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Revue québécoise de linguistique

Volume 31, numéro 2, 2002, p. 89-108

Hiérarchies et géométries

Direction : Denis Dumas (directeur)

Rédaction : Denis Bouchard (rédacteur en chef) et Denis Dumas (rédacteur en chef)

Éditeur : Université du Québec à Montréal

ISSN : 0710-0167 (imprimé)  1705-4591 (numérique)

DOI : 10.7202/009312ar

rql
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Article

Une anaphore nue en malgache

Ileana Paul

Université Western Ontario

Résumé

Cet article porte sur l’anaphore malgache tena ‘corps’. Il est démontré que cette anaphore est un nominal «nu». À cause de sa forme, la distribution de tena est assez restreinte et contraste avec la distribution d’un autre élément supposément anaphorique, ny tenany ‘son corps’. Ce dernier n’est pas une anaphore, en effet, mais a la distribution et l’interprétation d’un nominal complexe qui contient un pronom possessif.

Abstract

This article examines the Malagasy anaphor tena ‘body’. It is shown that this anaphor is a bare noun and therefore has a highly restricted distribution. Tena is then contrasted with another anaphor-like element, ny tenany ‘his body’. It is argued that ny tenany is not an anaphor, per se, but a complex nominal with a possessive pronoun that may be bound.


1. Introduction

1

Cet article vise à mettre en évidence les propriétés syntaxiques et sémantiques de l’anaphore tena en malgache[1]. Les études typologiques sur les morphèmes réfléchis ont révélé trois types dans les langues naturelles : les SN complets (les SD), les clitiques et les affixes (Geniusiene 1987). Dans le présent travail, je propose que tena est un nominal «nu» : c’est un SN et non pas un SD. Comme nominal nu, tena se trouve entre les SN complets et les clitiques dans le continuum des anaphores. Cette caractéristique (absence de structure syntaxique) de tena détermine sa distribution, qui est très restreinte. En plus, tena est une anaphore simple, sans autre interprétation possible (intensive, passive, moyenne, etc.), et ce comportement contraste avec des anaphores comme se en français. Au cours de cette discussion, je compare tena avec un autre élément hypothétiquement anaphorique, ny tenany, qui figure dans la plupart des travaux traitant du liage en malgache. Comme conclusion secondaire, je démontre que ny tenany n’est pas une anaphore comme telle, mais un SN complet (un SD) qui contient un pronom.

2. Le malgache

2

Le malgache est une langue austronésienne parlée à Madagascar. L’ordre (assez rigide) des mots est verbe-objet-sujet (1a). Si le sujet est topicalisé (1b) ou focalisé (1c), il se place devant le verbe (exemples adaptés de Rajemisa-Raolison 1971 : 30) [2]  :

 

(1)

  1. Mamaky teny ny mpianatra.

    at.lire mot dét élève

    «Les élèves lisent.»

  2. Ny mpianatra dia mamaky teny.

    dét élève top at. Lire mot

    «Les élèves, ils lisent.»

  3. Ny mpianatra no mamaky teny.

    dét élève foc at. Lire mot

    «Ce sont les élèves qui lisent.»

 

3

En plus, le malgache jouit d’un système de voix verbales très riche. Pour simplifier un peu, la morphologie verbale indique le rôle thématique de l’élément en position de sujet. Les exemples en (2) illustrent un paradigme standard avec le verbe nividy ‘acheter’ (exemples tirés de Keenan 1972 : (4)-(6)). Le sujet dans chaque exemple est en gras [3].

 

(2)

  1. at : actant-topique (l’actant est le sujet)

    Nividy ny vary ho an’ny ankizy ny vehivavy.

    ps.at.acheter dét riz pour acc’dét enfant dét femme

    «La femme a acheté le riz pour les enfants.»

  2. tt : thème-topique (le thème est le sujet)

    Novidin’ny vehivavy ho an’ny ankizy ny vary.

    ps.tt.acheter.gén.dét femme pour acc’dét enfant dét riz

    «La femme a acheté le riz pour les enfants.»

  3. ct : circonstant-topique[4] (un circonstant est le sujet)

    Nividianan’ny vehivavy ny vary ny ankizy.

    ps.ct.acheter.gén.dét femme dét riz dét enfant

    «La femme a acheté le riz pour les enfants.»

 

4

Dans les voix non actives (2b-c), l’agent est marqué pour le cas génitif et forme un ensemble phonologique avec le verbe (voir Paul 1996 pour les détails).

5

Un des aspects controversés du malgache concerne le statut du sujet (le nominal en position finale) dans cette langue. Certains auteurs, comme Pearson 2001, soutiennent que le sujet en malgache est un élément topicalisé dans une position non argumentale (A-barre). Pour d’autres (Guilfoyle, Hung et Travis 1992), le sujet en malgache est une position argumentale (A). Dans ce travail, j’adopte la deuxième hypothèse, mais l’analyse finale du statut argumental du sujet n’a aucune incidence sur la présente discussion (je reviens sur ce point plus loin). De même, certains linguistes proposent que le malgache est une langue ergative et non pas nominative (Ndayiragije 2000). Un des arguments pour l’ergativité est la distribution de ny tenany. Je montre que cet argument n’est pas valide après observation de la distribution complète de ny tenany. Il reste à évaluer les autres arguments en faveur de l’ergativité, un objectif que je laisse de côté ici (voir Paul et Travis 2002).

