Alternative francophone
Pour une francophonie en mode mineur
Volume 3, Number 8, 2026 Perspectives croisées sur des écrivain·e·s originaires d’Asie de l’Est et du Sud-Est : voix en résonance Crossed Perspectives on Writers from East and South-East Asia: Echoing Voices Guest-edited by Valérie Dusaillant-Fernandes
Photo du Temple de Bulguksa, Jinhyeon-dong, Gyeongju-si, Gyeongsangbuk-do, Corée du Sud, mars 2024 ©Valérie Dusaillant-Fernandes / Picture of Bulguksa Temple, Jinhyeon-dong, Gyeongju-si, Gyeongsangbuk-do, South Korea, March 2024 ©Valérie Dusaillant-Fernandes
Table of contents (13 articles)
Articles thématiques
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Voix en résonance : entre origines et passages
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Transcendance et enfermement : femmes en exil dans les oeuvres de Kim Thúy, Aki Shimazaki et Ying Chen
Jia Xing
pp. 12–28
AbstractFR:
Cet article analyse l'expérience de l'exil féminin dans les oeuvres de trois écrivaines d'origine asiatique établies au Québec : Ru de Kim Thúy, Tsubaki d'Aki Shimazaki et Les lettres chinoises de Ying Chen. Ces autrices partagent un style d'écriture marqué par la finesse et la subtilité, accordant une place centrale à la mémoire et aux traumas féminins causés par les bouleversements historiques. Notre étude explore la tension entre transcendance et enfermement qui caractérise ces oeuvres. Nous examinons d'abord comment l'exil peut engendrer un « transclassement » social et une redéfinition des normes de genre, tout en s'accompagnant invariablement d'une perte identitaire. Nous analysons ensuite comment les éléments naturels (fleuve, lune, fleur) figurent l'expérience de l'entre-deux et traduisent la fragmentation mémorielle. Enfin, nous étudions les formes d'enfermement linguistique et psychique, et comment l'écriture émerge comme espace de survivance. Ces romans articulent une poétique singulière où la subjectivité féminine se négocie dans l'ambiguïté, entre ouverture au monde et repli intérieur. Ils offrent ainsi une cartographie fine des expériences féminines en contexte de déplacement, révélant comment les personnages naviguent entre deux mondes, redéfinissant leur identité culturelle et sociale dans un espace liminal complexe.
EN:
This article analyzes the female exile experience in works by three writers of Asian origin established in Quebec: Ru by Kim Thúy, Tsubaki by Aki Shimazaki, and Les lettres chinoises by Ying Chen. These authors share a writing style marked by refinement and subtlety, giving central importance to memory and female trauma caused by historical upheavals. This study explores the tension between transcendence and confinement that characterizes these works. I first examine how exile can generate social "class-crossing" and a redefinition of gender norms, while invariably accompanied by a loss of identity. I then analyze how natural elements (e.g., river, moon, and flower) represent the in-between experience and translate memorial fragmentation. Finally, I study forms of linguistic and psychic confinement, and how writing emerges as a space of survival. These novels articulate a singular poetics where female subjectivity is negotiated through ambiguity, between openness to the world and inner withdrawal. They thus offer a detailed mapping of female experiences in contexts of displacement, revealing how characters navigate between two worlds, redefining their cultural and social identity in a complex liminal space.
