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Comptes rendus bibliographiques

ROCK, Michael T. (2002) Pollution Control in East Asia. Lessons from Newly Industrializing Economies. ISEAS, 196 p. (ISBN 1-891853-48-1)

  • Frédéric Lasserre

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  • Frédéric Lasserre
    Université Laval

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Si la littérature foisonne sur les questions politiques et économiques dans les pays en voie d’industrialisation d’Asie de l’Est, ce n’est que plus récemment que la problématique du développement durable a été abordée; et ce n’est que de façon encore très occasionnelle que la question de la pollution industrielle et de sa gestion trouve sa place dans les écrits sur la région. Cet état de fait reflète, bien involontairement sans doute, l’attitude de certains États, pour lesquels la croissance constituait l’objectif prioritaire – ses conséquences ne devant en aucune façon la ralentir. Mais cette politique de « grow first, clean up later » n’a pas été retenue par tous les États de la région : d’autres ont adopté des mesures dont le bilan, pour modeste qu’il puisse être, n’est pas nul. Cette différence souligne bien à quel point cette dialectique de la croissance et du respect de normes environnementales était, en Asie comme ailleurs, une question sociale et politique.

Ainsi, les gouvernements de la Malaisie et de Singapour se sont-ils attachés à mettre en oeuvre des politiques de lutte antipollution pendant la période de forte croissance industrielle et urbaine; d’autres gouvernements, comme la Corée du Sud ou Taiwan, ont au contraire privilégié la croissance, mais ont depuis élaboré des programmes et des normes cohérents et efficaces. Seule la Thaïlande n’est pas parvenue à définir une approche globale de la problématique de la pollution et n’a ainsi aucun programme efficace à son actif.

L’auteur, à travers une suite d’études de cas, pays par pays, examine ainsi les facteurs qui ont conduit les gouvernements à mettre en oeuvre des politiques, plus ou moins strictes, de lutte contre la pollution d’origine industrielle et urbaine. On pourrait lui faire reproche de cette approche classique qui aboutit à de nombreuses redondances plutôt qu’à une étude thématique sur l’ensemble de la région.

La lutte contre la pollution trouve en partie son origine dans les pressions internationales. Les sociétés occidentales et du Japon, plus sensibles aux thèmes écologistes, ont exercé une pression soit directe, par l’entremise de leurs gouvernements, soit à travers leurs propres firmes (comme lorsque la firme américaine Gap a imposé des normes de recyclage des eaux usées), soit encore par l’élaboration de normes internationales d’accès aux marchés, comme la fameuse norme ISO 14000. Mais des pressions se sont aussi exercées à l’intérieur de chaque État, à mesure que se développait une classe moyenne urbaine.

La baisse relative de la pollution que l’on observe dans certains pays d’Asie de l’Est, à Taiwan notamment, ne s’explique pas uniquement par une conscientisation de l’opinion publique et des changements dans les politiques gouvernementales : elle reflète aussi les mutations industrielles, le tissu productif taiwanais passant d’industries très polluantes (textile, construction mécanique) à des industries plus sophistiquées et se tertiarisant, réduisant du même coup l’intensité de la pollution par unité de production.

L’auteur élabore également un modèle, qu’il tente de corroborer par ses études de cas qui permettent de rendre compte des facteurs ayant poussé les gouvernements à définir des politiques environnementales ou ont, au contraire, freiné cette évolution. Tout d’abord, l’État doit être autonome par rapport aux groupes de pression de la société civile; la très forte imbrication des cercles industriels et du gouvernement thaïlandais permet en bonne partie d’expliquer sa piètre performance en matière de lutte antipollution, alors même que l’opinion publique thaïlandaise est très sensible, aujourd’hui, à ces questions environnementales. De plus, l’action de l’État sera plus efficace s’il dispose d’une administration solide et cohésive. Là encore, les remous politiques des années 1990 en Thaïlande ont contribué à saper les capacités de contrôle de l’administration thaïlandaise, rendant caducs les rares programmes figurant dans le corpus législatif du pays. Enfin, l’auteur souligne l’importance pour l’État d’être en mesure de créer des institutions qui bénéficieront de sa légitimité pour mettre en oeuvre des politiques de lutte antipollution.

On trouvera dans l’ouvrage des analyses politiques précises et détaillées, pays par pays, des liens très forts qui existent donc entre stature de l’État, rôle de la société civile et des groupes de pression et bilan environnemental. On aurait aimé une analyse un peu plus précise des typologies adoptées à l’échelle de la région : la lutte antipollution s’attaque-t-elle à une pollution localisée ou diffuse? Les normes en vigueur visent-elles spécifiquement certains types d’émissions ou sont-elles plus générales? Ont-elles été mises en oeuvre dans tout le territoire? D’autres dimensions restent donc à explorer autour de cette intéressante thématique.