3. Les nominaux en malgache

6

Avant de regarder de plus près la distribution de tena, il est important de comprendre la distribution des syntagmes nominaux en malgache.

3.1 Les SN complets

7

Le malgache a des syntagmes nominaux définis/spécifiques (des SN «complets») et indéfinis (des SN «nus»). Les SN complets peuvent apparaître dans n’importe quelle position argumentale d’une proposition : sujet, objet [5], objet indirect, objet d’une préposition, etc.

 

(3)

  1. Mihiry ny vehivavy.

    at.chanter dét femme

    «La femme chante.»

  2. Manaja ny vehivavy Rasoa.

    at.respecter dét femme Rasoa

    «Rasoa respecte la femme.»

  3. Nanome boky ny vehivavy Rasoa.

    ps.at.donner livre dét femme Rasoa

    «Rasoa a donné un livre à la femme.»

  4. Tezitra amin’ny vehivavy Rasoa.

    fâché avec’ dét femme Rasoa

    «Rasoa est fâchée avec la femme.»

 

8

Si un SN complet est un objet direct, il peut suivre immédiatement le verbe (4a), ou un adverbe peut intervenir entre les deux (4b).

 

(4)

  1. √SN complet > adverbe

    Mamitaka ny ankizy matetika Rabe.

    at.tromper dét enfant souvent Rabe

    «Rabe trompe souvent les enfants.»

  2. √adverbe > SN complet

    Mamitaka matetika ny ankizy Rabe.

    at.tromper souvent dét enfant Rabe

    «Rabe trompe souvent les enfants.»

 

9

Pearson 1996 montre que les SN qui portent le déterminant ny peuvent avoir une interprétation spécifique (et indéfinie) dans certains contextes. Premièrement, si un SN est modifié par iray ‘un’, il a le sens «un certain X» (5a). Deuxièmement, la construction existentielle crée une interprétation partitive (indéfinie) (5b).

 

(5)

  1. Tian’i Jaona ny ankizy vavy iray ao an-dakilasiny.

    tt.aimer.gén.Jean dét enfant fille un  acc-classe.3(gén)

    «Jean aime une certaine fille dans sa classe.»

  2. Misy ratsy ny paoma.

    exister mauvais dét pomme

    «Parmi les pommes, certaines sont mauvaises.»

 

10

Troisièmement, un SN apparemment défini peut être partitif dans un contexte comme celui en (6a-b).

 

(6)

  1. Nisy ankizy telo tao an-trano.

    ps.exister enfant trois ps.là acc-maison

    «Il y avait trois enfants dans la maison.»

  2. Natory ny ankizy roa.

    ps.dormir dét enfant deux

    «Deux des enfants dormaient.»

 

11

Les SN complets ont alors une distribution assez libre.

3.2 Les SN «nus»

12

Les SN nus, par contre, ont une distribution beaucoup plus restreinte. Premièrement, ils sont exclus de la position du sujet :

 

(7)

*Tonga zaza.

arrivé enfant

«Un enfant est arrivé.»

 

13

Deuxièmement, les SN «nus» peuvent être l’objet direct d’un verbe (8a) ou d’un adjectif (8b), mais pas d’une préposition (8c). Il faut noter que tous les noms propres en malgache portent un article, «i» comme en (8) ou «Ra» comme en (9).

 

(8)

  1. verbe

    Manaja vazaha i Sahondra.

    at.respecter étranger Sahondra

    «Sahondra respecte des/les étrangers.»

  2. adjectif

    Menatra vazaha i Sahondra.

    honteux étranger Sahondra

    «Sahondra a honte des étrangers.»

  3. préposition

    *Miasa ho vazaha i Sahondra.

    at.travailler pour étranger Sahondra

    «Sahondra travaille pour des étrangers.»

 

14

Notez bien que l’absence de déterminant ne crée pas nécessairement une interprétation indéfinie : vazaha peut être traduit comme «les étrangers» aussi bien que par «des étrangers». Troisièmement, les SN nus doivent suivre immédiatement le verbe (contrairement aux SN complets).

 

(9)

  1. √SN nu > adverbe

    Mamitaka ankizy matetika Rabe.

    at.tromper enfant souvent Rabe

    «Rabe trompe des enfants souvent.»

  2. X adverbe > SN nu

    *Mamitaka matetika ankizy Rabe.

    at.tromper souvent enfant Rabe

 

15

Il semble alors que des SN nus ont une distribution plus restreinte que celle des SN complets.

16

Dans certains contextes, un SN nu peut être «incorporé» au verbe ou à l’adjectif. Il y a deux contextes distincts : l’incorporation dans le cas de la montée du possesseur (inc-poss) et l’incorporation d’un objet direct (inc-obj). (10a′-b′) sont des exemples de inc-poss (Keenan et Ralalaoherivony 2000) : le possesseur du sujet en (10a-b) devient le sujet de la phrase.

 

(10)

a. Tapaka ny feny.

