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Relations industrielles / Industrial Relations

Volume 57, numéro 1, hiver 2002, p. 129-158

Direction : Gregor Murray (directeur) et Sylvie Montreuil (directeur)

Rédaction : Noah M. Meltz (rédacteur en chef)

Éditeur : Département des relations industrielles de l’Université Laval

ISSN : 0034-379X (imprimé)  1703-8138 (numérique)

DOI : 10.7202/006713ar

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Article

How “Anti-Union” Laws Saved Canadian LabourCertification and Striker Replacements in Post-War Industrial Relations

John Logan

Industrial Relations Department, London School of Economics, London, UK.

Summary

This article analyzes the development in Canada of two critical differences between Canadian and U.S. labour policy: union recognition and state regulation of striker replacements. The development of public policy on these issues helps illuminate the fundamental principles of state intervention in post-war labour-management relations. Canadian lawmakers have circumscribed the economic weapons of unions and established stringent certification requirements; but they have also restricted employers’ recruitment of striker replacements and limited management involvement in the certification process. In the post-war decades, unionists attacked the “excessive intrusiveness” of Canadian labour policy and preferred the less intrusive system of state intervention in the U.S. Since the 1970s, however, Canada’s extensive regulation of labour relations has protected workers against market-driven anti-unionism and helped preserve the institutions of collective bargaining.

Résumé

Comment une législation antisyndicale a-t-elle sauvé le syndicalisme canadien ? L’accréditation et le remplacement des travailleurs en grève dans les relations industrielles d’après-guerre

Au cours des quatre dernières décennies, le taux de syndicalisation aux États-Unis est passé du tiers de la main-d’oeuvre active à un faible 13,5 % après la récession, alors qu’au Canada les taux sont demeurés étonnamment stables autour de 31 % de la main-d’oeuvre hors-agriculture. Aujourd’hui, dans les secteurs public et privé, le taux de syndicalisation canadien est environ le double de celui des États-Unis. De nombreux intellectuels familiers avec la scène syndicale ont retenu les politiques publiques et l’opposition patronale comme les deux facteurs critiques ayant contribué aux destinées divergentes des deux mouvements ouvriers. Depuis les années 1970, la Fédération américaine du travail et le Congrès des organisations industrielles et ses alliés à l’académie ont affirmé que la politique du travail au Canada fonctionnait d’une manière plus proche que sa contrepartie américaine de l’intention initiale du Wagner Act, parce qu’elle régularisait l’opposition patronale à la syndicalisation. Alors, ils ont regardé du côté du Canada avec optimiste pour un modèle du renouveau de la politique américaine.

Les explications antérieures des différences entre les politiques du travail des deux pays ont mis l’accent sur la culture et les institutions politiques, sociales et démocratiques, sur la présence d’une décentralisation du fédéralisme en matière de relations du travail, sur le caractère expérimental de la politique provinciale, sur le système parlementaire de gouvernement ; enfin, sur une stricte discipline de parti. Alors que ces raisons expliquent la façon dont le monde ouvrier au cours des décennies récentes a contribué à l’adoption d’une législation provinciale pro-syndicale, elles n’arrivent pas à reconnaître dans quelle mesure ces lois sont congruentes avec le principe et les pratiques de l’intervention de l’État en matière de négociation au cours des années 1940 et 1950. En se basant sur les archives du gouvernement, du patronat, du monde syndical, sur des documents actuels et d’autres sources secondaires, cet essai analyse, durant la guerre et par la suite, le développement au Canada de deux différences critiques entre la politique du travail au Canada et celle des États-Unis au cours des années récentes : l’accréditation syndicale et le remplacement de grévistes. Depuis 1970, la politique « pro-syndicale » du Canada sur ces deux aspects a protégé le travail organisé contre l’opposition patronale, opposition qui fut une cause importante du déclin du syndicalisme aux États-Unis.