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Une écriture transculturelle construite par la pratique du rapport à la langue chez Kim Thúy
Mirei Seki
pp. 29–45
AbstractFR:
Encore fillette, Kim Thúy est obligée de quitter le Vietnam comme beaucoup d’autres « boat people », et arrive au Québec en 1978 , où elle commence sa carrière littéraire à l’âge de 41 ans avec la publication, en 2009, de son premier roman Ru. Celui-ci a été couronné, entre autres, par le Prix littéraire du Gouverneur général. L’écrivaine a ensuite publié d’autres textes littéraires tels que À toi (2011), Mãn (2013), Vi (2016) et Em (2020). Les oeuvres de Kim Thúy reflètent sa vie personnelle ainsi que l’histoire de sa famille exilée. Elles composent un récit dans lequel les cultures vietnamienne et québécoise s’entrelacent au fil des souvenirs d’une narratrice qui traversent, sans limites, le temps et l’espace. En comparant deux cultures ou deux langues, l’auteure ne se contente pas d’analyser leurs différences, mais cherche à esquisser une approche de communication marquée par une hybridité culturelle. Oeuvre après oeuvre, Kim Thúy s’engage dans une quête d’une écriture originale, capable de toucher et de donner forme à une nouvelle sensibilité langagière dans un monde marqué par la diversité culturelle. En relativisant les styles d’expression et les modes de communication propres à chaque langue, à travers les expériences des héroïnes confrontées à la langue, l’auteure nourrit la diversité linguistique, culturelle et communicationnelle dans son écriture et explore une forme d’expression qui lui correspond au plus près. Pour rendre visible une telle démarche, l’écrivaine met souvent en scène une héroïne qui fait de son expérience langagière une ouverture sur une attitude transculturelle. Dans cet article, nous analyserons les pratiques langagières suscitées par la rencontre avec de nouvelles langues, telles qu’elles sont décrites dans les oeuvres de Kim Thúy citées plus haut ainsi que la manière dont les personnages féminins principaux, Nguyễn An Tịnh, Vi et Mãn, y sont représentés comme d’éternels apprenants de la langue. En observant l’expérience de chaque héroïne, qui vit entre les langues, nous montrerons comment l’écriture de Kim Thúy, grâce à la comparaison des langues, ouvre à une perspective de relativisation plus large et tend ainsi vers la transculturalité.
EN:
As a young girl, Kim Thúy was forced to leave Vietnam like many other “boat people” and arrived in Quebec in 1978, where she began her literary career at the age of 41 with the publication of her first novel, Ru, in 2009. The novel won the Governor General's Literary Award, among other accolades. The writer went on to publish other literary works, such as À toi (2011), Mãn (2013), Vi (2016), and Em (2020). Kim Thúy's works reflect her personal life and the history of her exiled family. They form a narrative in which Vietnamese and Quebecois cultures intertwine through the narrator's memories, which transcend time and space. By comparing two cultures or two languages, the author does not simply analyze their differences, but seeks to outline an approach to communication marked by cultural hybridity. Work after work, Kim Thúy embarks on a quest for an original style of writing, capable of touching and giving shape to a new linguistic sensibility in a world marked by cultural diversity. By relativizing the styles of expression and modes of communication specific to each language, through the experiences of heroines confronted with language, the author nurtures linguistic, cultural, and communicational diversity in her writing and explores a form of expression that corresponds most closely to her. To make this approach visible, the writer often features a heroine who uses her linguistic experience as a gateway to a transcultural attitude. In this article, we will analyze the language practices prompted by encounters with new languages, as described in Kim Thúy's works cited above, as well as the way in which the main female characters, Nguyễn An Tịnh, Vi, and Mãn, are portrayed as eternal language learners. By observing the experience of each heroine, who lives between languages, we will show how Kim Thúy's writing, through the comparison of languages, opens up a broader perspective of relativization and thus tends towards transculturality..
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Le pays natal : entre paradis et enfer chez Kim Thúy
Kyeongmi Kim-Bernard
pp. 46–55
AbstractFR:
Dans cette étude, j’analyse les mémoires collectives et individuelles de la terre d’origine que les personnages migrants de Kim Thúy retracent dans leurs processus d’intégration à la société d’accueil. Kim Thúy, d’origine vietnamienne, est arrivée au Canada dans les années soixante-dix comme boat people à l’âge de dix ans. Dans son écriture, la terre d’origine est représentée sous le prisme déformant des mémoires à la fois nostalgiques et traumatiques de ses protagonistes. De l’idéalisation du paradis perdu à l’image du lieu infernal de persécution, le Vietnam incarne chez chaque personnage de Thúy une matrice de laquelle on doit sortir afin de réussir à s’implanter dans le sol d’accueil. Dans cette étude, je vais analyser les mémoires que les personnages migrants de Kim Thúy ont quant à leur pays d’origine et les processus de résilience des images contradictoires qui, selon moi, jouent un rôle crucial dans le parcours d’intégration à la terre d’accueil, en m’appuyant notamment sur les deux romans, Ru (2009) et vi (2016).