 Cassée dét jambe.3(gén)

 «Sa jambe est cassée.»

a′. Tapa-pe izy.

 cassée-jambe 3(nom)

 «Il a la jambe cassée.»

b. Tsotra ny fiainany.

 Simple dét vie.3(gén)

 «Sa vie est simple.»

b′. Tso-piaina izy.

 simple-vie 3(nom)

 «Il a la vie simple.»

 

17

Le nominal nu qui reste est incorporé obligatoirement. Par contre, l’autre type d’incorporation (inc-obj) est facultatif. (11a-b) illustrent cette alternance[6].

 

(11)

  1. Manana vola izy.  Manam-bola izy.

    at.avoir argent 3(nom)

    «Il a de l’argent.»

  2. Mangalatra fary izy.  Mangala-pary izy.

    at.voler canne-à-sucre 3(nom)

    «Il vole de la canne à sucre.»

 

18

Il est important de noter que les règles phonologiques identiques s’appliquent à l’incorporation en (10) et (11) (voir Keenan et Razafimamonjy 1996).

19

Il y a, cependant, une différence syntaxique importante entre inc-poss et inc-obj, et cette différence est visible dans la nominalisation : dans le cas de la montée du possesseur (inc-poss), le génitif suit le nom incorporé; dans le cas de l’incorporation d’un objet nu (inc-obj), le nominal doit suivre un agent génitif (l’agent génitif «bloque» l’incorporation). Cette différence est illustrée dans les exemples ci-dessous. (12) illustre la inc-poss : (12a) est la phrase de départ et (12b) montre la nominalisation. Le nominal incorporé demeure incorporé et l’agent (Rasoa) doit le suivre. L’autre ordre (12c) est agrammatical. Notez que l’apparition d’un «d» en (12b, c), etc., est d’origine phonologique (/n/+/r/ → [ndr]).

 

(12)

  1. Kinga saina Rasoa.

    vite esprit Rasoa

    «Rasoa est intelligente.»

  2. ny fahakingan-tsain-dRasoa

    dét nm.ct.vite-esprit.gén.Rasoa

    «l’intelligence de Rasoa»

  3. *ny fahakingan-dRasoa saina

    dét nm.ct.vite.gén.Rasoa esprit

    «l’intelligence de Rasoa»

 

20

(13a) est un exemple d’inc-obj, et (13b) illustre la nominalisation où l’incorporation est «bloquée» par l’agent génitif (Rasoa). (13c), avec le nominal incorporé suivi par l’agent, est impossible.

 

(13)

  1. Mangala-pary Rasoa.

    at.voler-canne-à-sucre Rasoa

    «Rasoa vole de la canne à sucre.»

  2. ny fangalaran-dRasoa fary

    dét nm.ct.voler.gén.Rasoa canne-à-sucre

    «le vol de la canne à sucre par Rasoa»

  3. *ny fangalara-parin-dRasoa

    dét nm.ct.voler-canne-à-sucre.gén.Rasoa

    «le vol de la canne à sucre par Rasoa»

 

21

Il semble que la relation entre le SN nu et le verbe est plus étroite avec la inc-poss qu’avec la inc-obj. Nous allons voir l’importance de cette différence plus loin avec tena.

22

Pour résumer, nous avons vu qu’il y a deux types de nominaux en malgache et que ces nominaux ont des propriétés distinctes (p.ex. la distribution). Nous pouvons maintenant examiner l’anaphore tena pour juger si elle fait partie d’un des groupes ci-dessous, ou si elle est un élément unique. Je vais démontrer que tena est en fait un SN nu anaphorique.

4. Présentation de tena

23

Dans cette section, nous verrons que les tests que nous avons vus plus haut classent tena comme un SN nu, mais avec une distribution encore plus restreinte. Ces restrictions additionnelles découlent du fait que tena est une anaphore et doit alors être lié.

4.1 L’interprétation de tena

24

Pour indiquer une action réfléchie, le malgache utilise l’élément invariable tena, qui veut dire «corps»[7]. En tant qu’anaphore, tena doit avoir un antécédent local qui le c-commande. En (14a), Rabe est un antécédent local possible mais Rasoa, qui est dans la proposition matrice, ne l’est pas[8]. En (14b), le possesseur Rabe ne c-commande pas tena et la phrase est agrammaticale car il n’y a pas d’antécédent approprié.

 

(14)

  1. Nilaza Rasoai fa hamono tena*i/j Rabej.

    ps.at.dire Rasoa que fut.at.tuer soi Rabe

    «Rasoa a dit que Rabe va se tuer.»

  2. *Mandresy tenai ny alahelon-dRabei.

    at.vaincre soi dét tristesse.gén.Rabe

    «La tristesse de Rabe l’écrase.»

 

25

L’élément tena semble donc obéir à la Condition A de Chomsky 1981[9]; je donne ici une version simplifiée :

 

(15)

Condition A : une anaphore doit être liée dans sa catégorie gouvernante.

liage : α lie β si α c-commande β

catégorie gouvernante : SN ou Ph

 

26

Comme des anaphores dans d’autres langues, tena est interprété comme une variable liée (Chomsky 1981)[10]. Cette interprétation est évidente dans les exemples suivants.

