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PrésentationGestes et cultures, un état des lieux[1][Record]

  • Joël Candau,
  • Charles Gaucher and
  • Arnaud Halloy

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  • Joël Candau
    Laboratoire d’Anthropologie et de Psychologie Cognitives et Sociales (LAPCOS), E.A. 7278, Université de Nice-Sophia Antipolis, Campus Saint-Jean-d’Angély, SJA3/ISHSN 3, boulevard François Mitterrand, 06357 Nice Cedex 4, France
    joel.candau@unice.fr

  • Charles Gaucher
    École de travail social, Université de Moncton, Moncton (Nouveau-Brunswick) E1A 3E9, Canada
    charles.gaucher@umoncton.ca

  • Arnaud Halloy
    Laboratoire d’Anthropologie et de Psychologie Cognitives et Sociales (LAPCOS), E.A. 7278, Université de Nice-Sophia Antipolis, Campus Saint-Jean-d’Angély, SJA3/ISHSN 3, boulevard François Mitterrand, 06357 Nice Cedex 4, France
    arnaud.halloy@unice.fr

Dès 1936, dans son article précurseur sur les « techniques du corps », Marcel Mauss jetait les bases de ce qui allait devenir l’étude systématique des usages du corps à travers les cultures, et aussi celles d’une véritable anthropologie du geste. Il faudra cependant attendre près de quatre décennies pour que la formulation la plus complète de ce nouveau champ de recherches voie le jour, dans l’ouvrage fondateur de Marcel Jousse (1886-1961) publié en 1974 chez Gallimard : L’Anthropologie du Geste. Ce premier volume consacré à l’« outil vivant » qu’est le geste humain fut élaboré à partir des cours donnés par l’anthropologue dans les années 1950 à la Sorbonne, à l’École pratique des Hautes Études, à l’École d’Anthropologie de Paris et dans son Laboratoire de Rythmo-pédagogie. Deux autres volumes suivront, toujours chez le même éditeur : La Manducation de la parole en 1975 et Le Parlant, la parole et le souffle, en 1978. Ouvrage foisonnant fondé sur l’idée que « l’homme est un complexus de gestes » (Jousse 1978 : 27), L’Anthropologie du Geste s’attache au passage des « gestes mimismologiques intuitifs » – en simplifiant, une sorte d’imitation involontaire – à des « gestes expressifs concrets, subtils et innombrables », c’est-à-dire à des gestes interactionnels, à des « actions agissant sur d’autres actions » qui vont permettre à des individus de partager une situation, par ricochet ou résonance sensori-motrice (pour employer un vocabulaire plus contemporain), ou du moins de le croire. Près de quatre autres décennies se sont écoulées depuis la publication de L’Anthropologie du Geste. Au cours de cette période, de plus en plus chercheurs ont mis le corps et ses expressions, notamment la gestuelle (ou gestique), au coeur des problématiques étudiées, certains plaidant même pour la création d’une « ethnogestique », sorte de soeur cadette de l’ethnolinguistique (Koechlin 1991 : 163). Dans un registre proche, rappelons encore la « kinésique » aujourd’hui délaissée de Ray Birdwhistell (1952, 1970) qui ambitionnait de mettre au jour un équivalent gestuel du langage. On peut aussi relever, dans le champ d’études des activités physiques et sportives ou dans le domaine de la culture matérielle (Julien et Rosselin 2009), le développement d’une « praxéologie motrice », définie comme une science centrée sur l’étude des multiples déterminants de l’action motrice (Parlebas 1999). La plupart de ces travaux ont pour point commun de rompre avec la problématique cartésienne opposant le cognitif et le social, d’une part, le cognitif et l’action, d’autre part. Loin de concevoir les couples cognition/social et cognition/action comme des processus distincts et le corps et l’esprit comme des entités séparées, il s’agit désormais de penser le corps-esprit comme une totalité qui n’accède à l’existant que sous l’effet de deux actions indissociables : celle de la réception du monde par l’individu (incorporation ou embodiment : Csordas 1994 ; internalisation : Shepard 1994) ; celle de l’individu vers le monde (distribution : Hutchins 1995 ; externalisation ou plutôt – terme qui semble bien plus juste – dilatation de l’individu dans son environnement physique et social) par le biais du langage, des actions et des artefacts (qui peuvent tout à la fois être prothèses d’action et prothèses de perception), c’est-à-dire grâce à l’ensemble des sociotransmetteurs (Candau 2004, 2005) qui permettent d’établir une chaîne causale cognitive (Sperber 2000) entre au moins deux esprits-cerveaux. C’est, au fond, renouer avec l’idée désormais largement admise – et par ailleurs deweyenne – qu’il y a une gestualité de la cognition (Olivier 2012), que la pensée ne peut jamais être détachée de l’action (Berthoz 1997, 2009 ; Petit 1997 ; Varela et al. 1993), une …

Appendices