EN:
In this study, I will analyze the collective and individual memories of the land of origin that Kim Thúy's migrant characters trace during integration into their host society. Kim Thúy, of Vietnamese origin, arrived in Canada in the seventies as a boat people at the age of ten. In her writing, the land of origin is represented through the distorting prism of the nostalgic and traumatic memories held by her protagonists. From the idealization of lost paradise to the image of an infernal place of persecution, Vietnam embodies in each of her protagonist’s imaginary a place from which one must escape to succeed to establish a new identity in their host land. I therefore propose to analyze the memories that Kim Thúy's migrant characters have of their country of origin and the processes of resilience of the two contradictory images of their homeland, which play a crucial role in their integration into the host country. I will focus this study on her two novels, Ru (2009) and vi (2016).
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Les Lettres Chinoises by Ying Chen: Writing Exile and Epistolary Romance through non-dit
Xinyi Tan
pp. 56–71
AbstractEN:
This article examines Chinese Canadian author Ying Chen’s Les Lettres chinoises through the lens of non-belonging, translingual writing, and the poetics of the non-dit. Building on Rosalind Silvester’s concept of “non-belonging” and Roland Barthes’s notion of écriture blanche, it argues that Chen transforms neutrality and universalism into a translingual mode of meaning production grounded in silence, omission, and ambiguity. At the center of the novel lies a “double absence”: the suppression of Chinese in a text that paradoxically foregrounds it in its title, and the refusal to name the real cause of the couple’s estrangement. Through close readings of the novel’s epistolary form, its use of Chinese cultural imagery, and its multilingual references to Mandarin, Shanghainese, and French, this article demonstrates how the non-dit structures both the representation of exile and the unfolding of the love triangle. It further demonstrates that exile in Chen’s novel is not merely geographic, but also linguistic, affective, and psychological. Ultimately, Les Lettres chinoises reimagines non-belonging not as absence alone, but as a generative condition through which identity, desire, and memory are continuously negotiated.
FR:
Cet article examine Les Lettres chinoises de l’écrivaine sino-canadienne Ying Chen à travers les notions de non-appartenance, d’écriture translingue et de poétique du non-dit. En s’appuyant sur le concept de « non-appartenance » développé par Rosalind Silvester ainsi que sur la notion d’écriture blanche de Roland Barthes, il soutient que Chen transforme la neutralité et l’universalisme en un mode translingue de production de sens fondé sur le silence, l’omission et l’ambiguïté. Au coeur du roman se trouve une « double absence » : d’une part, l’effacement du chinois dans un texte qui le met paradoxalement en avant dans son titre ; d’autre part, le refus de nommer la vraie cause de l’éloignement du couple. À travers l’analyse de la forme épistolaire, de l’imaginaire culturel chinois et du jeu entre le mandarin, le shanghaïen et le français, cet article montre comment le non-dit structure à la fois la représentation de l’exil et le déploiement du triangle amoureux. Il démontre également que l’exil ne se limite pas à une réalité géographique, mais relève aussi de dimensions linguistiques, affectives et psychiques. Les Lettres chinoises propose ainsi une reconfiguration de la non-appartenance, non comme simple absence, mais comme une condition génératrice à travers laquelle identité, désir et mémoire se redéfinissent continuellement.
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Restaurer les mémoires silencieuses de la diaspora vietnamienne : pratiques littéraires dans deux oeuvres de Doan Bui
Aurore Nicolas
pp. 72–87
AbstractFR:
Cet article propose une analyse comparée de deux oeuvres complémentaires de Doan Bui : Le Silence de mon père (2016) et La Tour ou un chien à Chinatown (2022). L’analyse de ces deux textes littéraires montre comment l’auteure entreprend d’exhumer et de reconstruire une mémoire fragmentée de la diaspora vietnamienne en France, en interrogeant les silences, les tabous et les fractures générationnelles au sein des familles et des communautés. L’étude expose les mécanismes complexes de la transmission mémorielle familiale et sociétale dans le cas spécifique des générations post-réfugiées, confrontées aux traumatismes hérités de leurs parents et à la « postmémoire ». À travers le passage d’un récit de filiation au roman, Doan Bui restaure une mémoire personnelle et revisite une histoire collective en développant une stratégie narrative marquée par l’intermédialité.