 

(16)

  1. Manaja tenai i Jeannei; toraka izany koa i Soa.

    at.respecter soi Jeanne; autant cela aussi Soa

    «Jeanne se respecte. Soa en fait autant.»

    = Soa se respecte. (lecture variable)

    ≠ Soa respecte Jeanne. (lecture référentielle)

  2. Manaja tena noho i Soa i Jeanne.

    at.respecter soi plus-que Soa Jeanne.

    «Jeanne se respecte plus que Soa.»

    = plus que Soa se respecte. (lecture variable)

    ≠ plus que Soa respecte Jeanne. (lecture référentielle)

 

27

Tena se distingue alors des pronoms, comme on le voit en (17), qui permettent en plus une interprétation référentielle.

 

(17)

Nanoroka ny reniny i Koto; toraka izany koa i Soa.

ps.at.embrasser dét mère.3(gén) Koto; autant cela aussi Soa

«Koto a embrassé sa mère. Soa en a fait autant.»

= Soa a embrassé la mère de Soa. (lecture variable)

= Soa a embrassé la mère de Koto. (lecture référentielle)

 

28

Les propriétés de tena discutées dans cette section sont typiques des anaphores. Nous allons maintenant voir des particularités de tena.

4.2 La position de tena

29

Les exemples de la section précédente nous amènent à croire que tena se comporte (plus ou moins) comme himself/herself en anglais. Cependant, tena a une distribution beaucoup plus restreinte que himself/herself et doit être l’objet direct d’un verbe (18a) ou d’un adjectif (18b), mais jamais d’une préposition (18c)[11],[12].

 

(18)

  1. verbe

    Manaja tenai i Sahondrai.

    at.respecter soi Sahondra

    «Sahondra se respecte.»

  2. adjectif

    Menatra tenai i Sahondrai.

    honteux soi Sahondra

    «Sahondra a honte d’elle-même.»

  3. préposition

    *Miasa ho tenai i Sahondrai.

    at.travailler pour soi Sahondra

    «Sahondra travaille pour elle-même.»

  4. préposition

    *Nanome boky ho tena i Sahondra.

    ps.at.donner livre pour soi Sahondra

    «Sahondra s’est donné un livre.»

 

30

De plus, tena doit suivre immédiatement le prédicat; un adverbe ne peut pas intervenir entre le prédicat et tena.

 

(19)

  1. tena > adverbe

    Mamitaka tenai matetika Rabei.

    at.tromper soi souvent Rabe

    «Rabe se trompe souvent.»

  2. X adverbe > tena

    *Mamitaka matetika tenai Rabei.

    at.tromper souvent soi Rabe

 

31

Finalement, tena ne peut pas être le sujet d’une phrase.

 

(20)

*Hajain’i Soa tena.

tt.respecter.gén. Soa soi

«Elle-même est respectée par Soa.»

 

32

Comme nous venons de voir, tena partage les propriétés suivantes avec les SN nus : il ne peut pas être le sujet d’une phrase; il doit suivre un verbe ou un adjectif, jamais une préposition; un adverbe ne peut pas intervenir entre le prédicat et tena. Néanmoins tena a aussi des propriétés qui le distinguent des SN nus.

4.3 Tena contre les autres nominaux

33

Contrairement aux SN nus, tena ne peut pas être focalisé (21b) et il ne peut pas apparaître seul (22b).

 

(21)Focus

  1. Vazaha no hajain’iSoa.

    étranger foc tt.respecter.gén.Soa

    «C’est un étranger qui est respecté par Soa.»

  2. *Tena no hajain’iSoa.

    soi foc tt.respecter.gén.Soa

    «C’est elle-même qui est respectée par Soa.»

 

 

(22)Question-réponse

  1. Q : Namaky inona i Soa

     ps.at.lire quoi Soa

     «Qu’est-ce que Soa a lu?»

    R : Boky.

     livre

     «Un livre.»

  2. Q : Manaja an’iza i Soa?

     at.respecter acc’qui Soa

     «Qui Soa respecte-t-elle?»

    R : *Tena

     soi

     «Elle-même.»

 

34

Comment expliquer ces différences? En fait, la réponse est très simple. Comme nous l’avons déjà vu dans la section 4.1, tena est une anaphore qui exige un antécédent local qui le c-commande. Dans la réponse en (22b), il n’y a pas d’antécédent dans la phrase, et le résultat est agrammatical. De même, dans la construction clivée en (21b), l’antécédent Soa ne c-commande pas tena. Dans Paul 2001, je montre que dans les constructions clivées en malgache, l’élément focalisé est le prédicat et la présupposition est une proposition relative sans tête. Dans une telle structure, le SN Soa est enchâssé dans la proposition relative et ne peut pas c-commander tena.

35

En somme, pour expliquer la distribution de tena, il faut le reconnaître comme SN nu qui a besoin en plus d’être lié. Il reste, bien sûr, à expliquer pourquoi les SN nus en malgache ont cette distribution. Je laisse cette question de côté pour le moment.

5. Discussion

36

Dans cette section, je discute d’autres analyses possibles de tena, pour ensuite les écarter.

