De la possibilité aléatoire mais promise d’une critique des traductions bibliques
Alexis Nouss
Département de linguistique et de traduction, Université de Montréal
Résumé
Le religieux et le sacré sont des notions qui réclament inévitablement leur rattachement à la sphère du transcendant dont la nature rend pour le moins complexe l’élaboration de critères d’évaluation quant aux pratiques inhérentes. Cet article analyse ainsi les obstacles qui se posent devant l’essai d’évaluation critique des traductions bibliques. Outre le niveau textuel et linguistique, toute évaluation doit d’emblée prendre en compte les dimensions théologiques latentes. Il importe de cerner le substrat théologique à l’oeuvre dans les positions traductologiques, en ce qui concerne le domaine biblique, de même que ce substrat agit dans les cultures sécularisées sous la forme d’un impensé ou d’un investissement de substitution.
Les grandes lignes d’une étude de ce type sont ici d’abord suggérées en envisageant les difficultés que pose l’examen des Bibles confessionnelles et militantes. Puis est abordée la divergence, dans les trois monothéismes, des attitudes traductionnelles en regard de la textualité révélée : judaïsme et islam se rejoignent dans la reconnaissance de la dimension interprétative, tandis que le christianisme vise à l’efficacité dans la transmission du message. Il est enfin fait état de la question du messianisme et de sa compréhension, qui pèse avec la même pertinence dans les orientations traductologiques.
La dernière partie procède à un retour sur la « nouvelle traduction » de la Bible parue chez Bayard/Médiaspaul, avant de conclure sur une défense du concept de « traduction athée » qui articulerait un principe d’altérité dont le texte biblique est le premier véhicule.
Abstract
The notions of the religious and the sacred both inevitably claim their territory in the sphere of the transcendent, whose nature renders the criteria of evaluation of inherent practices more complex. This article analyzes the obstacles that present themselves when attempting a critical evaluation of biblical translations. Apart from the linguistic and textual levels, all evaluations must take into account the theological dimensions. It is important to discern the theological substrate that is at work in every translation, where the biblical field is concerned, the same way that this substrate plays a role in secularized culture, in the form of an unthought.
The general outline of this type of study is first of all to envision the difficulties in the examination of a confessional or militant Bible. Then the different stands that are taken in translation by all three monotheisms in respect to the revealed text will be studied. Judaism and Islam agree on recognizing an interpretive dimension, whereas Christianity aims for efficiency in the transmission of the message. Finally, the question of the Messiah will be examined, as will be its understanding which is considered equally pertinent in the varied orientations of translations.
The last section will re-examine the « Nouvelle Traduction » version of the Bible, published by Bayard/Médiaspaul, before concluding with a defence of an « atheist translation » concept, thus articulating an otherness that is first carried by the biblical text.
| Auteur : | Alexis Nouss |
|---|---|
| Titre : | De la possibilité aléatoire mais promise d’une critique des traductions bibliques |
| Revue : | Théologiques, Volume 15, numéro 2, 2007, p. 47-66 |
| URI : | http://id.erudit.org/iderudit/017772ar |
| DOI : | 10.7202/017772ar |
Tous droits réservés © Faculté de théologie et de sciences des religions, Université de Montréal, 2007

