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Études littéraires

Volume 41, numéro 2, 2010, p. 19-31

La lecture littéraire et l’utopie d'une communauté

Sous la direction de Frédérik Detue et Christine Servais

Direction : Anne-Marie Fortier (directrice)

Éditeur : Département des littératures de l'Université Laval

ISSN : 0014-214X (imprimé)  1708-9069 (numérique)

DOI : 10.7202/045157ar

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Article

La communauté poétique : Mandelstam et la bouteille à la mer

Annie Epelboin

Résumé

L’image de la bouteille à la mer désigne, dans la tradition littéraire, les aléas de la transmission, le lien ténu entre le poète et ses lecteurs à venir. Pour Mandelstam et Celan, elle prend une dimension supérieure car ce lien du poète au lecteur est fondateur de l’acte de poésie en lui-même. Dans l’essai « De l’interlocuteur » (1913), Mandelstam privilégie la rencontre avec le destinataire-lecteur : celui qui trouve devient l’égal et le frère de celui qui envoie. Ainsi s’érige dans le moment de la reconnaissance une réciprocité amicale, intrinsèque à la vie du poème et comme contenue par lui. Cet échange s’effectue avec Villon comme avec Dante, de même que Dante l’avait mis en oeuvre avec Virgile et entre les poètes de l’Antiquité, dans l’uchronie de L’Enfer. À son tour, Celan « reconnaîtra » en Mandelstam le maître et l’ami, constatant qu’ils se destinent mutuellement leurs poèmes. Cette joyeuse communauté poétique est donc interactive, elle fonde une vaste confrérie transnationale autant que transtemporelle, en ce qu’elle naît d’une lecture-reconnaissance qui ignore les frontières et le vecteur temps.

Abstract

Literary tradition views the figurative “message in a bottle” as a metaphor for uncertain communication, a fragile link between the poet and his would-be readers. This goes even further in the case of Mandelstam and Celan, where the poet-reader linkage itself is the source of the poetry. In his 1913 essay “De l’interlocuteur”, Mandelstam focuses on connecting with his intended readership : he who finds becomes an equal and a brother to he who sends. The awareness during such a connection yields a friendly reciprocity that is both intrinsic to the poem and bound by it. Such interplay takes place with Villon and Dante, much as Dante had fostered with Virgil and the poets of Antiquity in his uchronic L’Enfer. In turn, Celan will “acknowledge” Mandelstam as a guide and a friend as mutual dedicatees of their works. Such a happy melding of poetic minds is interactive, leading to an extended transnational and trans-temporal brotherhood, the product of reading and acknowledging beyond borders and time.

Auteur : Annie Epelboin
Titre : La communauté poétique : Mandelstam et la bouteille à la mer
Revue : Études littéraires, Volume 41, numéro 2, 2010, p. 19-31
URI : http://id.erudit.org/iderudit/045157ar
DOI : 10.7202/045157ar

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