5.1 Tena comme objet direct

37

Compte tenu de la distribution de tena, il serait peut-être possible de proposer une analyse qui se base sur l’idée que tena est lexicalement marqué comme étant obligé d’apparaître dans la position d’objet direct d’un verbe ou d’un adjectif (tena = objet direct). Cette approche expliquerait l’agrammaticalité de tena comme objet d’un préposition. Cependant, cette analyse ne peut pas expliquer pourquoi un adverbe ne peut pas intervenir entre tena et le prédicat. En plus, il y a d’autres langues qui ont des anaphores qui sont restreintes à la position d’objet direct, mais qui n’ont pas les mêmes restrictions positionnelles que tena. Par exemple, l’anaphore ru:hu en chimwini doit être l’objet direct d’un verbe, mais n’a pas à être directement adjacente au verbe, comme dans l’exemple causatif en (23a)[13]. En malgache, par contre, l’anaphore doit suivre le verbe causatif (23b-c).

 

(23)

  1. Mi ni-m-big-ish-iz-e mwa:na ru:hu-y-é.

    suj sp.op.frapper.cause.t/a enfant soi

    «J’ai forcé l’enfant à se frapper.» [Abasheikh 1978: (32a)]

  2. Nampanaja tena an’i Koto i Soa.

    ps.cause.respecter soi acc’Koto Soa

    «Soa a forcé Koto à se respecter.»

  3. *Nampanaja an’i Koto tena i Soa.

    ps.cause.respecter acc’Koto soi Soa

 

38

Dans (23a), ru:hu est l’objet direct du verbe enchâssé, mais il n’y a pas d’adjacence linéaire. L’analyse de tena comme nominal nu rend mieux compte de sa distribution qu’une analyse basée sur les relations grammaticales.

5.2 Tena comme affixe

39

Compte tenu de la dépendance entre tena et le prédicat, il serait tentant de l’analyser comme un affixe (voir Zribi-Hertz et Mbolatianavalona 1997). Les affixes réfléchis sont assez communs : en indonésien, l’anaphore simple diri doit être contiguë au verbe, et Chung 1976 la traite comme un affixe verbal. Mais une analyse affixale ne s’applique pas dans le cas du malgache, car tena n’est pas toujours immédiatement à côté du prédicat.

40

Dans la section 3.2, nous avons vu deux cas d’incorporation, inc-obj et inc-poss. La différence entre les deux est évidente dans les nominalisations : inc-obj doit suivre l’agent génitif (24a) mais inc-poss le précède (24b).

 

(24)

  1. ny fangalaran-dRasoa fary

    dét nm.ct.voler.gén.Rasoa canne-à-sucre

    «le vol de la canne à sucre par Rasoa»

  2. ny fahakingan-tsain-dRasoa

    dét nm.ct.vite-esprit.gén.Rasoa

    «l’intelligence de Rasoa»

 

41

Dans ces contextes, tena se comporte comme inc-obj et suit l’agent génitif (25).

 

(25)

ny famonoan’ny renyi tenai ny zanany.

dét nm.ct.tuer.gén.dét mère soi dét enfant.3(gén)

«le suicide des mères pour les enfants»

 

42

Si tena était un affixe, il serait difficile d’expliquer sa position en (25). De même, dans une phrase avec inc-poss, tena ne se trouve pas à côté du verbe, mais après le complexe [V+objet nu] (manety volo «couper cheveux»), comme en (26).

 

(26)

Manety volo tenai Rasoai.

at.couper cheveux soi Rasoa

«Rasoa se coupe les cheveux.»

 

43

Le dernier type de fait concerne certaines expressions fixes comme maka sary «prendre une photo», où tena suit encore l’objet.

 

(27)

Maka sary tenai Rasoai.

prendre photo soi Rasoa

«Rasoa a pris une photo d’elle-même.»

 

44

Compte tenu des exemples (25) à (27), tena ne peut pas être considéré comme un simple affixe, car il n’est pas toujours à côté du verbe.

5.3 Tena comme clitique

45

Puisque tena semble avoir une certaine dépendance du prédicat – sans pour autant être un affixe – pourquoi ne pas dire que c’est un clitique? Les tests classiques (Kayne 1975) montrent cependant que tena n’est pas un clitique. Premièrement, contrairement à un clitique, tena a son propre accent tonique (sur la première syllabe). Deuxièmement, tena peut être coordonné (avec un autre nominal nu) :

 

(28)

Manaja tena sy zanaka i Koto.

at.respecter soi et enfant Koto

«Koto respecte lui-même et les enfants.»

 

46

Troisièmement, il est possible de modifier tena :

 

(29)

Manaja tena irery i Koto

at.respecter soi seulement Koto

«Koto ne respecte que lui-même.»

 

47

Ces faits montrent clairement que tena n’a pas les propriétés d’un clitique.

48

Pour résumer, j’ai démontré que l’analyse de tena comme nominal nu rend mieux compte de sa distribution que des analyses alternatives qui le traitent comme un affixe ou un clitique.

6. Ny tenany

49

Dans cette section, je complète la discussion de tena en le comparant avec une autre anaphore malgache, ny tenany[14]. Ny tenany figure dans la plupart des discussions des anaphores en malgache (Travis 1998, Pearson 2001). Cet élément est marqué pour la personne et le nombre avec le suffixe possessif (génitif) ny; ny tenany veut dire littéralement «le corps à lui».

