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Tangence

Direction : André Gervais (codirecteur), Lucie Guillemette (codirectrice), Marc André Bernier (directeur adjoint) et Claude La Charité (directeur adjoint)

Éditeur : Tangence

ISSN : 1189-4563 (imprimé) 1710-0305 (numérique)

Précédé de : Urgences

tce

Numéro 80, hiver 2006, p. 5-145Sociabilités imaginées : représentations et enjeux sociaux

Sous la direction de Michel Lacroix et Guillaume Pinson

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Michel Lacroix et Guillaume Pinson

Liminaire

Pages 5–17

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Anthony Glinoer et Vincent Laisney

Le cénacle à l’épreuve du roman

Pages 19–40

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Les auteurs proposent de confronter deux oeuvres et deux modes de textualisation du cénacle, considéré comme la forme typique de sociabilité littéraire au xixe siècle. Il s’agit d’abord du « Cénacle de la rue des Quatre-Vents » d’Un grand homme de province à Paris (1839), seconde partie d’Illusions perdues de Balzac. On y étudiera le rôle archétypal que Balzac accorde à ce cénacle porté par les valeurs du Travail et de la Patience, tant face à la littérature facile et au journalisme prostitué, représentés par le dîner orgiaque, que face aux cénacles romantiques fustigés sans cesse depuis 1829 par les journalistes, dont Balzac lui-même. On comparera cette première représentation cénaculaire avec celle que Camille Mauclair donne dans Le soleil des morts (1898), pour montrer qu’à l’inverse de ce qui se produit dans Illusions perdues, le cénacle est entraîné dans le mouvement d’altération générale du monde littéraire : le mythe du « cénacle idéal » vole en éclats, les valeurs cénaculaires font faillite, remplacées par celles que revendiquent les anarchistes (Énergie, Vitesse, Destruction). Entre ces deux romans-repères, publiés à soixante ans d’intervalle, le mythe platonicien de la Littérature, inaltérable et inviolable, réfugiée dans le « ciel des Idées » et symbolisée par le Cénacle, s’est effondré. Dans cette confrontation peuvent se lire l’évolution des imaginaires d’écrivains et la reconfiguration du champ littéraire.

   

Marie-Ève Thérenty

De la nouvelle à la main à l’histoire drôle : héritages des sociabilités journalistiques du xixe siècle

Pages 41–58

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Cet article étudie la représentation des sociabilités journalistiques au xixe siècle : elle évolue d’une littérature taxinomique et panoramique marquée par l’étude de moeurs et le récit jusqu’à une littérature de témoignage fonctionnant plutôt sur le souvenir et le partage de l’échange dialogué. Les journalistes entrent donc dans une sociabilité étrange et narcissique où il faut vivre pour pouvoir se raconter. C’est surtout l’industrie du mot d’esprit qui se développe le plus, provoquant une inflation du genre journalistique de la nouvelle à la main, véritable ancêtre de l’histoire drôle moderne.

   

Björn-Olav Dozo

À propos de la création d’un lieu de sociabilité littéraire institué : analyse des débats et des enjeux qui ont précédé la création de l’Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique

Pages 59–84

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Les débats qui ont précédé la création d’une académie littéraire de langue française en Belgique ont duré vingt-cinq ans et s’articulent selon deux grands axes : l’un qualifié d’« institutionnel », l’autre d’« identitaire ». L’axe institutionnel renvoie au degré d’institutionnalisation que souhaite l’écrivain pour la littérature belge. L’axe identitaire permet de situer sa conception de l’indépendance de la littérature belge par rapport à la littérature française. On peut isoler six thèmes argumentatifs mobilisés lors des débats. Leur analyse met en évidence les enjeux de la création d’une académie, qui vont au-delà des représentations liées à un mode de sociabilité d’écrivains et engagent toute une conception de la littérature produite en Belgique francophone.

