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La langue basque et le biculturalisme[1](note de recherche)[Record]

  • Éric Schwimmer

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  • Éric Schwimmer
    1228, rue Ducharme, app. 1
    Outremont (Québec) H2V 1E4
    Canada

Mon projet sur le biculturalisme et le souverainisme, tout en portant principalement sur les Maori de Nouvelle-Zélande, fut le premier pas d’un projet plus large, comparatif, mais se limitant tout de même aux pays dont j’ai quelque expérience personnelle : le Québec, les Autochtones, les Orokaiva et enfin un cas européen, celui des Basques. Rappelons que le biculturalisme est un thème rebattu. Si j’y retourne, c’est surtout pour faire revivre ce processus par lequel les gens construisent des mondes conformes à leur imaginaire, inspirés plutôt que défaits par les obstacles. Dans le biculturalisme, l’autre culture est toujours l’obstacle que nous contournons et que nous mettons au service de la nôtre. Mais comment pouvons-nous y parvenir quand nous sommes les plus faibles ? En effet, on nous enseigne que ce sont toujours les plus forts qui survivent. Cependant, l’un des paradoxes de notre ère du mondialisme, c’est que les gros se nourrissent des faibles. Si les faibles meurent, les gros n’auront plus rien à manger. Les gros s’affairent donc à les laisser survivre. La culture faible, la culture alternative, a donc des valeurs qui aident les gros à battre leurs concurrents. Si les gros sont devenus tolérants, c’est parce que la tolérance leur est utile. Soyons reconnaissants, mais pas trop naïfs. Les lois et arrêts juridiques consacrant certains droits culturels des cultures alternatives accompagnent le reaganisme des années 1980. Pour l’Espagne, ce fut la loi organique de 1979 conférant au Pays basque le statut de Communauté Autonome. Parmi les pouvoirs transférés à la Communauté Autonome figuraient l’agriculture, l’ordre public et l’éducation (donc l’enseignement de la langue). Ces pouvoirs ne sont pas aussi étendus que ceux des provinces canadiennes, mais la plupart des souverainistes basques ne contestent plus la constitution. Leur problème est plutôt qu’au Pays basque même, les bascophones sont en minorité (25-30 %), surtout après l’implantation sur place, pendant le gouvernement de Franco, de centaines de milliers de travailleurs espagnols méridionaux. Comme les Maori et les Québécois, mais à la différence des Corses, les Basques ne rêvent donc plus d’un pays à culture unique, dominé à 100 % par leur ethnie, mais de biculturalisme. Une étude publiée par le gouvernent basque (Ruiz Olabuénaga 1983 : 14-15) distingue entre trois modalités : le bilinguisme (statut égal des deux langues), la « diglossie » (qui accorderait la domination sociale à la langue de la majorité) et la « diglossie marginale » (où une élite minoritaire imposerait sa langue). Selon ces définitions, la modalité du « bilinguisme » correspondrait à la politique du gouvernement basque qui publie beaucoup de rapports en basque, beaucoup d’autres en espagnol, sans oublier les étrangers qui ont droit à quelques excellentes publications en anglais et en français. La politique du Canada, du Québec et de la Nouvelle-Zélande, par contre, se fonde sur la « diglossie » tandis que l’empire colonial français fournit l’exemple de la « diglossie marginale », puisqu’il imposait le français à tous ses sujets, quelle que fût leur langue maternelle. Comment peut-on mesurer et comparer les qualités des systèmes bilingues ou de diglossie partout dans le monde ? La méthode traditionnelle était de dresser des statistiques du nombre de « parleurs » de ces langues, assorties parfois d’indications de leur degré de compétence relative. L’inconvénient de ces statistiques est qu’elles n’indiquent pas en quels domaines les parleurs en question pouvaient effectivement utiliser leur langue maternelle. Or, toute politique visant sa renaissance, c’est-à-dire l’inversion de la tendance à la perte de cette langue (ITPL), a besoin de preuves d’efficacité. Le public voudra savoir si son utilisation a augmenté en famille ou dans l’entourage ou dans les …

Appendices