Chronique bibliographique

Arnaud Lucien, La justice mise en scène. Approche communicationnelle de l’institution judiciaire, Paris, L’Harmattan, 2008, 295 p., ISBN 978-2-296-06634-2.[Record]

  • Guillaume Provencher

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  • Guillaume Provencher
    Université Laval

La discipline du droit n’arrive pas à expliquer à elle seule toute la complexité de l’expérience juridique. Jean Carbonnier a soutenu à son époque que tous les phénomènes juridiques sont également, d’une certaine façon, des phénomènes sociaux, mais que l’inverse n’est pas pour autant vrai : « tout le social n’est point juridique ». En effet, a-t-il précisé, le droit n’est pas partout et il n’est pas tout. La discipline du droit doit s’ouvrir, par la force des choses, à d’autres champs d’études pour refléter, avec plus de justesse, la réalité complexe de son objet d’étude. Au cours des dernières décennies, l’avancement rapide des moyens techniques de communication et le développement des sciences de l’information et de la communication ont secoué le monde juridique. Ils ont forcé la mise à jour de bon nombre de règles de droit positif et contribué à la naissance de nouveaux domaines de pratiques juridiques. L’effet de la communication sur le droit ne se limite cependant pas à une série d’élaborations ou de modifications de libellés législatifs. L’onde de choc de la communication est à la hauteur des grands bouleversements politiques et économiques. La communication impose aux phénomènes juridiques un nouveau cadre d’analyse. Arnaud Lucien publie chez L’Harmattan un ouvrage intitulé La justice mise en scène. Ce dernier est essentiellement une refonte de sa thèse de doctorat qu’il a soutenue en sciences de l’information et de la communication. Sa thèse propose, développe et soutient une analyse communicationnelle de l’institution judiciaire. L’ouvrage de Lucien est séparé en trois grandes parties. Chacune est ensuite scindée en deux sous-parties distinguant également toutes deux chapitres. La démarche de Lucien est méthodique, et le résultat s’avère rigoureux. Il invite à « penser le fait de juger comme une activité sociale de communication et [à] analyser la justice comme une institution de médiation » (p. 9). Il effectue également une analyse exhaustive du phénomène de médiatisation de la justice ainsi que des effets et des changements qu’elle impose à l’institution judiciaire. Lucien développe au fil de son ouvrage une analyse communicationnelle en plein coeur d’un phénomène juridique. Bernard Lamizet, professeur de sciences de l’information et de la communication à l’Institut d’études politiques de Lyon, souligne dans une courte préface à l’ouvrage, l’audace de Lucien qui a choisi « d’analyser l’institution judiciaire comme l’un des lieux de l’espace public, comme l’un des champs politiques dans lesquels se met en oeuvre une activité de communication » (p. 9). La démarche et les conclusions de sa recherche rendraient désormais hasardeuse une analyse de l’institution judiciaire qui tenterait de faire l’économie des théories des sciences de l’information et de la communication. En d’autres mots, Lucien a su démontrer avec efficacité la nécessaire implication mutuelle des théories du droit et de la communication dans une étude sur les phénomènes juridiques. Il n’est pas nécessaire d’avoir une grande expérience du monde juridique pour comprendre que rien n’est laissé au hasard dans un palais de justice. Tout y est ordonné et tout mouvement est ritualisé. Son emplacement même, habituellement au centre des activités de la ville, ainsi que l’architecture du bâtiment indiquent le caractère extraordinaire de la situation qui y amène les citoyens. Aller au palais de justice n’est pas aller faire ses emplettes au marché. Le palais de justice n’est pas un lieu commun, ou s’il en est un, il est le lieu le plus commun, car il est le lieu de rencontre symbolique de toute une société. Le tribunal est une enceinte particulière dans laquelle siège le juge et se rencontrent les parties impliquées dans un litige. La distribution des rôles n’est pas égalitaire dans …

Appendices