Le processus de dépublicisation des exécutions dans la France de la IIIe République
Emmanuel Taïeb
Centre de recherches politiques de la Sorbonne, Université Paris I
Résumé
L’occultation progressive de la publicité des exécutions dans la France du tournant XIXe-XXe siècle, jusqu’à leur déroulement dans la cour d’enceinte des prisons, est un phénomène qui nous informe sur la nature du processus de civilisation. La dépublicisation du rituel exécutionnaire passe par la réduction de sa pompe, de sa durée, et son arraisonnement par l’espace pénitentiaire. Prise dans les politiques d’hygiénisation de la ville, la guillotine paraît délivrer une mort « sale » et sanglante qui donnerait le goût de la violence et devrait être ôtée à la vue. Cette « formalisation » révèle donc en double part le renoncement par le pouvoir à une technologie politique jugée inefficace et l’émergence de sensibilités s’accommodant mal désormais de la présence d’une effusion de sang dans l’espace public.
Mots clés : violence politique, exécutions, peine de mort, espace public, sensibilités
Abstract
The progressive cloaking of the public executions in France circa 19th-20th century, to their performance behind prison walls, is a phenomenon which informe us upon the very nature of the civilization process. The “depublicization” of the executionnary ritual goes through the reduction of its pomp, of its duration, and its capture by prison sphere. Entangled in the hygienic politics of the streets, guillotine seems giving a “dirty” death which leads to violence and should be moved out of sight. This “formalization” reveals both the withdrawal by the power of a political technology now seen as inefficient, and the rise of sensibilities hostile to bloodshed in the public sphere.
Keywords: political violence, executions, death penalty, public sphere, sensibilities
| Auteur : | Emmanuel Taïeb |
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| Titre : | Le processus de dépublicisation des exécutions dans la France de la IIIe République |
| Revue : | Frontières, Volume 19, numéro 1, automne 2006, p. 49-54 |
| URI : | http://id.erudit.org/iderudit/016636ar |
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