   

Guillaume Pinson

Rumeurs et anecdotes : imaginer la mondanité dans la presse, vers 1900

Pages 85–99

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Dans cet article, on se propose d’étudier la poétique du microrécit mondain à travers deux genres caractéristiques de la presse de la Belle Époque : la rumeur et l’anecdote. Ces deux petits genres ont ceci de fascinant qu’ils suggèrent un en-dehors du discours social, un ensemble de références et de pratiques sur lequel s’est cristallisée une partie de la mémoire culturelle de la mondanité française. On en observera les modulations dans des périodiques tels que La Vie parisienne, Le Gil Blas et quelques petites feuilles mondaines. La portée référentielle du microrécit ne doit pas empêcher de le saisir dans sa dimension poétique et rhétorique : il existe une contrainte de la mise en forme de la rumeur et de l’anecdote, que l’on explicitera. De plus, le microrécit se développe au coeur de l’univers médiatique. Dès l’origine, il porte donc une socialité bien particulière qu’il instaure et relaie, marquée par une double médiation : la mondanité telle qu’elle se donne effectivement à lire dans le microrécit, d’une part, et d’autre part l’horizon de la communauté plus large, distancée et anonyme, des lecteurs, qui imagine sa propre interdépendance par la connivence du « commérage » (Elias). Cette dynamique sociale est favorisée par le fait que le microrécit a un statut ambigu, entre référence et invention, qui permet à tous les jeux de l’imaginaire de se déployer. Le journal est ainsi un lieu où la communauté s’imagine (Anderson) au travers des petites fictions quotidiennes qu’elle s’invente et qu’elle s’écrit.

   

Michel Lacroix

Une éclatante discrétion : Jean Paulhan et le pouvoir dans les lettres

Pages 101–123

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Omniprésent dans les discours sur Jean Paulhan, le mythe de l’éminence grise n’a pourtant guère été objet d’analyse. Pour voir ce qui se cache et se dévoile dans ce cliché vivace, l’auteur examine les textes qui le mettent en forme et les déterminations socio-historiques présidant à son émergence. On découvre ainsi que Paulhan transforme le flou inhérent au capital social en énigme à déchiffrer et qu’un ethos du secret anime aussi bien ses récits et critiques que sa pratique de la sociabilité.

   

Chantal Savoie

La page féminine des grands quotidiens montréalais comme lieu de sociabilité littéraire au tournant du xxe siècle 

Pages 125–142

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L’auteur propose d’interroger des sociabilités imaginées propres aux femmes de lettres canadiennes-françaises telles qu’elles se donnent à lire dans les journaux et les périodiques du tournant du xxe siècle. Plus spécifiquement, l’étude porte sur la communauté littéraire imaginaire que construisent les femmes de lettres en analysant la liste des auteurs les plus souvent recommandés par Joséphine Marchand, Françoise (pseud. de Robertine Barry), Gaétane de Montreuil (pseud. de Georgina Bélanger) et Madeleine (pseud. d’Anne-Marie Gleason) dans les différents périodiques et journaux dans lesquels elles signent leurs chroniques. Ce palmarès offre une perspective inédite sur la culture commune de l’époque. Outre qu’il permet de constater d’importantes distorsions entre les auteurs-vedettes et notre perception des auteurs qui comptent pour l’époque, des résultats préliminaires permettent de poser l’hypothèse que sous l’apparent conformisme moral et social des suggestions de lecture, les femmes de lettres construisent une communauté littéraire au féminin susceptible de faire admettre certaines pratiques littéraires des femmes sans heurter de plein fouet l’idéologie dominante.

 

Compte rendu  

   

Catherine Broué

Alexandre-Olivier Exquemelin, Histoire des aventuriers flibustiers, établissement du texte, glossaire et index par Réal Ouellet, introduction et notes par Réal Ouellet et Patrick Villiers, Paris, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, et Québec, Presses de l’Université Laval, coll. « Imago mindi. Série textes », 2005, 595 p. ISBN 2-7637-8249-3

Pages 143–145

[HTML]  [PDF 58 ko]  [Notice]  [Plan

URI : http://www.erudit.org/revue/tce/2006/v/n80/

Tous droits réservés © Tangence, 2006

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