Recensions

Édouard Cloutier, Jean Guay et Daniel Latouche, Le virage: l'évolution de l'opinion publique au Québec depuis 1960 ou comment le Québec est devenu souvrainiste, préface de Vincent Lemieux, Montréal, Québec/Amérique, 1992, 181 p.[Record]

  • Guy Bédard

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  • Guy Bédard
    Science politique, UQAM

Bulletin, volume 1, no 1 tout un réaménagement de la fédération canadienne allant dans le sens d'une confédération d'États souverains et associés plutôt que vers la rupture implicitement comprise dans l'idée d'indépendance. Il faut accorder à Vacher qu'il amène un éclairage fort pertinent sur les ambiguïtés sémantiques inhérentes à la rhétorique péquiste. On ne peut oublier que le P.Q. a volontiers mystifié ses supporters en conservant un discours mitigé face à la souveraineté du Québec, pendant tout le règne de René Lévesque. Pour des raisons de stratégie électoraliste, il a parlé du «bon gouvernement», du «beau risque», de «l'affirmation nationale» et de la «souveraineté-association». Cependant, Vacher semble avoir un parti pris contre la plupart des idéologues péquistes ou souve• rainistes actuels, leur reprochant de contribuer par leur discours à maintenir l'ambiguïté autour de l'idée d'indépendance qu'il associe à la rupture. Or, la démocratie oblige à plus de subtilité surtout lorsqu'il s'agit de rompre avec un système vieux de 125 ans mais qui a l'heur de plaire à quelques irréductibles fédéralistes pour qui une proclamation d'indépendance totale du Québec aux lendemains d'une élection du P.Q. pourrait tout aussi bien signifier une déclaration de guerre. D'où l'intérêt pour les stratèges péquistes d'asseoir leur projet sur la base d'un référendum populaire portant sur la souveraineté du Québec après la prise du pouvoir. D'ici là, nous aurons bien d'autres occasions d'ergoter autour des traits d'union et des points.virgules ... Le livre de Pierre de Bellefeuille, par ailleurs, apparaît beaucoup plus décevant à bien des égards. Il se compare à un album de photos mal classées où l'auteur cultive, avec une rare habileté langagière, le sarcasme sous le mode revanchard surtout lorsqu'il est question de ses anciens collègues de l'Assemblée nationale qui ne l'ont pas suivi dans sa rupture avec le P.Q. dirigé par P.-M. Johnson. Pierre de Bellefeuille possède une plume alerte et un verbe corrosif, il aurait tout intérêt cependant à revoir ses écrits afin de nous livrer le fond de sa pensée non pas sous la forme d'un journal intime mais plutôt par une analyse de la politique québécoise dégagée des préjugés sectaires de l'orthodoxie indépendantiste qui s'apparente parfois à la langue de bois d'un certain discours de l'époque marxiste. En ce sens, la première partie de son ouvrage portant sur les ambivalences du peuple québécois, dont la démarche péquiste reflète les ambiguïtés, soulève davantage d'intérêt Automne 1992 pour le lecteur que cette collection d'articles de journaux qui souffrent de n'avoir pas été revus et corrigés par son auteur à la lumière du contexte politique actuel. Louise Brouillet Science politique -UQAM Édouard Cloutier, Jean Guay et Daniel Latouche, Le virage: l'évolution de l'opinion publique au Québec depuis 1960 ou comment le Québec est devenu souverainiste, préface de Vincent Lemieux, Montréal, Québec/ Amérique, 1992, 181 p. Le dernier livre de Daniel Latouche, Jean Guay et Édouard Cloutier, Le virage, est une contribution importante et originale à l'étude des opinions concernant l'avenir constitutionnel du Québec. Cette étude est surtout novatrice d'un point de vue méthodologique. La deuxième et la troisième partie du livre, respectivement rédigées par Jean Guay et Daniel Latouche, sont consacrées à l'analyse des résultats d'une enquête effectuée à l'aide de la technique du panel. A deux reprises, en 1990 et en 1991 , on a constitué un échantillon aléatoire de francophones de la grande région ...