Robert Rumilly et la fondation du Centre d'information nationale (1956)[Record]

  • Pierre Trépanier
Robert Rumilly et la fondation du Centre d'information nationale (1956) Par PIERRE TRÉPANIER «Un climat rude, un sol généralement pauvre ne permettent pas à la province de Québec d'être un grand pays agricole. Au contraire, l'abondance des chutes d'eau, génératrices d'électricité, voue notre province à un destin industriel.» Ces lignes, qui rendent un accent de modernité, auraient pu être tracées par un des intellectuels citélibristes de la Révolution tranquille. Elles sont pourtant signées Robert Rumilly, un des représentants québécois les plus éminents de la droite intransigeante2. Elles invitent à examiner sous un nouveau jour la Révolution tranquille en tant que phénomène intellectuel. L'effervescence idéologique, qu'on s'est plu à identifier au libéralisme et à la social-démocratie, travaillait aussi en fait une certaine droite nationaliste, en mal de renouveau. De cette droite, on n'a retenu que les dénonciations des forces de changement à l'œuvre au tournant des années 1960. En vérité, il y avait sans doute là davantage qu'une simple résistance: l'amorce d'un contre-projet, quelque chose comme une Révolution tranquille de droite. Avec d'autres cadres, le Centre 1. Je remercie le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada pour son aide financière et, pour leur concours, Jean-Roch Cyr et François Hudon. Le regretté monsieur Robert Rumilly m'a accordé treize entrevues du 5 mai au 12 août 1972. Monsieur André Vachon a bien voulu répondre aux questions de Jean-Roch Cyr le 11 octobre 1983. Quant à monsieur Pierre Guilmette, il s'est prêté au même exercice le 24 octobre 1983 alors qu'il nous recevait, ma femme Lise et moi-même. Enfin, le chanoine Achille Larouche m'a adressé deux lettres, les 15 oct. et 3 nov. 1986. À toutes ces personnes j'off re mes remerciements. Il va de soi que j'assume seul la responsabilité de mes interprétations. 2. Robert Rumilly, «Les obstacles à la survivance franco-américaine», Tradition et Progrès, v. 3, no 1, hiver 1960, p. 14-15.232 PIERRE TRÉPANIER d'information nationale, fondé en 1956 par Robert Rumilly, a été le laboratoire de cette fermentation des idées. Robert Rumilly ne s'en cachait pas: par son éducation, les influences formatrices de sa jeunesse, ses idées et sa sensibilité, il appartenait à la droite nationale française, plus précisément à la famille idéologique de Rivarol et des Écrits de Paris3. Ce courant néo-vichyste rassemblait autour de René Malliavin des fidèles du pétainisme, des nostalgiques du fascisme et d'anciens ligueurs d'Action française, unis dans une commune detestation du résistantialisme, du gaullisme et du communisme4. L'ombre lumineuse de Charles Maurras guidait toujours ces écrivains et journalistes, qui ne craignaient pas cependant de rénover, dans la fidélité à son esprit, la doctrine du vieux maître. Délesté de son royalisme, le nationalisme intégral devenait atlantiste et européen. Il s'employait à pratiquer une sorte d'œcuménisme de la vraie droite, assez large pour accueillir dans la solidarité, au-delà des divergences, en même temps que Maurice Bardèche et Lucien Rebatet, des catholiques traditionalistes comme Jean Madiran ou Marcel Clément. C'est armé de ces références doctrinales que Robert Rumilly observait et analysait l'évolution du Québec dans les années 1950. Comme celle de ses maîtres, la doctrine personnelle de Rumilly associait nationalisme et catholicisme. Le catholicisme lui apparaissait comme un puissant facteur de civilisation et d'ordre. On s'est souvent mépris sur la conception 3. J'ai tenté de résumer l'itinéraire de monsieur Rumilly dans «Robert Rumilly, historien engagé», l'Action nationale, v. 73, no 1, sept. 1983, p. 9-40. J'y ai reproduit le Manifeste ...