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Sociologie et sociétés

Volume 24, numéro 1, printemps 1992, p. 67-79

Entre le corps et le soi: une sociologie de la « subjectivation »

Sous la direction de Elspeth Probyn

Direction : Louis Maheu (directeur)

Rédaction : Nicole Laurin-Frenette (rédacteur en chef)

Éditeur : Les Presses de l'Université de Montréal

ISSN : 0038-030X (imprimé)  1492-1375 (numérique)

DOI : 10.7202/001432ar

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Article

Entre la chair et l’esprit : le corps social du nouveau-né

Charles LEVIN

Résumé

La thiiorie classique de la socialisation suppose que l'individu social se développe après la naissance à partir d'un état primaire d'indifférenciation sans frontières entre le soi et l'objet (Freud, Piaget, Skinner). Selon une telle perspective, la sociabilité n'est qu'un fait externe au corps, une caractéristique secondaire ou acquise. Mais le " chaos ", 1' " égoïsme " et le " narcissisme " habituellement attribués à l'enfant ne constituent pas des faits sociaux ou psychologiques ; on trouve l'origine de ces idées dans le créationnisme grec et dans le concept de " chair " selon saint Paul. Dans cette tradition, qui domine encore les sciences sociales, le corps représente la désorganisation mythique qui doit être corrigée et structurée par la Loi de la Société (Durkheim, Lévi-Strauss, Lacan). L'étude contemporaine de la vie cognitive, émotionnelle et sociale du nouveau-né et de l'enfant ouvre la voie à une nouvelle sociologie basée sur la sociabilité primordiale et innée du corps humain.

Summary

Between the Flesh and the Spirit: The Social Body of a Newborn

Classical theory in socialization supposes that the social individual develops after birth from an undifferentiated primary state with no boundaries between self and object (Freud, Piaget, Skinner). From this perspective, sociability is nothing more than a phenomenon outside the body, a secondary or acquired characteristic. "Chaos", "egotism" and "narcissism" habitually attributed to the child do not however constitute social or psychological facts. The origin of theses ideas can be found in Greek creationism and in the concept of the "flesh" according to St. Paul. In this tradition, which still dominates the social sciences, the body represents the mythical disorganization which must be corrected and structured by the Law of Society (Durkheim, Lévi-Strauss, Lacan). Contemporary studies on the cognitive, emotional and social life of the newborn and the child open the way for a new sociology based on the primordial and innate sociability of the human body.

Resumen

La teoría clásica de la socialización supone que el individuo social se desarrolla después del nacimiento a partir de un estado primario de indiferenciación sin fronteras entre el sí mismo y el objeto (Freud, Piaget, Skinner). Según una tal perspectiva, la sociabilidad no es más que un hecho externo al cuerpo, una característica secundaria o adquirida. Pero el "caos", el "egoísmo" y el "narcisismo" habitualmente atribuidos al niño no constituyen hechos sociales o psicológicos ; se encuentra el origen de estas ideas en la creación griega y en el concepto de "carne" según San Pablo. En esta tradición, que domina aún las ciencias sociales, el cuerpo representa la desorganización mítica que debe ser corregida y estructurada por la Ley de la Sociedad (Durkheim, Levy-Strauss, Lacan). El estudio contemporáneo de la vida cognoscitiva, emocional y social del recién nacido y del niño abre la via a una nueva sociología, basada sobre la sociabilidad primordial e innata del cuerpo humano.

Auteur : Charles LEVIN
Titre : Entre la chair et l’esprit : le corps social du nouveau-né
Revue : Sociologie et sociétés, Volume 24, numéro 1, printemps 1992, p. 67-79
URI : http://id.erudit.org/iderudit/001432ar
DOI : 10.7202/001432ar

Tous droits réservés © Les Presses de l'Université de Montréal , 1992

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