EN:
This article presents a comparative analysis of two complementary works by Doan Bui: Le Silence de mon père (2016) and La Tour ou un chien à Chinatown (2022). It shows how the author exhumes and reconstructs the fragmented memory of the Vietnamese diaspora in France by interrogating silences, taboos, and generational fractures within families and communities. The study highlights the complex mechanisms of familial and societal memory transmission in the specific case of post-refugee generations, confronted with inherited traumas and the dynamics of “postmemory.” Through the transition from a filiation narrative to a novel, Bui restores her family memory while giving voice to a collective history, developing a narrative strategy grounded in intermediality.
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Apprendre le désastre : la poétique du secret dans Hamaguri d’Aki Shimazaki
Chiara Falangola
pp. 88–100
AbstractFR:
Dans Tsubaki, le premier roman de la pentalogie Le poids des secrets qui, en 1999, marque les débuts d’Aki Shimazaki, le désastre nucléaire et le désastre familial se disent de manière plutôt lucide, directe et détaillée, l’un recourant au dialogue entre grand-mère et petit-fils, l’autre au récit-confession de la lettre posthume de la grand-mère. Des dates, des réflexions personnelles et des analyses politiques accompagnent le déroulement du récit et les désastres d’Hiroshima et Nagasaki sont dits et encadrés dans une esquisse de la séquence historique qui les a déterminés. À l’inverse, dans Hamaguri, deuxième volet de la même pentalogie, l’écriture du désastre nucléaire et celui d’un amour incestueux entre demi-frère et demi-soeur, opère dans la réticence du presque-dit, régime du secret qui peine à être dévoilé. Yukio, successivement enfant, adolescent puis retraité dans le roman, se montre constamment en retard sur sa réalité familiale et réticent par rapport au désastre historique qu’il est en train de vivre. En nous appuyant sur la narration à la première personne du personnage principal Yukio, nous analyserons comment, par le biais de procédés narratifs, rhétoriques et typographiques, Hamaguri met en oeuvre une poétique du secret, conçue comme modalité sémiotique d’apprentissage du désastre familial.
EN:
In Tsubaki, the first novel of Aki Shimazaki’s pentalogy Le poids des secrets, both the nuclear and the family disasters are conveyed in a rather lucid, direct, and detailed manner – one through the continued dialogue between grandmother and grandson, the other through the confessional narrative of the grandmother’s posthumous letter. Dates, personal reflections, and political analyses accompany the unfolding of the story, and the disasters of Hiroshima and Nagasaki are addressed and framed within a framework of the historical sequence that led to them. In contrast, in Hamaguri, the second volume of the same pentalogy, the writing about the nuclear disaster and an incestuous love between half-brother and half-sister operates in the mode of near-silence, in the poetics of a secret that struggles to be revealed. Yukio, the child-narrator, is constantly lagging behind the reality of his family history and reticent in the narration of the nuclear disaster he has lived through. By focusing on Yukio’s internal point of view, we will analyze how Hamaguri, through narrative, rhetorical, and typographic techniques, enacts a poetics of secrecy, conceived as a semiotic mode of learning about his family disaster.
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Kenzaburô Ôé : entre « espoir de guérison et risque de décomposition de l’humain »
Philippe Basabose
pp. 101–118
AbstractFR:
Cet article analyse, suivant une approche thématique, Gibier d’élevage, roman du lauréat du Prix Nobel de littérature de 1994, le Japonais Kenzaburô Ôé. Inscrit dans la mémoire de la guerre du Pacifique, ce puissant texte publié en 1958 en japonais et en 1982 pour la version française, amène le lecteur à une réflexion sur les fruits amers de la guerre en mettant en scène un prisonnier de guerre noir. Le récit qui évolue entre les postulations paradoxales qu’inspire la rencontre de l’Autre est assumé par un jeune narrateur dont les rapports avec l’étranger, conjugués au dénouement de l’intrigue, appellent les êtres humains à cesser de se comporter en loups envers leurs semblables, et ce quelles que soient les spécificités individuelles qui les différencient. C’est ce projet artistique que l’article entend faire ressortir à l’aide d’une lecture détaillée de nature à rendre compte de la quintessence du roman dans ce qui fait sa scriptibilité.
