Espaces arcadiquesesquisse pour une hydrographie pastorale
Françoise Lavocat
Résumé
Cet article examine quelques réinterprétations du mythe d’Alphée et d’Aréthuse depuis l’Arcadia de Sannazar (1504) jusqu’aux opéras-ballets du début du XVIIIe siècle. Le motif des eaux, — plus particulièrement celui de la légende ovidienne de la course du fleuve amoureux sous la mer, depuis le cour du Péloponnèse jusqu’en Sicile —, a joué un grand rôle dans l’invention du mythe pastoral ; elle a permis de figurer le décentrement, l’idéalisation et l’universalisation de l’Arcadie géographique. L’Arcadia de Sannazar, où le trajet du narrateur, entre sa terre natale et l’Arcadie, suit la route sous-marine de l’Alphée, marque un infléchissement majeur du sens symbolique de la petite fable hydrographique. Lorsqu’elle est transposée sur la scène de théâtre, au début du XVIIe siècle, l’allégorie du lien invisible et de la profondeur se perd, tandis que l’Arcadie se résout de plus en plus à un pur décor. À travers les métamorphoses de la légende, il s’agit de montrer comment l’espace pastoral passe, à la fin de la Renaissance, d’un mode de représentation allégorique au régime de la fiction avant d’être recyclé dans l’univers de la féerie : ce qui se joue dans ce passage, c’est la disparition de l’Arcadie comme métaphore.
Abstract
This article examines some reinterpretations of the myth of Alpheus and Arethusa from the time of Sannazar’s Arcadia (1504) to the opera-ballets of the early 18th century. The motif of water — and, more specifically, the Ovidian legend of the undersea river of love flowing from the Peloponnesus as far as Sicily — played a major role in the invention of the pastoral myth. This legend made it possible to figure the henceforth decentred, idealized, and universalized Arcadia of previous geographic fame. Sannazar’s Arcadia, in which the narrator’s journey between his native land and Arcadia follows the undersea course of the Alpheus, marks a major shift in the symbolic meaning of a quaint, “ water-based ” fable. Upon being transposed onto the stage in the early 17th century, the allegory of depth and of the invisible link began to disappear, while Arcadia increasingly, and literally, shrank into the background. This article aims to show how, as this legend underwent a series of metamorphoses in the late Renaissance, pastoral space went from being represented in an allegorical mode to being handled in a fictional mode, before being recycled into the realm of the fairylike. At stake in this evolution was the disappearance of Arcadia as a metaphor.
| Auteur : | Françoise Lavocat |
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| Titre : | Espaces arcadiques : esquisse pour une hydrographie pastorale |
| Revue : | Études littéraires, Volume 34, numéro 1-2, hiver 2002, p. 153-167 |
| URI : | http://id.erudit.org/iderudit/007559ar |
| DOI : | 10.7202/007559ar |
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