Le procès de l'État-Providence[Record]

  • Pierre Godin
Bulletin, volume 1, no 1 capacité de contrainte, dans la promotion des intérêts collectifs des groupes ou des associations, dans le respect, ou la transgression, des normes collectives structurant la vie en société dans l'écriture du passé commun ou l'aspiratio� à un avenir collectif. Alors, ne serait-ce pas que "tout est politique"? Non, si on veut dire par là que le politique résume et exprime l'ensemble foisonnant de la réalité sociale. Oui, si on entend par cette expression que, comme dimension de l'existence, rien n'échappe au questionnement du politique et que, finalement, la réalité exprimée par l'économique, le social, les rapports de genre, la culture -quand cette réalité met en jeu le pouvoir de contraindre et les contours du destin collectif -vient s'épuiser dans la question du politique. À l'orée de l'an 2000, ces questions sont fondamentales, d'autant plus que l'historiographie a trop longtemps tendu à réduire l'histoire politique aux batailles ou aux ambitions des grands. Ce champ de recherche est devenu, pour plusieurs, un terrain vague où l'"événement" était roi, et la structure esclave des aléas du pouvoir. Après bien des années de résistance, l'histoire du politique a su intégrer les procédures de quantification et les analyses sérielles quecert_ains considèrent comme seules garantes de la scientificité en histoire. Elle a appris, enfin libérée de l'hypothèque que semblaient cons.tituer l'événement et le particulier, à transcender l'unique pour atteindre la masse. Ce faisant, elle a pourtant résisté à confondre le grand nombre avec l'important ou, à l'inverse, le rare avec le marginal. Par là-même, elle s'est engagée à penser ce risque permanent qu'est l'histoire des hommes et des femmes, ce moment, proche du chaos ou du néant, où les masses résolvent en colère, en violence ou, pire, en apathie ou en rejet, les réalités structurelles dans lesquelles on veut trop souvent comprimer leur action. Ne serait-ce que pour réintroduire le risque et l'incertain en histoire, nous avons besoin du politique!... C'est par lui, finalement, que le métier d'historien et d'historienne pourra redevenir une lecture globale du destin des femmes et des hommes. Automne 1992 LE PROCÈS DE L'ÉTATPROVIDENCE par Pierre Godin Le "roi est nu", tel aurait pu être le titre de la série intitulée Le procès de l'État-Providence.Car �I s'agit d'une véritable mise en accusation de l'Etat tel que nous le connaissons depuis une soixantaine d'années avec le pour et le contre. La série animée par l'auteur et réalisée par Georges Brunet, comporte onze (11) émissions radio d'une heure chacune, qui ont été diffusées cet été à Radio-Canada AM. En concevant le plan de ces émissions mon objectif �tait de s�ruter les impacts le� pluss1gmficat1fs de la cnse du début des années 80 qui a frappé de plein fouet l'État interven� tionniste. Tout cela, dans le nouveau contexte créé par la récession : endettement des États, mondialisation, nouvelle donne internationale issue de la fin du monde bipolaire et montée des valeurs néo-libérales (privatisation, dérégle �entation, succès individuel) sèlon lesquelles l'Etat n'est jamais aussi grand que lorsqu'il se fait le plus petit possible en matière sociale et économique. Cette série repose sur un synopsis que j'ai préparé à partir d'une réflexion préliminaire de Gilles Gariépy, l'une des têtes dirigeantes de l'information radio à Radio-Canada. Les trois premières émissions, de nature plus historique, retracent les origines et l'évolution de l'ÉtatProvidence, du début du siècle jusqu'au ...