EN:
This article analyzes, using a thematic approach, Gibier d’élevage, a novel by the 1994 Nobel Prize laureate in literature, the Japanese author Kanzaburô Ôé. Rooted in the memory of the Pacific War, this powerful text, published in 1958 in Japanese and in 1982 in French, prompts the reader to reflect on the bitter fruits of war by featuring a Black prisoner of war. The story, which unfolds amidst the paradoxical implications of the encounter with the other, and is narrated by a young man whose interactions with the stranger, combined with the intrigue’s conclusion, calls upon human beings to cease behaving like wolves toward their fellow human beings, and regardless of their individual differences. The article seeks to highlight this artistic project by submitting the novel to a close reading that captures its essence as a work of literature.
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L’écrivain comme passeur : démarche transgénérique et transénonciative dans La Jeune fille de la paix de Ook Chung
Valérie Dusaillant-Fernandes
pp. 119–137
AbstractFR:
Auteur canadien d’origine coréenne, né au Japon puis élevé au Québec, Ook Chung se positionne comme passeur d’histoires personnelles et collectives sur ces deux pays de l’Asie de l’Est qui contribuent à modeler son identité. Son texte hybride, La Jeune fille de la paix (2021) s’inscrit dans la tradition de la littérature migrante au Québec, marquée par les thèmes du mouvement et de la négociation identitaire, tout en offrant également une dimension didactique et médiatrice qui s’élabore à travers une transmission des savoirs historiques, culturels et sociaux sur ces deux pays. Cette identité transculturelle qu’il partage s’articule autour d’une écriture transgénérique, et transénonciative que nous nous proposons d’explorer dans cette étude. Ainsi, Chung poursuit un cheminement intellectuel qui l’amène à faire dialoguer son identité multiple, tout en se réconciliant avec ses racines et en affirmant sa place dans la société canadienne en créant des ponts littéraires.
EN:
A Canadian author of Korean origin, born in Japan and raised in Quebec, Ook Chung positions himself as a mediator of personal and collective stories about these two East Asian countries that play a role in shaping his identity. His hybrid text, La Jeune fille de la paix (2021), is part of the migrant literature in Quebec, characterized by themes of movement and identity negotiation, while also offering a didactic and mediating dimension developed through the transmission of historical, cultural, and social knowledge about these two countries. This transcultural identity he shares is articulated through a transgeneric and transenunciative writing style, which we propose to explore in this study. In doing so, Chung gradually traces an intellectual trajectory that leads him to bring his multiple identities into dialogue, while reconciling with his roots and asserting his place in Canadian society by creating literary bridges.
Contributions libres
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Writing the Body, Writing for the Body: Does the Tattoo Emerge as an Emblem of Defiance or a Manifestation of Reluctance?
Latifa Zoulagh
pp. 138–152
AbstractEN:
This article delves into the intricate landscape of Moroccan society, a traditional Arab-Muslim milieu often perceived as a realm where women are confined. Yet, within this cloistered existence, the emergence of the female voice manifests a rich tapestry of women’s writing. This literary production is deeply woven into collective feminine traditions, such as the enduring practices of tattooing and henna calligraphy, which serve as the foundation for a contemporary artistic and literary expression. By illuminating the female body as a canvas of liberation, these archaic forms of writing emerge as vital markers in the reclamation of feminine identity, reflecting the resolute spirit of Moroccan women in their quest for empowerment.
FR:
Cet article explore le paysage complexe de la société marocaine, un milieu arabo-musulman traditionnel souvent perçu comme un univers où les femmes sont confinées. Pourtant, au sein de cette existence cloîtrée, l'émergence de la voix féminine se manifeste à travers une riche mosaïque d'écrits féminins. Cette production littéraire est profondément ancrée dans les traditions féminines collectives, telles que les pratiques ancestrales du tatouage et de la calligraphie au henné, qui constituent le fondement de l'expression artistique et littéraire contemporaine. En mettant en lumière le corps féminin comme une toile de libération, ces formes archaïques d'écriture apparaissent comme des marqueurs essentiels dans la reconquête de l'identité féminine, reflétant l'esprit résolu des femmes marocaines dans leur quête d'émancipation.