 

(30)

a. ny tenako

«mon corps»

b. ny tenanao

«votre corps»

c.  ny tenany

«son corps»

d. ny tenantsika

etc…

«notre corps» (inclusif)

 

50

L’exemple suivant montre que ny tenany peut être le sujet d’une phrase (non active).

 

(31)

Hajain’i Soai ny tenanyi.

tt.respecter.gén.Soa dét soi.3(gén)

«Son corps est respecté par Soa.» ou «Soa se respecte.»

 

51

Pearson cite cet exemple pour appuyer son analyse du sujet en termes de position topicalisée. Si le sujet est un topique, il peut être reconstruit dans sa position thématique de base, le liage se faisant alors en FL. Dans la reconstruction de (31), ny tenany est alors dans une position (objet logique) où il est c-commandé par Soa (sujet logique).

52

Examinons plus en détail la distribution de ny tenany, car l’analyse de Pearson se base sur l’hypothèse que ny tenany est une anaphore et obéit donc aux conditions de liage. Le problème est que ny tenany n’a besoin ni d’un antécédent local, ni d’être c-commandé. (32a) montre que l’antécédent de ny tenany peut être dans la proposition matrice, et (32b) montre que l’antécédent ne c-commande pas nécessairement ny tenany.

 

(32)

  1. Nilaza Rabei fa namitaka ny tenanyi/j Ranaivoj.

    ps.at.dire Rabe que pst.at.tromper dét soi.3(gén) Ranaivo

    «Rabe a dit que Ranaivo l’a trompé / s’est trompé.»

  2. Nanongo ny tenanyi/j [ny renin’i Soaj]i

    ps.at.pincer dét soi.3(gén) dét mère.gén.Soa

    «La mère de Soa l’a pincée / s’est pincée.»

 

53

En plus, ny tenany peut avoir un antécédent dans le discours.

 

(33)

Sambatra Rabei. Notoloran-d Rakoto valim-pahaizana ny tenanyi.

heureux Rabe ps.tt.offrir.gén. Rakoto prix dét soi.3(gén)

«Rabe est heureux. Rakoto lui a offert un prix.»

 

54

(33) nous montre clairement que ny tenany n’obéit pas aux conditions de liage, ce qui rend douteuses les conclusions basées sur l’interprétation de (31). En d’autres mots, si ny tenany résout sa référence par des moyens extralinguistiques en (33), les mêmes moyens pourraient alors être utilisés en (31). La grammaticalité de (31) ne montre donc pas que le sujet est un topique.

55

De même, (31) est parfois cité pour montrer l’aspect ergatif du malgache (Ndayiragije 2000). Dans la plupart des langues ergatives, une anaphore absolutive peut être liée par un antécédent ergatif. Voici un exemple de basque (Manning 1996 : (5a)) :

 

(34)

Gudari-ek elkar hiltzen zuten.

soldats-erg récip.abs tuer aux

«Les soldats se sont tués.»

 

56

Si ny tenany est une anaphore, (31) montre que le malgache ressemble aux langues ergatives. Mais si on reconnaît que ny tenany n’est pas une anaphore, (31) ne prouve rien de la sorte.

57

Les faits sur l’ellipse sont un autre indice du statut non réfléchi de ny tenany. Ainsi, l’interprétation de ny tenany contraste avec l’interprétation de tena dans le même contexte : ny tenany s’interprète comme un pronom et non pas comme une variable.

 

(35)

Manaja ny tenanyi i Jeannei; toraka izany koa i Soa.

at.respecter dét soi.3(gén) Jeanne; autant cela aussi Soa

«Jeanne se respecte; Soa en fait autant.»

= Soa se respecte. (lecture variable)

= Soa respecte Jeanne. (lecture référentielle)

 

58

Ces données suggèrent que ny tenany est un SN comme ny reniny «sa mère»; ce qui est «lié» est le pronom possessif à l’intérieur de ce syntagme. Ce pronom est sujet à la condition B, mais comme il n’est jamais lié à l’intérieur de son domaine (le SN ny tenany), la coréférence est libre.

59

Il reste néanmoins certaines questions concernant la distribution de ny tenany. Les exemples en (36) montrent que ny tenany n’est pas exactement comme ny reniny «sa mère», car le premier ne peut pas être un agent dans la position de sujet (actif) ou génitif (non actif).

 

(36)

  1. *Nanongo an-dRabei ny tenanyi.

    ps.at.pincer acc-Rabe dét soi.3(gén)

    «Lui-même a pincé Rabe.»

  2. *Notsongoin’ny tenanyi Rabei.

    ps.tt.pincer.gén.dét soi.3(gén) Rabe

    «Rabe a été pincé par lui-même.»

 

60

En (37), nous voyons que ny reniny «sa mère» est possible dans les mêmes positions, la coréférence étant possible.

 

(37)

  1. Nanongo an-dRabei ny reninyi.

    ps.at.pincer acc-Rabe dét mère.3(gén)

    «Sa mère a pincé Rabe.»

