Chronique bibliographique

Vincent Gautrais (dir.), École de Montréal, Montréal, Thémis, 2019, 268 p., ISBN 978-2-89400-429-6

  • Yan Sénéchal

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  • Yan Sénéchal
    Université de Montréal

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La recension d’un ouvrage collectif représente souvent un véritable défi. La présente publication ne fait pas exception. Le défi se révèle d’autant plus périlleux que, dans ce cas-ci, l’horizon thématique de l’ensemble est annoncé par un titre clair-obscur : École de Montréal. Que signifie l’emploi de ce syntagme nominal ? La question prend tout son relief sachant qu’il existe déjà plus d’une « école de Montréal » dans le champ culturel québécois, que ce soit en peinture (Alfred Pellan, Paul-Émile Borduas, etc.), en histoire (Guy Frégault, Michel Brunet et Maurice Séguin), en sociologie (Michel Freitag), en sémiotique visuelle (Fernande Saint-Martin), en sociocritique littéraire (Gilles Marcotte, Marc Angenot et Régine Robin), en communication organisationnelle (James R. Tylor) ou en gestion des entreprises (Corinne Gendron). En fait, l’ouvrage collectif invite les lecteurs à découvrir une école principalement formée et fréquentée par des juristes, qui – au fil du temps – a progressivement ouvert ses portes à des chercheurs spécialisés dans d’autres champs universitaires (informatique, sociologie, etc.). L’entreprise n’est certes pas inédite : en Europe, par exemple, la Belgique a son « école de Bruxelles » (Chaïm Perelman) ; la France, son « école d’Orléans » (Catherine Thibierge). Cependant, à la différence de ces écoles, l’édification de celle de Montréal s’est appuyée sur un véritable travail collectif, irréductible à une ou deux figures tutélaires, qui a donné lieu à la formation de grandes équipes interdisciplinaires. Que semblable projet se soit amorcé au Québec peut a priori surprendre. Ce serait toutefois oublier l’existence de certaines transformations à l’oeuvre dans le champ juridique, plus particulièrement dans le contexte de la recherche juridique, depuis la Révolution tranquille. La fondation du Centre de recherche en droit public (CRDP) à l’Université de Montréal, en 1961, constitue dans cette perspective un événement de première importance dans la province. Au fil des décennies, le CRDP a contribué à l’institutionnalisation de la recherche juridique tout autant qu’à son dynamisme. Exemplaire de ce statut est, dans l’histoire récente de l’institution, la création du Regroupement droit, changements et gouvernance (RDCG), qu’elle a mis sur pied et animé depuis 2010 en collaboration avec des professeurs et des étudiants des facultés de droit de l’Université McGill et de l’Université Laval. L’ouvrage collectif sous la direction de Vincent Gautrais offre justement un instantané des réflexions et des réalisations menées par le RDCG en publiant des textes écrits individuellement par 17 de ses collaborateurs. L’actuel directeur du CRDP a rédigé le texte ayant pour titre « Présentation de l’École de Montréal » (p. 1). Dans cette introduction, Vincent Gautrais se fait le porte-parole d’un « travail d’introspection » (p. 4), entrepris par des collaborateurs du RDCG, qui a pris la forme d’un « exercice de révélation » (p. 3) du passé, du présent et de l’avenir de l’École de Montréal. Les fondations de ladite école, précise Gautrais, auraient été principalement coulées dans le coffrage des travaux de trois juristes et d’un sociologue. Au cours des années 90, ceux-ci ont renouvelé la recherche juridique en décentrant le regard exclusivement interne posé par la doctrine classique sur le droit positif. Diversifiant les approches intradisciplinaires et s’ouvrant à l’interdisciplinarité, ils ont focalisé de manière originale leurs recherches sur les phénomènes juridiques et judiciaires à l’aide des lentilles conceptuelles du « pluralisme juridique », de l’« internormativité », de la « surdétermination » et de l’« effectivité ». La publication d’un ouvrage collectif par Andrée Lajoie, Roderick Macdonald, Richard Janda et Guy Rocher s’avère emblématique de cette nouvelle forme de recherche juridique sur le droit et la justice à l’aube des années 2000, au côté duquel pourrait figurer celui qui …

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