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Études internationales

Volume 43, numéro 3, septembre 2012, p. 459-461

Raymond Aron et les relations internationales : 50 ans après Paix et guerre entre les nations

Sous la direction de Jean-Vincent Holeindre

Direction : Louis Bélanger (directeur) et Richard Ouellet (directeur adjoint)

Rédaction : Pauline Curien (rédactrice en chef)

Éditeur : Institut québécois des hautes études internationales

ISSN : 0014-2123 (imprimé)  1703-7891 (numérique)

DOI : 10.7202/1012815ar

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Compte rendu

Role Theory in International Relations. Approaches and Analyses, Sébastien Harnisch, Cornelia Frank et Hanns W. Maull, 2011, Londres et New York, Routledge, 322 p.

Irving Lewis

Département de science politique, Université Laval


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Cet ouvrage collectif traite de l’évolution et de l’opérationnalisation de la théorie des rôles comme approche analytique dans l’étude de la politique étrangère. Des études de cas comparatifs portant sur les États et les institutions internationales y sont menées afin de confronter la théorie et la pratique. Dans cette optique, plusieurs techniques méthodologiques sont mobilisées, de l’analyse de discours à l’analyse de processus (process-tracing), en passant par l’analyse textuelle et l’analyse interprétative. La période d’étude empirique est celle de l’après-guerre froide, qui a l’avantage d’avoir été le théâtre de nombreux changements aussi bien dans les relations de pouvoir entre les États, avec l’avènement de l’unipolarité, que dans l’évolution de leurs régimes politiques, avec la troisième vague de démocratisation.

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Partant du constat que, jusqu’à un passé récent, la théorie des rôles était très peu développée dans la discipline des Relations internationales, les auteurs se sont donné pour mission de combler la lacune en appliquant à l’État le concept de rôle originellement développé par les sociologues. Ils considèrent cependant le « rôle » à la fois comme un construit social et comme un concept cognitif rationaliste, une manière d’allier les aspects idéationnels et matérialistes des relations internationales. Une telle démarche vise à réconcilier les deux traditions de recherche actuelles sur le sujet : la vision américaine, beaucoup plus positiviste, et la vision européenne largement postpositiviste. L’ouvrage est divisé en trois parties : la première, théorique, est structurée en cinq chapitres et les deux autres, empiriques, en comportent quatre chacun.

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Les deux premiers chapitres théoriques permettent de se faire une idée assez claire de la théorie des rôles. Dans le premier, le cadre conceptuel dans lequel sont circonscrites toutes les contributions de l’ouvrage est explicité, en même temps que la relation complexe entre « rôle » et « identité » est abordée. Dans le deuxième chapitre, l’évolution de la théorie des rôles est relatée et c’est là qu’est montré comment cette théorie permet de combler certains fossés – le problème de l’agence-structure est directement visé – qui existent entre la théorie des relations internationales et l’analyse de la politique étrangère, les deux champs d’études à l’intersection desquels elle se situe. Car, souligne Breuning, alors que la théorie des rôles permet de conceptualiser les interactions entre les acteurs et le système, il est particulièrement étonnant qu’elle ait été absente des débats théoriques sur ce problème, parmi les plus difficiles à résoudre en Relations internationales, et aussi de la littérature sur les normes, les identités et l’image. Cependant, si les théoriciens du rôle s’entendent avec les constructivistes conventionnels sur la co-constitution de l’agence et de la structure, ils reconnaissent avec les rationalistes la difficulté d’opérationnaliser cette co-constitution, de même qu’ils critiquent la trop grande propension des tenants de ce courant théorique à privilégier l’holisme au détriment de l’individualisme.

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La première des deux parties empiriques est consacrée à l’analyse des organisations internationales, en l’occurrence l’Organisation pour le traité de l’Atlantique Nord (otan) et l’Union européenne (ue), avec pour objectif d’expliquer certains changements dans la politique étrangère de pays comme l’Allemagne, la Pologne, la Suède et la Norvège. La conclusion de Flockart (chapitre 6) sur la question des multiples et complexes rôles que doit désormais assumer l’otan dans le nouvel environnement sécuritaire mondial est particulièrement intéressante. Pour l’auteure, si une telle évolution peut apparaître comme le signe d’une certaine faiblesse, de la quête désespérée d’une raison d’être, elle peut aussi s’expliquer par le fait que l’organisation a désormais atteint un stade de maturité et de développement qui l’y conduit. Ce qui est important, fait-elle remarquer, ce n’est pas la question de la diversification des rôles de l’otan, mais bien celle de la compatibilité de ces rôles avec les valeurs globales qui sous-tendent l’identité de l’organisation elle-même, de ses États membres, des États candidats à l’adhésion et des États partenaires ainsi que de leur complémentarité avec les pratiques établies. Or, dans l’ensemble, force est de constater que l’otan a su rester dans ces limites. À la suite de l’analyse de la conception du rôle que se fait l’ue de son action internationale (celle d’une puissance normative) et des attentes dont elle est l’objet de la part d’autres acteurs (des pays d’Europe de l’Est et d’Afrique, Caraïbes et Pacifique), Bengtsson et Elgström (chapitre 7) tirent des conclusions plutôt mitigées : si la majorité des pays de l’Est étudiés reconnaissent à l’Union son leadership normatif, les pays acp perçoivent, pour leur part, l’Europe comme une puissance condescendante même s’ils ne remettent pas en cause ses bonnes intentions et sa volonté de contribuer à leur développement.

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La deuxième partie qui est consacrée aux études empiriques explore les questions d’hégémonie, de hiérarchie et de leadership dans le système international contemporain. C’est donc avec raison qu’elle se concentre sur la politique étrangère des États-Unis sous les administrations Bush et Obama et sur son impact sur leurs alliés. Si Maull (chapitre 10) souligne la persistance du leadership hégémonique de ce pays sur ses principaux alliés, il attire toutefois l’attention sur son caractère précaire. Et, comme une suite logique à la réflexion sur les transformations de l’ordre international actuel amorcée dans ce chapitre, le dernier chapitre est consacré aux ambitions politiques de la Chine et aux réponses qu’elle essaie d’apporter à la domination des États-Unis sur la scène internationale à travers deux études de cas : sa politique africaine et sa gestion de la crise économique et financière mondiale.

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En raison de la richesse de ses contributions théoriques et empiriques, cet ouvrage s’avère indispensable pour les chercheurs en théorie des relations internationales et en analyse de la politique étrangère. Il devrait normalement vite s’imposer comme un manuel de référence sur le sujet traité. Quelques pistes de recherche futures indiquées par les auteurs, dans leur conclusion générale, laissent envisager de belles perspectives de développement de la théorie des rôles.


Auteur : Irving Lewis
Ouvrage recensé : Role Theory in International Relations. Approaches and Analyses, Sébastien Harnisch, Cornelia Frank et Hanns W. Maull, 2011, Londres et New York, Routledge, 322 p.
Revue : Études internationales, Volume 43, numéro 3, septembre 2012, p. 459-461
URI : http://id.erudit.org/iderudit/1012815ar
DOI : 10.7202/1012815ar

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