Marie, fille du RoiUn épisode de la colonisation de la Nouvelle France au 17e siècle[Record]

  • Raymond Douville
Marie, fille du Roi* (Un épisode de la colonisation de la Nouvelle France au 17e siècle). Par Raymond Douville Principaux personnages Marie Renaudin, fille du Roi — Antoine Arbour, colon, son mari. Louise Robin, fille du Roi — Pierre Moran, colon, son mari. Louis Arbour, fils d'Antoine — Renée Moran, fille de Pierre, son épouse. Diverses autres filles du Roi: Charlotte Lemoyne, Nicole Rowley, Alice Martin, Gabrielle Laliberté, Claudette Gaulin, Anita Lapointe, etc. Le gouverneur de la Nouvelle France, Rémi de Courcelles. L'intendant Jean Talon — Prêtres et missionnaires — hauts dignitaires. Madame Bourdon (Anne Gasnier), protectrice des filles du Roi. Officiers et soldats — colons et coureurs des bois. La sœur directrice d'un couvent de Paris. Des jeunes filles orphelines (16 à 20 ans). Le notaire Pierre Duquet — son greffier. ACTE PREMIER DÉCOR: Intérieur d'une petite maison de colon près de Québec, vers 1685. Marie Renaudin est assise près d'une fenêtre à demi-ouverte et fait du reprisage. Sa belle-fille, Renée, va coucher son * Note de l'éditeur: La maladie, puis le décès de notre collègue Luc Lacourcière l'ont empêché de terminer son article pour le présent Cahier. Pour y remédier, nous avons fait appel l'un de nos membres émérites, Raymond Douville, qui nous a offert ce manuscrit. U s'agit, selon son expression, d'une fresque ou fantaisie historique sur un sujet qu'il affectionne particulièrement et qu'il ne destinait pas, du moins pour le moment, à la publication. Nous croyons tout de même que ce thème s'intègre bien dans l'esprit de nos travaux habituels, et nous remercions sincèrement notre collègue de sa collaboration.256 RAYMOND DOUVILLE bébé dans la pièce à côté et revient après avoir fermé laporte avec précaution. RENÉE - (Elle s'approche de sa belle-mère et lui parle à voix feutrée) Enfin il s'est endormi! J'ai toujours peur quand je le sens malade. MARIE - (d'une voix fatiguée) Chaque année c'est la même chose. C'est le temps des canicules, des mouches, des orages. L'hiver, c'est le froid, les tempêtes de neige. On n'est jamais sûr de rien. Ma chère Renée, c'est dur élever des enfants dans ce pays-ci. RENÉE - Mais non, belle-mère. Quand on les aime, ça guérit de tout. Vous le savez bien. Aujourd'hui, je sais ce que vous avez, Vous vous ennuyez de nos hommes. Pas vrai? MARIE - Oui, c 'est probablement ça. Si au moins ils étaient avec nous autres. renée - Y vont revenir, y vont revenir. Ça sera pas long asteure. (Du dehors arrive un chant de femme. Elle fredonne: «Y a longtemps que je t'aime, jamais je ne t'oublierai»). RENÉE - Tiens, c'est maman qui vient nous voir. (Louise Robin entre en chantant. Elle se sert de son chapeau de paille comme éventail) LOUISE - Quelle chaleur! Oh la la!.. J'ai sarclé dans le jardin pendant une heure. Mais j'en peux plus. MARIE - Moi aussi j'ai travaillé une partie de la matinée dans le jardin. Si tu voyais mes choux, mes radis. Je voudrais tant que tout soit beau quand nos hommes vont revenir. LOUISE - Au fait, j'ai appris qu'on les a vus à Lachine, voilà trois jours passés. RENÉE - (Elle se jette au cou de sa mère) Pas possible. LOUISE - Hubert Gaudry, de Batiscan, a parlé à des honmes qui sont descendus avec eux des Outaouais... MARIE - Comme ça, ça se pourrait qu'ils arrivent avant la brunante. RENÉE - Peut-être avant. LOUISE- L'orage d'hier a pu les retarder. Je les attends pas beaucoup avant demain. MARIE - Je sais pas ...