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Géographie physique et Quaternaire

Volume 55, numéro 3, 2001, p. 229-242

Direction : André G. Roy (directeur)

Rédaction : Pierre J. H. Richard (rédacteur en chef)

Éditeur : Les Presses de l'Université de Montréal

ISSN : 0705-7199 (imprimé)  1492-143X (numérique)

DOI : 10.7202/006852ar

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Article

Tors et roches moutonnées en Laponie suédoise : antagonisme ou filiation ?

Marie-Françoise André

Laboratoire de Géographie physique (UMR 6042-CNRS), Université Blaise-Pascal, Maison de la Recherche, 4, rue Ledru, 63057 Clermont-Ferrand, Cedex 1, France.

m-francoise.andre@univ-bpclermont.fr

Résumé

Dans les socles des hautes latitudes, tors et roches moutonnées ont été utilisés pour découper l’espace englacé au Quaternaire en secteurs respectivement préservés et remodelés par les inlandsis. Sans mettre en cause la validité d’un tel « zonage » à l’échelle macrorégionale, l’étude du plateau d’Aurivaara (Laponie suédoise, 68° N), accidenté de quinze tors inégalement remodelés par l’inlandsis scandinave, jette une nouvelle lumière sur les relations pouvant unir ces formes a priori antinomiques. Les résultats tirés de l’analyse des modelés de déchaussement et des dépôts glaciaires (morphométrie, pétrographie, granulométrie, état d’altération...) sont confrontés avec les observations effectuées sur les roches moutonnées voisines de Laponie norvégienne, récurées par les glaces tardi-weichseliennes. Quatre conclusions se dégagent : 1) les tors d’Aurivaara sont très probablement des formes pré-quaternaires ; 2) la tendance lourde à un régime à base froide est attestée par la prépondérance de l’accumulation sur l’ablation, sous la forme du « parachutage » répété de matériel morainique, confirmant la thèse du « palimpseste glaciaire » ; 3) les tors constituent de précieux indicateurs de la tranche d’ablation glaciaire quaternaire dont la minceur, en situation d’interfluve (0-12 m), contraste avec l’ampleur du surcreusement (proche de 200 m) de l’ombilic du lac Torneträsk ; 4) l’existence d’un continuum menant du tor à la roche moutonnée reste à expliquer en ce qui a trait à la dynamique glaciaire.

Abstract

Tor-like Features and Roches Moutonnées in Swedish Lappland : Antagonistic or Affiliated Landforms?

In previously glaciated nordic shield areas, roches moutonnées and tor-like features were fruitfully used at a macroregional scale to separate scoured and nonscoured zones. However, such a dichotomic view has to be modified when working at a local scale where relationships between tors and roches moutonnées appear more complex. It is the case on the Aurivaara Plateau (Swedish Lapland, 68° N) where are found fifteen tor-like features that have been unevenly modified by the Scandinavian Ice Sheet. The results of detailed analyses of smallscale landforms and glacial deposits (morphometry, lithology, grain size, weathering stages, etc.) are compared with previous observations made on the nearby Late Weichselian roches moutonnées from Norwegian Lapland. The conclusions are fourfold: 1) the Aurivaara tor-like features are most probably pre-Quaternary landforms; 2) a dominantly cold-based glacial regime is suggested based on the preponderance of accumulation over ablation (deposition of morainic material at the end of each glaciation), which is in accordance with the idea of “a glacial palimpsest”; 3) tor-like features are valuable indicators to quantify the overall Quaternary glacial erosion that is weak on tabular interfluves such as the Aurivaara Plateau (0-12 m), in contrast with the 200 m overdeepening of the nearby Torneträsk basin; 4) the existence of a continuum leading from the well-preserved tors to the ice-profiled roches moutonnées remains partly unexplained from a dynamical point of view.

Zusammenfassung

Felsburgen und Rundhöcker im schwedischen Lappland : einander widersprechende oder verwandte Landformen ?

