Recensions

Yves Bélanger et Michel Lévesque (dir.) (avec la collaboration de Lizette Jalbert et Richard Desrosiers). René Lévesque. L'homme, la nation, la démocratie, Sillery, Presses de l'Université du Québec, 1992, 495 p.[Record]

  • Robert Comeau

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  • Robert Comeau
    Histoire, UQAM

Automne 1992 Serge Denis. Le long malentendu. Le Québec vu par les intellectuels progressistes au Canada anglais 1970-1991, Montréal, Boréal, 1992, 199 p. L'ouvrage est divisé en quatre chapitres. Le premier aborde la nature de l'État canadien et la problématique «centralisation-fragmentation». Il montre comment les analyses dominantes au Canada anglais diffèrent de celles de jeunes auteurs critiques du début des années 70 de la période «Waffle». Textes à l'appui, l'auteur montre que l'héritage intellectuel du «Waffle» n'a pas permis d'élaborer un projet commun de renouvellement social et constitutionnel commun au Québec et au Canada anglais. Un deuxième chapitre analyse les grands épisodes constitutionnels des années 1980. Il aborde les positions de la revue Canadian Dimension, en particulier lors du référendum québécois de 1980. Puis il passe en revue les points de vue des universitaires progressistes sur le rapatriement et la réforme constitutionnelle de 1981-82. Sur !'Accord de Meech, les positions des progressistes du Canada-anglais sont de plus en plus éloignées de celles des Québécois. Serge Denis tente d'expliquer pourquoi les anglophones en sont venus à critiquer de plus en plus le nationalisme québécois. Ce n'est pas seulement à cause de l'orientation néo-conservatrice qui colorait le nationalisme québécois mais à cause de la «confusion entre discours dominant et question nationale». «Alors que les grandes centrales syndicales québécoises refusaient l'Accord du lac Meech parce qu'il ne se fondait pas sur l'exercice effectif de l'autodétermination, la gauche anglophone réclamait, pratiquement, une négation encore plus crue des principes de l'autodétermination.» (p. 129). Dans le troisième chapitre sur l'économie politique radicale, Denis s'étonne que les analyses produites par ce courant (Léo Panitch) ne fassent pas référence, entre autres aspects, aux problèmes nationaux. Enfin, le dernier chapitre apporte quelques éléments de réflexion sur la situation actuelle. Au Canada anglais, c'est la perspective d'un assujettissement plus grand à l'empire américain qui attise le mécontentement de la gauche. Vaincre cette tendance en accentuant la Bulletin, volume 1, no 1 centralisation de l'État canadien sans tenir compte des exigences de la nation québécoise et des revendications du Québec mènera à un cul de sac. Serge Denis juge très sévèrement l'incapacité d'élaboration théorique de la gauche du Canada anglais et les contradictions majeurs de l'État canadien. Il montre que l'effort du NPD pour tenir compte des questions nationales a tourné court: «Au fil des ans, le NPD ne remit pas en question la vision traditionnelle du socialisme canadien sur l'État, qui s'arc-boute à la défense et à la promotion de son unité et de sa centralisation [ ... ].» L'auteur souligne que dans son essai Philip Resnick «pose la nécessité que le Canada anglais renonce à envisager l'avenir constitutionnel par le préalable du maintien des structures d'État établies et par la volonté de leur absolue sauvegarde.» C'est un point de vue nouveau qui réjouit S. Denis pour qui «L'histoire du Canada est sur le point d'être modifiée qualitativement» (p. 173). Nous avons ici une brillante étude des débats politiques menés par les progressistes anglophones du Canada anglais depuis 20 ans. Il en ressort clairement que l'évolution du Québec a très souvent été mal perçue et que l'évaluation faite de sa réalité s'est souvent révélée erronée. Robert Corneau Histoire -UQAM Yves Bélanger et Michel Lévesque (dir.) (avec la collaboration de Lizette Jalbert et Richard Desrosiers). René Lévesque. L'homme, la nation, la démocratie, Sillery, Presses de l'Université du Québec, 1992, 495 p. René Lévesque a été l ...