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Études internationales

Volume 43, numéro 3, septembre 2012, p. 488-489

Raymond Aron et les relations internationales : 50 ans après Paix et guerre entre les nations

Sous la direction de Jean-Vincent Holeindre

Direction : Louis Bélanger (directeur) et Richard Ouellet (directeur adjoint)

Rédaction : Pauline Curien (rédactrice en chef)

Éditeur : Institut québécois des hautes études internationales

ISSN : 0014-2123 (imprimé)  1703-7891 (numérique)

DOI : 10.7202/1012830ar

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Compte rendu

Corruption and Politics in Latin America : National and Regional Dynamics, Stephen D. Morris et Charles H. Blake, 2011, Londres, Lynne Rienner Publishers, 287 p.

Guillermo R. Aureano

Centre d’études sur la paix et la sécurité internationale (CEPSI), Université de Montréal et Université McGill


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Cet ouvrage collectif s’inscrit tardivement dans la vague des recherches sur la corruption des années 1990. Depuis, l’intérêt pour le sujet s’est quelque peu étiolé, aussi bien dans le milieu universitaire qu’au sein des institutions internationales et régionales. La publication de ce livre est d’autant plus bienvenue et opportune. Corruption and Politics in Latin America propose une tentative de systématisation et de comparaison à partir d’études portant sur un ensemble disparate de pays latino-américains (Argentine, Bolivie, Brésil, Cuba, Mexique, Venezuela). La conclusion générale des directeurs de la rédaction fait état d’une certaine perplexité. Le processus de démocratisation et les réformes néolibérales semblent, contrairement aux attentes, avoir augmenté les niveaux de corruption dans la région. Plusieurs facteurs expliquent ce résultat pour le moins déroutant. Au premier chef, l’absence ou le démantèlement des agences de régulation, la concentration du pouvoir entre les mains de l’exécutif et l’extrême résilience du populisme. La reddition des comptes, la transparence dans la gestion des ressources publiques et le respect de l’État de droit ne parviennent pas encore, en Amérique latine, à contrebalancer les dispositifs bien huilés de la corruption politique.

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Cette perplexité devant la persistance de la corruption est d’autant plus profonde que les auteurs soulignent, et c’est tout en leur honneur, que les travaux disponibles sur la corruption en Amérique latine – et au-delà est-on tenté d’ajouter – ne permettent pas de comprendre vraiment quelles institutions contraignent ou incitent les acteurs corrompus, quelles sont les politiques anticorruption les plus efficaces, quel est l’impact de la corruption sur la société ou, encore, à quelles conditions l’opinion publique se mobilise contre les fonctionnaires et entrepreneurs véreux. À ces lacunes s’ajoutent des difficultés à la mesure de la corruption, inhérentes à toute activité liée à un marché noir ou gris.

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Pour contourner en partie ces écueils, les études de cas sont organisées autour de trois axes fondamentaux : les grandes tendances de la corruption dans le pays étudié, l’impact de la corruption sur la vie politique et, enfin, les mesures anticorruption. Certaines études incluent un exposé sur les origines historiques et culturelles des comportements corruptifs. Elles se soldent toutes par une brève note prospective, toujours négative, voire pessimiste, avec l’exception partielle du Brésil.

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Cet horizon plutôt sombre n’en est pas moins paradoxal. L’éveil des citoyens face aux effets délétères de la corruption semble plus fort que jamais. Des protestations populaires massives sont allées jusqu’à demander le départ de l’ensemble des élites politiques traditionnelles, sans distinctions partisanes. La condamnation de la corruption dans les forums internationaux et régionaux est également unanime. Un grand nombre de conventions et de traités ont été signés ces dernières années. Mais tout cela n’a pas empêché la survie de véritables poches de résistance, où la corruption demeure la norme (services policiers, syndicats, sociétés d’État), ni l’apparition de leaders dont le pouvoir repose très largement sur les stratégies et les tactiques du plus rance populisme (népotisme, distribution de prébendes, harcèlement constant de l’opposition), toutes intimement liées à la corruption.

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Le recueil réussit son objectif de donner un premier aperçu de la corruption en Amérique latine à un public qui déborde le milieu universitaire. Ce faisant, il met en évidence la nécessité de renouveler les études sur la corruption en donnant une plus grande place aux études empiriques de fond. Les auteurs disent très peu, par exemple, sur les dispositifs qui lient, très concrètement, la corruption policière et le financement de la vie politique. Le rôle des institutions financières et des sociétés transnationales semble également négligé. Il aurait sans doute fallu porter une plus grande attention aux travaux déjà entamés par des journalistes et des chercheurs latino-américains, qui publient majoritairement en espagnol ou en portugais. Leurs enquêtes dévoilent de manière détaillée et fort bien documentée les racines et les mécanismes de la corruption, une connaissance absolument essentielle à un travail véritablement comparatif et scientifique.


Auteur : Guillermo R. Aureano
Ouvrage recensé : Corruption and Politics in Latin America : National and Regional Dynamics, Stephen D. Morris et Charles H. Blake, 2011, Londres, Lynne Rienner Publishers, 287 p.
Revue : Études internationales, Volume 43, numéro 3, septembre 2012, p. 488-489
URI : http://id.erudit.org/iderudit/1012830ar
DOI : 10.7202/1012830ar

Tous droits réservés © Études internationales, 2012

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