rencontrées au Venezuela, en Bolivie, en Équateur et au Honduras. Revisitant le concept de « démocratie délégative » mis en avant par Guillermo O’Donnell dans les années 1990, Legler rappelle les nombreux conflits entre le pouvoir exécutif et les pouvoirs judiciaire et législatif au sein des démocraties participatives. La crise hondurienne de 2009 est notamment mentionnée afin d’illustrer la difficulté d’invoquer la Charte démocratique interaméricaine en vertu de la souveraineté du pouvoir exécutif. La conceptualisation de la souveraineté par plusieurs pays latino-américains a également des répercussions sur les moyens employés par l’oea pour faire face aux nombreux défis sécuritaires de l’hémisphère. Les principes westphaliens de non-ingérence dans les affaires internes des autres États semblent encore restreindre les actions de l’oea. Selon Rut Diamint, cela engendre un décalage entre le plan d’action onusien, qui entérine déjà les notions d’un nouveau paradigme sécuritaire, et les moyens dont dispose l’oea pour faire face aux menaces récentes ; notamment la criminalité transnationale.

5

La troisième partie survole les développements des institutions sous-régionales du continent. Marc Schelhase se penche sur le futur incertain du mercosur, considéré comme un succès dans la deuxième moitié des années 1990. Selon Schelhase, la crise argentine de 2001-2002 et le tournant à gauche sous Kirchner ont particulièrement ébranlé l’harmonisation des politiques économiques de l’Argentine et du Brésil. Le processus d’intégration de ce marché commun serait malheureusement trop dépendant des initiatives présidentielles pour aller de l’avant, minant de ce fait les objectifs globaux du mercosur. Pour leur part, Louis Bélanger et Richard Ouellet estiment que le principal objectif de l’Accord de libre-échange nord-américain (alena), soit l’élimination des barrières tarifaires et non tarifaires entre les trois pays, a été atteint. Cependant, l’alena doit se doter d’une structure institutionnelle plus flexible s’il désire évoluer dans un environnement global toujours plus compétitif. Enfin, utilisant principalement la pétro-diplomatie du Venezuela pour arriver à ses fins, l’alba se présente comme l’antithèse du « consensus de Washington », faisant de la lutte contre l’exclusion et la pauvreté son principal fer de lance. Il n’en demeure pas moins que cette solution alternative joue énormément avec la polarisation sociale et politique en Amérique latine. Son principal défi sera donc le développement d’autres mégaprojets, malgré la baisse du prix du pétrole.

6

La dernière partie de l’ouvrage tente d’envisager le régionalisme hémi-sphérique à court et à moyen terme. Pour Jorge Meine, les puissances moyennes, particulièrement le Canada et le Chili, peuvent jouer un rôle crucial dans les relations interaméricaines. Ces pays posséderaient les qualités diplomatiques nécessaires pour influencer et établir un pont entre les deux leaders régionaux : le Brésil et les États-Unis. Néanmoins, Gordon Mace estime que la domination du continent par ces deux hégémons, compte tenu de leur aspiration globale, reste au coeur du problème de l’intégration des Amériques.

7

Considérant les récents changements géopolitiques, cet ouvrage expose clairement les nouveaux obstacles qui affectent la coopération interaméricaine. Quoique excessivement optimiste quant au rôle des puissances moyennes et plutôt conservateur au sujet de l’évolution de la démocratie en Amérique latine, Inter-American Cooperation at a Crossroads offre une lecture cohérente d’un continent bigarré.


Auteur : Marc-André Anzueto
Ouvrage recensé : Inter-American Cooperation at a Crossroads, Gordon Mace, Andrew F. Cooper et Timothy M. Shaw (dir.), 2011, coll. International Political Economy, New York, ny, Palgrave Macmillan, 312 p.
Revue : Études internationales, Volume 42, numéro 4, décembre 2011, p. 557-559
URI : http://id.erudit.org/iderudit/1007568ar
DOI : 10.7202/1007568ar

Tous droits réservés © Études internationales, 2011

À propos d'Érudit | Abonnements | RSS | Conditions d’utilisation | Pour nous joindre | Aide

Consortium Érudit ©  2014