Im vormals mit Inlandeis vergletscherten skandinavischen Schild wurden Rundhöcker und Felsburgen dazu benutzt, Gebiete mit und ohne Glazialerosion im regionalen Maßstab voneinander abzugrenzen. Im kleinräumigen Bereich muß dieser dichotomische Ansatz allerdings modifiziert werden, da die Verhältnisse zwischen den Rundhöckern und den Felsburgen weit komplizierter und komplexer zu sein scheinen. So beispielsweise im Falle des Aurivaara-Plateaus (Schwedisches Lappland, 68º N), wo fünfzehn Felsburgen-ähnliche und durch das Inlandeis in sehr unterschiedlicher Weise überformte Formen untersucht wurden. Die eingehende Analyse der kleinräumigen Formen und der Gletscherablagerungen mit Hilfe morphometrischer, petrographischer, korngrössenanalytischer Untersuchungen sowie anhand des Verwitterungsgrades und weiterer Verfahren werden mit früheren Beobachtungen auf den nahe gelegenen Rundhöckern des Spät-Weichsels im norwegischen Lappland verglichen. Schlußfolgernd gilt : 1. Die Felsburgen-ähnlichen Formen des Aurivaara-Plateaus sind wahrscheinlich prä-quartären Alters ; 2. Aufgrund der Dominanz der Akkumulation gegenüber der Ablation (das Moränenmaterial wurde jeweils am Ende des Glazials abgelagert) wird im Einklang mit der Vorstellung des “Glazialen Palimpsests” gefolgert, dass die Unterseite des Eises kalt und spröde war ; 3. Felsburgen-ähnliche Formen ermöglichen die Abschätzung der glazialen Erosion mit geringen Werten im Bereich flacher Wasserscheiden (z.B. im Fall des Aurivaara-Plateaus, 0-12 m) oder im Gegensatz dazu mit einer Übertiefung von 200 m im nahe gelegenen Becken von Torneträsk ; 4. Graduelle Übergänge von guterhaltenen Felsburgen zu gletschergeformten Rundhöckern bleiben aus dynamischer Sicht teils ungeklärt.

 Remerciements

C’est à Anders Rapp (université de Lund) que je dois la découverte du site d’Aurivaara qu’il m’a vivement encouragé à étudier en détail. Ce fut chose faite grâce au concours financier du CNRS (UMR 6042 de Clermont-Ferrand et GDR 49 de Besançon), au soutien logistique apporté par Nils Åke Andersson (station d’Abisko, Royal Swedish Academy of Sciences) et à l’assistance efficace de Cecilia Richardson (université de Stockholm) dont le tempérament enjoué fit merveille sur le terrain dans la pluie, le vent et le brouillard. Les échantillons rocheux ont été examinés avec Bernard Azambre (Université de Paris VI), Jean Dejou (Institut national de la Recherche agronomique), Jean-Pierre Floc’h (Université de Limoges) et Charles Le Coeur (Université de Paris I et Laboratoire « Pierre Birot » de Meudon). La granulométrie laser des échantillons meubles a été effectuée au Laboratoire de Géographie physique de Clermont-Ferrand par Christèle Ballut. La réflexion menée dans le cadre de cet article a bénéficié de fructueux échanges d’informations et de publications avec Colin Ballantyne, Pierre Clément, Pierre Gangloff, Alain Godard, Clas Hättestrand, Björn Holmgren, Christer Jonasson, Veijo Kaitanen, Johan Kleman, Charles Le Coeur, Karna Lidmar-Bergström, Anders Rapp et David Sugden. C’est à bord du James Clark Ross prisonnier des glaces lors de l’été austral 1999-2000 que la rédaction de cet article a connu une avancée décisive grâce à la très stimulante musique celtique prodiguée par Robert Paterson. Les figures ont été ensuite redessinées par Jean-Pierre Magnier et la mise en forme finale du manuscrit a bénéficié de l’aide apportée par Armelle Decaulne. Le texte anglais du résumé et des légendes a été revu par Kevin Hall, et le résumé a été traduit en allemand par Agnieszka Latocha et Andreas Peterek. Mireille Bouchard, Jean-Claude Dionne, Pierre Gangloff et la Rédaction de Géographie physique et Quaternaire ont examiné avec un oeil critique le manuscrit, sur la forme et sur le fond. À tous je tiens à exprimer ici ma profonde gratitude.

Auteur : Marie-Françoise André
Titre : Tors et roches moutonnées en Laponie suédoise : antagonisme ou filiation ?
Revue : Géographie physique et Quaternaire, Volume 55, numéro 3, 2001, p. 229-242
URI : http://id.erudit.org/iderudit/006852ar
DOI : 10.7202/006852ar

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