Mais l’importance de ces deux enjeux va au-delà de leur contribution au destin récent du monde ouvrier organisé. Le développement de la politique publique à l’égard de la reconnaissance syndicale et de la législation anti-briseurs de grève au Canada aide à comprendre les principes fondamentaux et les pratiques du système d’intervention de l’État dans les relations du travail d’après-guerre. Au nom de la sauvegarde de la paix industrielle, les législateurs au Canada ont limité l’emploi des armes économiques par les syndicats, plus précisément le droit de grève, et ils ont mis en place des exigences sévères eu égard à l’accréditation. Ils ont également limité la capacité des employeurs à recruter des briseurs de grève et ils ont limité l’implication des employeurs dans le processus d’accréditation. Au contraire et au nom de la protection du libre choix chez les salariés, les législateurs américains ont imposé des exigences moins lourdes au plan de la reconnaissance des syndicats et ils ont mis moins de restriction à l’exercice du droit de grève. Cependant, ils aussi déréglementé la conduite des employeurs en leur permettant de remplacer les grévistes et de faire de la propagande durant les élections devant le NLRB. Au cours des décennies immédiates de l’après-guerre, alors que l’opposition ouverte à la négociation collective de la part des employeurs se manifestait rarement, les syndicalistes et leurs supporteurs larguèrent les exigences de politiques d’accréditation fédérale et provinciales onéreuses et la réglementation gênante du processus de négociation collective. Au lieu, ils préférèrent les exigences américaines moins lourdes et le régime d’intervention de l’État moins gênant des USA. Cependant, au cours des trois dernières décennies, à une époque de concurrence internationale féroce, de déréglementation, de mobilité des capitaux, de néo-libéralisme politique, la réglementation élaborée des relations du travail au Canada a protégé les travailleurs de l’anti-syndicalisme fomenté par les forces du marché et a aidé à sauvegarder l’institution de la négociation collective. Alors, au lieu de tomber en admiration avec la situation aux USA, les syndicats canadiens ont combattu l’américanisation envahissante des politiques du travail fédérale et provinciales.

Au cours des trois dernières décennies, les Commissions des relations du travail au Canada ont souvent accordé des accréditations sur la base des cartes de membre, ont tenu des élections rapides, ont restreint sévèrement l’opposition des employeurs au cours des campagnes d’organisation, ont imposé de lourdes amendes aux entreprises qui interféraient dans le choix des représentants à la négociation et elles ont interdit les remplacements permanents de grévistes. En réduisant les pourcentages de vote aux fins de l’accréditation et en restreignant sévèrement le recours aux briseurs de grève au cours des années 70-80, les législateurs au Canada ont renforcé la légitimité de la syndicalisation au moment même où les employeurs américains lançaient leur assaut à grande échelle sur la négociation collective. Mais les innovations pro-syndicales en matière de politiques au provincial et au fédéral au cours de ces mêmes décennies ne peuvent être qualifiées d’abandon radical des pratiques d’après-guerre. Au contraire, comme le développement des politiques d’accréditation et de remplacement de grévistes le démontre, les principes sous-jacents et les caractéristiques de base du système canadien d’intervention étatique dans le domaine des relations du travail sont demeurés remarquablement stables depuis 1950, alors que le contexte économique et politique dans lequel les lois s’appliquent a changé de façon dramatique.

Resumen

Cómo las leyes «anti-sindicales» han protegido el trabajo en Canadá: certificación, huelgas y remplazos en las relaciones industriales de postguerra

Este articulo analiza el desarrollo en Canadá de dos diferencias cruciales entre Canada y los Estados-Unidos en cuanto a la política laboral: el reconocimiento de sindicatos y la regulación estatal de reemplazantes en caso de huelga. El desarrollo de políticas públicas sobre estos aspectos ayuda a esclarecer los principios fundamentales de la intervención estatal en las relaciones patronal-sindicales de postguerra. Los legisladores en Canadá han circunscrito las armas económicas de los sindicatos y han establecido requisitos rigurosos de certificación, pero han restringido también el reclutamiento patronal de reemplazantes y han limitado la implicación de la patronal en el proceso de certificación. En las décadas de postguerra, los sindicalistas atacaron «la intromisión excesiva» de la política laboral canadiense y prefirieron el sistema estado-unidense de intervención con menos injerencia. Sin embargo, desde los años sesenta, la vasta regulación canadiense de las relaciones laborales ha protegido los trabajadores contra el antisindicalismo dirigido por el mercado y ha ayudado a preservar las instituciones de negociación colectiva.

 Remerciements

I would like to thank Adriana Craciun, John Godard, Gregor Murray and the anonymous reviewers for comments on previous drafts of the article.

Auteur : John Logan
Titre : How “Anti-Union” Laws Saved Canadian Labour: Certification and Striker Replacements in Post-War Industrial Relations
Revue : Relations industrielles / Industrial Relations, Volume 57, numéro 1, hiver 2002, p. 129-158
URI : http://id.erudit.org/iderudit/006713ar
DOI : 10.7202/006713ar

Tous droits réservés © Département des relations industrielles de l’Université Laval, 2002

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