  2. Notsongoin’ny reninyi Rabei.

    ps.tt.pincer.gén.dét mère.3(gén) Rabe

    «Rabe a été pincé par sa mère.»

 

61

Par contre, les exemples de (36) deviennent grammaticaux si l’antécédent est dans la proposition matrice.

 

(38)

Nilaza Rasoai fa hotsongoin’ny tenanyi Rabe.

ps.at.dire Rasoa que fut.tt.pincer.gén.dét soi.3(gén) Rabe

«Rasoa a dit que Rabe serait pincé par elle.»

 

62

La généralisation qui émerge est que ny tenany ne peut être un agent que dans des constructions où son antécédent est aussi un agent. Dans des phrases simples comme (36), ny tenany ne peut pas être l’agent, car son antécédent est un thème. Par contre, dans (38), ny tenany et son antécédent sont tous les deux agents. Il reste à déterminer si une analyse plus formelle peut rendre compte de ce comportement.

63

Avant de terminer, il faut noter que ny tenany permet en plus l’interprétation littérale ou emphatique : «son corps physique». Pour certains locuteurs, (39b) met plus d’emphase sur le corps que (39a).

 

(39)

  1. Namono tena Rasoa.

    ps.at.tuer soi Rasoa

    «Rasoa s’est tuée.»

  2. Namono ny tenany Rasoa.

    ps.at.tuer dét soi.3(gén) Rasoa

    «Rasoa s’est tuée.» ou «Rasoa a tué son corps physique.»

 

64

Ces données indiquent bien que ny tenany diffère syntaxiquement et sémantiquement de tena.

65

Pour résumer, tena est une vraie anaphore tandis que ny tenany a une distribution très différente. Le premier obéit aux conditions de liage tandis que le deuxième est restreint par les rôles thématiques (ou peut-être les règles du discours), et non pas par la structure.

7. Conclusion

66

La présente étude met en évidence l’importance d’examiner la distribution complète d’un élément anaphorique avant de tirer des conclusions sur sa nature réelle. Ainsi, l’anaphore tena semble avoir une distribution particulière si on ne reconnaît pas son statut de nominal nu. La forme de tena explique pourquoi cette anaphore est restreinte à la position d’objet direct. En plus, puisque tena n’est pas un affixe comme tel, certains éléments peuvent être insérés entre le prédicat et tena (p.ex. un agent génitif ou un nom incorporé). Comme conclusion secondaire, la discussion sur ny tenany a démontré que ce nominal ne peut être utilisé dans des arguments ni pour le statut topicalisé du sujet, ni pour le statut ergatif du malgache.

67

Prenant comme point de départ l’article de Cardinaletti et Starke 1999, Zribi-Hertz et Mbolatianavalona 1999 présentent une étude très détaillée des pronoms en malgache et proposent trois niveaux de déficience : syntaxique, morphologique et phonologique. La prochaine étape de mes recherches consiste à voir s’il est possible de classifier tena et les autres nominaux nus du malgache avec les tests de Zribi-Hertz et Mbolatianavalona. Il faut également essayer d’expliquer pourquoi les nominaux nus ont une telle distribution syntaxique. Je laisse de côté ces questions pour des recherches ultérieures.


 Remerciements

Je tiens à remercier Saholy Hanitriniaina pour son aide pour les données malgaches; tous les exemples cités dont je ne donne pas la source viennent de mes entrevues avec elle. Je remercie aussi les participants à l’atelier bilingue de l’Université Western Ontario et au «In the shadow of the groundhog binding workshop» de l’Université de Toronto, ainsi que David Heap et Jacques Lamarche pour leurs questions et commentaires. Je suis également reconnaissante envers les évaluateurs, qui ont beaucoup fait évoluer ma pensée sur ce sujet. Je suis la seule responsable pour toute erreur qui reste.

 

Notes

[1]

Puisque tena précède presque toujours son «antécédent», il serait plus correct de l’appeler une cataphore. Dans cet article, j’adopte la terminologie habituelle pour ne pas confondre le lecteur.

[2]

Les abréviations :

  • at : actant-topique

  • tt : thème-topique

  • ct : circonstant-topique

  • récip : réciproque

  • dét : déterminant

  • déf : déterminant défini

  • top : particule topique

  • foc : particule focale

  • fut : futur

  • ps : passé

  • nm : nominalisation

  • aux : auxiliaire

  • nom : nominatif

  • acc : accusatif

  • gén : génitif

  • erg : ergatif

  • abs : absolutif

[3]

Le malgache ne marque pas la distinction entre le singulier et le pluriel pour les noms communs (sauf sur les démonstratifs). En effet, des phrases comme (1) et (2) sont ambiguës; je donne toujours une des interprétations possibles, sans signaler les autres.

[4]

Certains grammairiens comme Rajemisa-Raolison 1971 appellent cette voix «relative».

[5]

Pour certains locuteurs, un objet direct ne peut avoir le déterminant ny.

[6]

Bien que les facteurs qui régissent cette opération restent mal compris, il semble néanmoins clair qu’elle est purement phonologique. Par exemple, elle peut s’appliquer à des éléments autres qu’un prédicat et son argument interne.

