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Études littéraires africaines

Numéro 41, 2016, p. 23-24

Le théâtre de Sony Labou Tansi

Sous la direction de Julie Peghini et Xavier Garnier

Direction : Pierre Halen (directeur)

Rédaction : Nathalie Carré (rédactrice en chef)

Éditeur : Association pour l'Étude des Littératures africaines (APELA)

ISSN : 0769-4563 (imprimé)  2270-0374 (numérique)

DOI : 10.7202/1037787ar

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Sony Labou Tansi, le souffle d’un marronneur

Sylvie Chalaye

Résumé | Extrait

Sony Labou Tansi, le souffle d’un marronneur Sony Labou Tansi aurait dû être maçon, le destin en décida autrement. Il devint écrivain. Sans doute le plus internationalement connu des écrivains africains francophones. À sa façon pourtant, il fut un bâtisseur. Et ce qu’il construisit, ce n’est pas simplement une oeuvre romanesque et théâtrale, c’est avant tout un rêve. Ce rêve, il l’a édifié comme une tour de Babel, choisissant le français pour mieux le partager avec le plus grand nombre, mais empoignant en même temps la langue pour un corps à corps avec ce qu’il appelait « ses chairs mots de passe », tour à tour « mots de gueule » à la Rabelais ou « mots tordus » à la Jarry. Né dans l’ancien Congo belge en 1947, Sony avait suivi à Kinshasa l’école en kikongo, sa langue maternelle, avant d’apprendre le français de force, son oncle l’ayant inscrit au collège à Brazzaville pour qu’il fasse des études. Il avait gardé quelque chose de cet apprentissage brutal d’une langue qu’il avait fallu domestiquer et faire sienne. Sony soufflait dans la langue comme un maître verrier dégelant les mots, transformant le sable en lumière et instillant au français des formes et des arabesques qu’il appelait lui-même ses « tropicalités ». Et ce souffle n’était pas sage et discret, il y avait du souffle de colère dans cette ventilation poétique, de l’ouragan parfois. Il recherchait dans les inventions linguistiques et les associations incongrues le moyen de court-circuiter le sens et de retourner la peau de la langue pour déprogrammer les mots, les embarquer dans une autre poétique. Il ne reculait devant aucune démesure pour dénoncer « les mochetés », et ses personnages excessifs et ubuesques, dictateurs sans foi ni loi ou idéalistes sans concessions, convoquaient pourtant humour et dérision. La provocation de son théâtre avait su garder une part de fantaisie et de plaisir adolescent. Lui qui se déclarait « fait pour dire cette part de l’histoire qui n’a pas mangé depuis quatre siècles » voulait réveiller le monde, et c’est toute une génération de jeunes auteurs prêts à culbuter les mots et les formes qu’il réveilla peu avant de disparaître prématurément en 1995. Sony ne fut pas le modèle, mais la figure de proue, le boutoir, le bélier de tous ces auteurs décidés à en découdre avec les modèles dramatiques occidentaux et la langue de Molière et qui se firent entendre au début des années 90 : ils étaient congolais comme Caya Makhélé et Léandre-Alain Baker, ou plus récemment Dieudonné Niangouna et Julien Mabiala Bissila, mais aussi tchadien comme Koulsy Lamko, togolais comme Kossi Efoui ou ivoirien comme Koffi Kwahulé. L’irrévérence thématique des histoires sans queue ni tête de Sony, l’impertinence linguistique de son écriture, son goût du mauvais goût et son irrespect des formes ouvrirent des horizons aux dramaturges africains et déclenchèrent un tourbillon d’aspirations. Sony Labou Tansi insufflait soudain une respiration dramaturgique nouvelle et ouvrait des champs d’inspiration réellement inouïs. En une dizaine d’années, son rayonnement infléchit radicalement la création africaine francophone, en y créant un appel d’air sans précédent. Avec le Rocado Zulu Théâtre qu’il avait créé en 1979, ses pièces firent le tour du monde en passant par Limoges et le Festival International des Francophonies qui l’accueillit à cinq reprises. Ce fut La Rue des Mouches en 1985 avec la complicité de Pierre Vial, Antoine m’a vendu son destin avec celle de Daniel Mesguisch, Moi, veuve de l’empire en 1987 avec celle de Michel Rostain, puis Qui a mangé Madame d’Avoine Bergotha ? avec, enfin, celle de Jean-Pierre Klein en 1989. Nombreux furent aussi les metteurs en scène qui s’emparèrent de son théâtre dans les années 80, notamment Guy Lenoir qui fut un des premiers avec La Résurrection rouge et blanche de Roméo et Juliette, et bien sûr Gabriel Garran qui monta Je, soussigné cardiaque 1 en 1985 avec Pascal Nzonzi dans le rôle principal.

Auteur : Sylvie Chalaye
Titre : Sony Labou Tansi, le souffle d’un marronneur
Revue : Études littéraires africaines, Numéro 41, 2016, p. 23-24
URI : http://id.erudit.org/iderudit/1037787ar
DOI : 10.7202/1037787ar

Tous droits réservés © Association pour l'Étude des Littératures africaines (APELA), 2016

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