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TTR : traduction, terminologie, rédaction

Volume 20, numéro 2, 2e semestre 2007, p. 211-212

TTR a 20 ans II / TTR Turns 20 II

Sous la direction de Annick Chapdelaine

 

Direction : Annick Chapdelaine (directrice)

Éditeur : Association canadienne de traductologie

ISSN : 0835-8443 (imprimé)  1708-2188 (numérique)

ttr
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Journal d’intimes

Christiane Mayer

GRETI, Département de langue et littérature françaises, Université McGill, 853, rue Sherbrooke ouest, Montréal (Québec) H3A 2T6

christianemayer@sympatico.ca


On s’approche de l’arbre, on saisit le tronc à bras le corps, avec audace, qui est le courage qui pressent l’ampleur de la tâche sans la mesurer tout à fait.

S’aventurant sur une branche, on examine ses ramifications, on éprouve sa résistance ou sa souplesse. Mais toujours, il faut revenir au tronc, au solide, pour aller plus haut, explorer d’autres branches. Toujours, il faut sentir qu’elles sont rattachées au tronc, qu’elles sont l’expression de la sève particulière qui nourrit l’arbre des racines au faîte.

On apprend la texture du tronc, des branches; la couleur des feuilles selon les saisons qui sont climats. On devine la profondeur des racines, leur dispersion de chevelure loin dans la terre mère, leur incroyable vigueur. Terre mère donne vie à l’oeuvre mère.

De l’étude du mot au recul sur l’oeuvre. Du microscope au télescope. Voir vaste et profond.

La conviction que notre traduction est « la bonne », « la vraie », est inévitable si le travail est fait avec passion. Si, à l’intérieur des limites qui sont les nôtres – et que nous devons avoir l’humilité de reconnaître – nous sommes allées au bout de nous-mêmes, vingt fois sur le métier.

Notre traduction est, pour nous, « la bonne » lorsqu’elle correspond au plus haut point à la lecture qu’on a pu faire. La fidélité, elle est là; la vérité, elle est là. On peut souhaiter que par transparence, on saisisse notre lecture à notre écriture. Une. Si on a cette fidélité d’adhérer sans dévier à l’herméneutique dégagée, on fait oeuvre et pas seulement texte. Il pourra y avoir d’autres oeuvres à partir de la même oeuvre-mère, mais la nôtre restera une fille de la famille.

Dans le creuset de nos esprits comme dans la matrice, les gènes tissent leur message et s’assemblent pour exprimer une de leurs infinies virtualités – quelquefois, audace – c’est l’« ingénierie génétique » de la création de mots – suprême satisfaction – ultime signature.

Plutôt que de parler de texte source et de texte cible –

parler d’oeuvre mère

et d’oeuvre fille. Il peut y avoir

parenté; il ne peut y avoir d’identité. Le texte est tamisé

et reconstitué par une sensibilité différente de la

sensibilité première.


Auteure

Christiane Mayer est traductrice et réviseure. Collaboratrice à TTR depuis 1997, elle y occupe un poste administratif. Membre du groupe de recherche en traductologie-GRETI dès sa création (1991-2007), elle a effectué, outre la retraduction commentée en groupe, les versions définitives des chapitres 1 et 2 du « Livre I : Flem » du Hamlet de Faulkner (Faulkner. Une expérience de retraduction, 2001) et du chapitre 3 (TTR, XX, 2, 2007) avec le « noyau » du GRETI, formant un trio avec Annick Chapdelaine et Corinne Durin. Elle a aussi publié des variantes des extraits traduits avec le groupe dans TTR, VII, 2 (1994), Palimpsestes, 9 (1995) et 10 (1996), et Recherches sémiotiques, 15, 3 (1995).

Auteur : Christiane Mayer
Titre : Journal d’intimes
Revue : TTR : traduction, terminologie, rédaction, Volume 20, numéro 2, 2e semestre 2007, p. 211-212
URI : http://id.erudit.org/iderudit/018824ar

Tous droits réservés © TTR: traduction, terminologie, rédaction — Les auteurs, 2008

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