Les limites des prophéties, ou les raisons d’être de la modestie intellectuelle en sciences sociales
John MYLES
Résumé
Depuis longtemps, le désir de concevoir des méta-récits historiques destinés à séparer le passé du présent et à indiquer les trajectoires probables dans l’avenir est au coeur de la tradition sociologique. En règle générale, le cours réel de l’histoire a plutôt démenti les prévisions. Aujourd’hui, les théories spéculatives de la modernisation et de la transformation du capitaliste que les spécialistes des sciences sociales avaient tant prisées entre les années cinquante et soixante-dix ont presque toutes été infirmées. En réaction, beaucoup ont renoncé à leurs ambitions théoriques antérieures pour embrasser, d’une part, le solipsisme du post-modernisme et, d’autre part, les modèles statiques de la théorie des choix rationnels. Dans mon article, je signale une troisième réaction, soit la reprise du projet traditionnel, mais sur des bases plus modestes. En m’inspirant d’études récentes sur les marchés du travail et sur les États-providences, je montre comment la théorie de la régulation et le nouvel institutionnalisme représentent tous deux des moments différents d’une tentative de comprendre le changement historique à une grande échelle, mais sans chercher comme la génération antérieure à produire des « prophéties historiques inconditionnelles ».
Summary
The Limits of Prophecy: The Case for Intellectual Modesty in the Social Sciences
The impulse to create grand historical meta-narratives aimed at separating past from present and pointing out likely trajectories to the future has long been at the core of the sociological enterprise. In general, the actual course of history has not been kind to this project. The “grand theories” of modernisation and capitalist transformation much favored by social scientists from the fifties to the seventies have now been mostly falsified. In response, many have turned away from the theoretical ambitions of an earlier period to embrace the solipsism of postmodernism, on the one hand, or the static models of rational choice theory, on the other. In this paper, I point to a third response that has taken up the traditional project, albeit on more modest terms. Drawing on recent studies of labor markets and welfare states, I illustrate how both regulation theory and the new institutionalism represent different moments of an effort to understand large scale historical change minus the ambitions of an earlier generation to generate “unconditional historical prophecies”.
Resumen
Dese hace mucho tiempo, el deseo de concebir metarelatos históricos destinados a separar el pasado del presente y a indicar los trajectos probables en el futuro está en el corazón de la tradición sociológica. En regla general, el curso real de la historia a más bien maltratado esta empresa. Hoy, las teorías especulativas de la modernización y de la transformación capitalista que los especialistas de las ciencias sociales habían apreciado tanto entre los años cincuenta y setenta han sido casi todas contradichas. En reacción, muchos han renunciado a sus ambiciones teóricas anteriores para abrazar, por un lado, el solipsismo del posmodernismo y, por otro lado, los modelos estáticos de las elecciones racionales. En mi artículo, yo señalo una tercera reacción, la retoma del projecto tradicional, pero a partir de bases más modestas. Inspirándome de estudios recientes sobre los mercados de trabajo y sobre los Estados-benefactores, yo muestro de que manera la teoría de la regulación y el nuevo institucionalismo representan momentos diferentes de una tentativa de comprender el cambio histórico en grande escala, pero sin intentar, como la generación anterior, producir « profecías históricas incondicionales ».
| Auteur : | John MYLES |
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| Titre : | Les limites des prophéties, ou les raisons d’être de la modestie intellectuelle en sciences sociales |
| Revue : | Sociologie et sociétés, Volume 30, numéro 1, printemps 1998, p. 55-67 |
| URI : | http://id.erudit.org/iderudit/001523ar |
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