    1. maraina sy hariva  marain-tsy hariva

      matin et soir

      «matin et soir»

    2. mianatra mandeha  miana-mandeha

      at.étudier at.marcher

      «apprendre à marcher»

[7]

Il existe aussi des verbes lexicalement réfléchis:

  1. mihoho ‘se peigner’ : manogo ‘peigner’ (transitif)

  2. misasa ‘se laver’ : manasa ‘laver’ (transitif)

[8]

En malgache, les compléments phrastiques se trouvent toujours à droite du sujet, ce qui donne l’ordre VSO en (14a).

[9]

Je ne parlerai pas ici de la théorie du liage de Reinhart et Reuland 1993 faute d’espace.

[10]

En fait, en anglais dans les contextes de comparaison, le pronom réfléchi a deux interprétations possibles: référentielle ou variable.

  1. Sandy defended herself better than her lawyer did.

    «Sandy s’est défendue mieux que son avocat.»

    =better than her lawyer defended herself. (lecture variable)

    =better than her lawyer defended Sandy. (lecture référentielle)

Dans les contextes d’ellipse, par contre, seule la lecture variable est possible.

[11]

Tena est sujet à certaines restrictions lexicales: tena ne peut pas être l’objet d’un prédicat psychologique :

  1. *Mahasosotra tenai i Kotoi.

    cause.fâcher soi Koto

    «Koto s’irrite.»

  2. Mahasosotra an’i Soa i Koto.

    cause.fâcher acc. Soa Koto

    «Koto irrite Soa.»

Notez que la préposition ho en (18c-d) assigne le cas accusatif; l’agrammaticalité de (18c-d) ne provient pas d’une incompatibilité de cas.

[12]

Carden 1993 suggère que le créole de l’île Maurice a emprunté l’anaphore lekor ‘le corps’ au malgache; lekor est restreint à la position d’objet direct, un peu comme tena (qui veut dire ‘corps’). Cependant, je montre plus loin qu’il ne suffit pas de dire que tena est un objet direct.

[13]

Un évaluateur note que l’anaphore en (23a) n’est pas un nominal nu comme tena, car elle porte un suffixe.

[14]

Comme tena, ny tenany ne permet pas d’usage intensif, du type «Mireille elle-même adore les enfants».

 

Références

 

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Carden, G. 1993 «The Mauritian Creole ‘lekor’ reflexive: Substrate influence on the target-location parameter», dans F. Byrne et J. Holm, Atlantic meets Pacific, Amsterdam, John Benjamins, p. 105-117.

 

Cardinaletti, A. et M. Starke 1999 «The typology of structural deficiency : A case study of three classes of pronouns», dans H. van Riemsdijk et coll., Clitics in the Languages of Europe, Berlin, Mouton de Gruyter, p. 145-233.

 

Chomsky, N. 1981 Lectures on Government and Binding, Dordrecht, Foris.

 

Chung, S. 1976 «An object-creating rule in Bahasa Indonesia», Linguistic Inquiry 7 : 41-87.

 

Geniusiene, E. 1987 The typology of reflexives, Berlin, Mouton de Gruyter. DOI:10.1515/9783110859119

 

Guilfoyle, E., H. Hung et L. Travis 1992 «Spec of IP and Spec of VP: Two subjects in Austronesian languages», Natural Language and Linguistic Theory 10 : 375-414. DOI:10.1007/BF00133368

 

Kayne, R. S. 1975 French Syntax. The Transformational Cycle, Cambridge (Mass.), MIT Press.

 

Keenan, E. 1972 «Relative clause formation in Malagasy», dans P. Peranteau, J. Levi, G. Phares et coll., The Chicago Which Hunt. Papers from the Relative Clause Festival, Chicago, CLS, p. 169-189.

 

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Keenan, E. et J. P. Razafimamonjy 1996. «Malagasy morphology : Basic rules», dans M. Pearson et I. Paul, UCLA Occasional Papers in Linguistics 17: The structure of Malagasy, vol. 1, Los Angeles, UCLA, p. 31-48.

 

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Ndayiragije, J. 2000 «The ergativity parameter», communication invitée au MIT.

 

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Rajemisa-Raolison, R. 1971 Grammaire malgache, Fianarantsoa, Librairie Ambozontany.

 

Reinhart, T. et E. Reuland 1993 «Reflexivity», Linguistic Inquiry 24 : 657-720.

 

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Zribi-Hertz, A. et L. Mbolatianavalona 1997 «De la structure à la référence : les pronoms du malgache», dans A. Zribi-Hertz, Les pronoms : morphologie, syntaxe et typologie, Saint-Denis, Presses Universitaires de Vincennes.

 

Zribi-Hertz, A. et L. Mbolatianavalona 1999 «Towards a modular theory of linguistic deficiency : Evidence from Malagasy personal pronouns», Natural Language and Linguistic Theory 17 : 161-218. DOI:10.1023/A:1006072823421

Auteur : Ileana Paul
Titre : Une anaphore nue en malgache
Revue : Revue québécoise de linguistique, Volume 31, numéro 2, 2002, p. 89-108
URI : http://id.erudit.org/iderudit/009312ar
DOI : 10.7202/009312ar

Tous droits réservés © Revue québécoise de linguistique, 2002

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