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Lien social et Politiques

Number 46, Fall 2001, p. 163-173

La responsabilité, au-delà des engagements et des obligations

Guest-edited by Johanne Charbonneau and Philippe Estèbe

 

Managing Editor(s): Jane Jenson (directeur) and Claude Martin (directeur)

Publisher: Lien social et Politiques

ISSN: 1204-3206 (print)  1703-9665 (digital)

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Article

Les chômeurs sont-ils responsables de leur sort ?

Pierre Strobel

Mission recherche expérimentation (MIRE)

Ministère des Affaires sociales, de la Santé et de l'Emploi, France

Résumé

Alors que la mise en oeuvre du revenu minimum d'insertion s'était faite dans un certain consensus autour de la notion de « dette sociale » à l'égard des pauvres et des chômeurs de longue durée, la récente reprise économique a vu la parution de travaux d'analyse économique qui présentent le « non-emploi » comme un choix rationnel pour une majorité de bénéficiaires des minima sociaux. Autrement dit, après les États-Unis et la Grande-Bretagne, la France découvre la « trappe à chômage ». Cette critique déguisée des systèmes d'indemnisation du chômage, du revenu minimum et du salaire minimum repose sur la théorie des anticipations rationnelles, dont la formalisation mathématique permet d'isoler un facteur parmi d'autres (ici, par exemple, la question du rapport entre niveau de revenu et niveau d'activité). Or, l'analyse de populations bénéficiaires du revenu minimum d'insertion en France montre que le nombre de facteurs à prendre en considération est bien plus élevé que le seul niveau de revenu. Notamment, seul un petit noyau se trouve durablement hors de l'emploi et sans volonté d'en chercher, et l'accès à la prestation représente la plupart du temps une première étape vers la reprise d'activité. Il importe donc d'ouvrir le débat entre économistes et sociologues, et d'éviter de glisser trop rapidement de la catégorie d'analyse (l'anticipation rationnelle) à la catégorie morale (la responsabilité).

Abstract

Are the unemployed responsible for their situation ?

When the basic income [revenu minimum d'insertion] was instituted there was a certain amount of consensus about the notion of a “social debt” owed to the poor and long-term unemployed. Since then, however, the recent economic up-turn has been accompanied by economic analyses that treat “not working” as a rational choice for the majority of those receiving the basic income. In other words, following on the heels of the United States and Great Britain, France has discovered the “poverty trap”. This hidden critique of unemployment insurance regimes, of basic income schemes, and of the minimum wage rests on a theory of rational calculation. The mathematical formulation allows one to isolate one relationship, for example that between revenue and labour force participation. Analysis of the recipients of the basic income in France shows, however, that there are more factors to consider than just income. In particular, only a small core are without work over a long period and have no desire to find a job. In most cases, access to the benefit represents a first step towards labour force participation. It is therefore important to include economists and sociologists in the debate, and to avoid a too rapid slide from an analytical category (rational calculation) to a moral one (responsibility).

Author: Pierre Strobel
Title: Les chômeurs sont-ils responsables de leur sort ?
Journal: Lien social et Politiques, Number 46, Fall 2001, p. 163-173
URI: http://id.erudit.org/iderudit/000331ar

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