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Écriture de l’éclatement et invention de soi dans Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo
A. Stevellia Moussavou Nyama
pp. 153–166
AbstractFR:
L’article tente de souligner le rapport entre le traumatisme et le désordre émotionnel de Thésée et l’écriture morcelée du roman. L’oeuvre met en lumière l'entremêlement des destins et le désir d'invention de soi pour s’extirper du poids d’un héritage trop lourd. Camille de Toledo à travers son double, Thésée, nous entraîne effectivement dans les dédales de son histoire familiale pour révéler l’importance de l’épigénétique dans la construction de nos destins. Thésée interroge aussi son rapport à l’écriture dans ces moments de profonde souffrance. Le style d'écriture novateur et expérimental met en avant une écriture puzzlique et fragmentée pour mieux rendre compte du chaos intérieur. Cette écriture déconstruit le récit traditionnel en offrant une expérience de lecture complexe. Le roman explore à la fois la grande et la petite histoire, l'individuel et le collectif, en dévoilant le fil de la généalogie de Thésée.
EN:
The article attempts to highlight the link between Theseus' trauma and emotional disorder and the novel's fragmented writing style. The work sheds light on the intertwining of destinies and the desire for self-invention to escape the burden of an overwhelming heritage. Camille de Toledo, through his alter ego, Theseus, effectively leads us into the mazes of his family history to reveal the importance of epigenetics in the construction of our destinies. Theseus also questions his relationship with writing during these moments of profound suffering. The innovative and experimental writing style emphasizes a puzzle-like and fragmented form to better reflect internal chaos. This writing deconstructs the traditional narrative by offering a complex reading experience. The novel explores both grand and minor history, the individual and the collective, by unveiling the thread of Theseus' genealogy.
Recensions
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Créativités plurielles : reflets de la littérature d’Haïti au féminin. Christiane Ndiaye et Mylène Dorcé (éditrices). Études françaises, vol. 60 no. 2, Presses de l’Université de Montréal, 2024. 176 p.
Aude Jehan
pp. 167–168
AbstractFR:
Le volume Créativités plurielles : reflets de la littérature d’Haïti au féminin (Études françaises, vol. 60, no 2, 2024) s’inscrit dans un champ critique en plein essor consacré aux écritures féminines dans les littératures francophones. Comme l’indique son titre, cet ouvrage relativement bref mais particulièrement dense met en lumière la pluralité des voix féminines haïtiennes et de leurs pratiques créatives.
EN:
The volume Créativités plurielles : reflets de la littérature d’Haïti au féminin (Études françaises, vol. 60, no 2, 2024) is part of a rapidly growing field of critical scholarship dedicated to women’s writing in Francophone literatures. As its title suggests, this relatively short but particularly dense volume highlights the diversity of Haitian women’s voices and their creative practices.
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Jean Renoir et la pensée des cinéastes. L'exception d'une sagesse / Renoir et la pensée des cinéastes. L’exception d’une sagesse. Tome 1 : Le rêve, la violence et l’amour. Daniel Serceau. Mimésis, 2023. 298 p.
Frédéric Leveziel
pp. 169–170
AbstractFR:
À travers un décryptage thématique centré sur quelques grandes idées — la part du rêve et son revers, le refuge et ses contradictions, les structures du quatuor amoureux — l’auteur met en lumière la trilogie conceptuelle récurrente chez Renoir : onirisme, violence et amour, tout en la replaçant dans un vaste réseau de références intertextuelles, parfois audacieux.
EN:
Through a thematic analysis centered on a few major ideas — the role of dreams and their downsides, refuge and its contradictions, the structures of the love quartet — the author highlights the recurring conceptual trilogy in Renoir: dreamlike quality, violence and love, while placing it within a vast network of intertextual references, sometimes audacious.