La franc-maçonnerie sous le régime françaisÉtat de la question[Record]

  • Roger Le Moine
La franc-maçonnerie sous le régime français État de la question Par Roger Le moine La franc-maçonnerie spéculative moderne se développe au XVIIIe siècle depuis les Iles britanniques. La création de la Grande Loge de Londres remonte à la Saint-Jean d'été de 1717 et la publication des Constitutions de James Anderson, à 1723. Bientôt, elle gagne le continent. Si, en France, l'existence de la loge Amitié et fraternité de Dunkerque, supposément fondée en 1721, n'est plus admise1, d'autres loges sont créées dont l'existence est attestée à partir de 1725 et de 1726. Les chartes sont d'abord octroyées par Londres puis par Londres et par des loges françaises jusqu'à ce que soit fondée, en 1728, la Grande Loge de France. En 1740, on compte dans ce pays vingt-quatre loges dont quinze à Paris. Trois ans plus tard, leur nombre a doublé2. En 1762, il existe soixante-quinze loges à Paris et quarante-quatre en province3. Le rappel de ces dates et de ces chiffres n'est pas étranger à mon proposai le situe si l'on songe que le régime français se termine en 1763 par le traité de Paris. A ce moment, la maçonnerie, qui existe en France depuis bientôt trente-cinq ans, connaît un développement certain. De sorte qu'elle a pu provigner en Nouvelle-France comme elle l'a fait ailleurs, suivant en cela l'exemple de la maçonnerie 1. Alain Le Bihan, Loges et chapitres de la Grande Loge et du Grand Orient de France, (2e moitié du XVIIIe siècle), Paris, B.N., 1967, p. 82. 2. Daniel Ligou, Dictionnaire universel de la franc-maçonnerie française, Paris, Éditions de Navarre-Prisme, vol. 1, p. 502-503. 3. P. Chevallier, Histoire de la franc-maçonnerie française, vol. 1, Paris, Fayard, 1974, p. 123.116 ROGER LE MOINE britannique qui avait commencé de se répandre dans le monde plusieurs années plus tôt. Depuis le milieu du XIXe siècle, la question de la franc-maçonnerie en Nouvelle-France a été soulevée par quelques historiens. Le 31 janvier 1851, le secrétaire de la loge La Clémente Amitié de Paris, Hyacinthe Leblanc de Marconay qui a vécu au Canada de 1834 à 18404 s'adresse en ces termes au vénérable et aux membres de la loge Albion no. 17 de Québec: Vénérable maître et Frères, vous avez l'avantage de posséder un des plus anciens temples de la Franc-maçonnerie, puisque son érection date de 1721...5 Ce court passage, comme les textes qui s'en inspirent, appelle des commentaires. Mais on ne saurait les formuler sans avoir retracé l'histoire de la loge à laquelle Marconay fait allusion et dont la fondation serait contemporaine de celle de la loge de Dunkerque. Ce faisant, on rectifiera une erreur qui est à l'origine de toute une tradition. Selon A.J.B. Milborne, Albion no 17 a d'abord été une loge militaire du Quatrième bataillon de l'artillerie britannique, laquelle a reçu sa charte en 1785 de la Grande Loge provinciale de l'état de New York, de l'obédience de la Grande Loge de Londres. En 1787, elle fait l'acquisition, comme cela se peut à l'époque, de la charte d'une loge mise en sommeil et dont la fondation remonte non à 1721 mais à 1752. En 1829, la loge de militaire devient civile et elle s'affilie en 1869 à la Grande Loge du Québec. Elle porte au registre le numéro deux6. L'histoire de cette loge a également été tracée, quoique de façon plus ou moins exacte et complète, dans un long manuscrit anonyme qui, sur l'essentiel, recoupe les affirma- 4 ...