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Tangence

Numéro 94, automne 2010, p. 87-111

Les femmes et le pouvoir dans la littérature du xixe siècle

Sous la direction de Cynthia Harvey

Direction : Marc André Bernier (codirecteur), Hervé Guay (directeur adjoint), Claude La Charité (codirecteur) et Roxanne Roy (directrice adjointe)

Éditeur : Tangence

ISSN : 1189-4563 (imprimé)  1710-0305 (numérique)

DOI : 10.7202/1003491ar

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Article

Femme, pouvoir, espace dans Au bonheur des dames et Une page d’amour d’Émile Zola

Jolanta Rachwalska von Rejchwald

Université Marie Curie-Skłodowska (Lublin, Pologne)

Résumé

Notre objectif est de proposer une approche du rapport entre la femme et le pouvoir qui tienne compte de l’appropriation kinésique de l’espace social par le corps féminin. Dans l’historiographie, la mobilité n’a jamais été un attribut féminin. Culturellement conditionnée pour être passive, la femme, telle qu’elle se donne à lire dans le roman du xixe siècle, se compare à un bibelot fragile et doit attendre celui qui voyage, entreprend, agit — son père, son mari ou son amant. Dans la société où la spatialité est au service du pouvoir, car « les femmes sont à la fenêtre et les hommes sont à la porte » (Zola, Germinal), la femme qui fait son coming out, en décidant de partir ou en s’aventurant seule dans l’espace urbain, est une personne qui, consciemment ou non, tend vers la confrontation avec l’ordre social. Pouvoir inscrire librement son corps et sa volonté dans l’espace géographique et social n’a rien, pour la femme, d’une distraction futile ; sous les allures d’une hardiesse fantasque, apparaît un acte grave qui engage toute l’existence de la femme. Car il faut y voir non seulement un authentique acte de révolte, mais aussi un geste transgressif qui tient du rite de passage. Après avoir osé franchir, symboliquement, le seuil de sa demeure, rien n’est plus pareil pour la femme ; d’ailleurs, tout changement notable dans son existence commence par un acte : celui de partir, qui lui-même se prolonge en déambulations.

Abstract

Woman, power, space in The Ladies’ Delight and One Page of Love by Émile Zola

My objective is to offer an approach to the relationship between women and power that takes into account the kinesic appropriation of social space by the female body. In historiography, mobility has never been a feminine attribute. Culturally conditioned to be passive, woman as portrayed in nineteenth-century fiction is like a fragile ornament who must stand in wait of he who travels, undertakes, acts—her father, husband or lover. In the society where spaciality is in the service of power, because “women are at the window and men are at the door” (Zola, Germinal), the woman who comes out, by deciding to leave or by adventuring alone into the urban space, is an individual who, consciously or not, moves toward confrontation with the social order. A woman’s free expression of her wishes in the geographic and social space is in no way a passing distraction: such seemingly capricious boldness involves an act that engages her whole existence. For such an act is not only one of revolt, it is also one of transgression that resembles a rite of passage. After a woman dares to cross, symbolically, the threshold of her dwelling, things will no longer be the same; moreover, every notable change in her existence begins with an act: that of leaving, which is itself prolonged by wanderings.

Auteur : Jolanta Rachwalska von Rejchwald
Titre : Femme, pouvoir, espace dans Au bonheur des dames et Une page d’amour d’Émile Zola
Revue : Tangence, Numéro 94, automne 2010, p. 87-111
URI : http://id.erudit.org/iderudit/1003491ar
DOI : 10.7202/1003491ar

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