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Comptes rendus bibliographiques

ALONSO, Hugo, NÚÑEZ, Lantaro et POURRUT, Pierre (2003) Les oasis du désert d’Atacama, Nord Chili. Paris, L’Harmattan (Coll. « Ressources renouvelables »), 143 p. (ISBN 2-7475-3712-9)

  • Frédéric Lasserre

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  • Frédéric Lasserre
    Université Laval

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La thématique de cet ouvrage, sous-titré « Gestion de l’eau et défi du temps », est particu-lièrement d’actualité. Comment une communauté, qui avait maîtrisé une ressource fondamentale, renouvelable mais limitée, a-t-elle pu faire et fait-elle face, dans le passé et aujourd’hui, aux défis que représente son développement? Issu d’un projet multidisciplinaire de recherche, intégrant des dimensions sociales, historiques, géographi-ques, environnementales, l’ouvrage se penche sur la relation entre le désert, l’homme et l’eau.

De fait, l’ouvrage décrit bien comment les communautés atacameñas, en réponse à un changement climatique, l’assèchement de la côte du Pacifique, ont migré vers l’intérieur pour se fixer dans le désert d’Atacama. Là, elles se sont adaptées à un environnement particulièrement aride, afin de tirer des oasis les moyens d’assurer un développement économique durable : commerce caravanier, techniques d’irrigation particulières avec règles sociales strictes et précises, élevage et combinaison de cultures spécifiques. Cette structure socio-économique fait penser au modèle des « sociétés hydrauliques » d’Asie du Sud-Est, dans lesquelles le pouvoir était légitimé par sa capacité à mobiliser la ressource en eau pour assurer la production agricole. Ici, nulle mousson et pas de structure d’État, mais c’est bel et bien « le contrôle et la maîtrise de l’eau qui fondent désormais le pouvoir »; cette maîtrise est assurée, en plus de techniques agricoles spécifiques, par la construction de canaux empierrés pour réduire l’infiltration et par la plantation d’arbres le long de ces canaux pour limiter l’évaporation.

Cependant, on reste un peu déçu sur un certain nombre de points : sur le plan de la forme tout d’abord, l’ouvrage, produit d’une traduction, contient de nombreuses maladresses, fautes de grammaire et de style, qui en rendent la lecture parfois ardue. Certaines expressions surprennent dans cet ouvrage universitaire et conviendraient mieux à des brochures touristiques. La qualité des cartes et des illustrations – l’éditeur en convient – est très moyenne; de plus, la numérotation des figures ne correspond pas aux références dans le texte, et certaines sont bien loin du texte correspondant. Mais surtout, l’iconographie, certes abondante, ne sert que très partiellement le propos. On relève ainsi cinq plans archéologiques de villages et d’habitations, mais ces illustrations, dispersées dans l’ouvrage, n’appuient aucun développement spécifique; a contrario, on aurait aimé des plans, des croquis sur les techniques agricoles, sur les routes caravanières et des plans plus lisibles de la région et de ses ressources hydrographiques.

Sur le plan de la structure, l’ouvrage présente une alternance, peu justifiée, d’exposés sur les données géographiques et environnementales de la région et de passages sur l’histoire de la région, au point que le lecteur perd rapidement le fil logique de l’exposé. C’est d’autant plus regrettable que la problématique de l’ouvrage, telle que l’annonce l’introduction, porte sur une intéressante question d’actualité : « l’idée était que la dégradation apparente des oasis avait pour cause un appauvrissement des ressources en eau. Et que cette diminution de la ressource provenait des prélèvements des usines de cuivre de Calama et Chuquimata ». Pourtant, le corps de l’ouvrage n’aborde que marginalement cette problématique, mais réserve de longs passages à l’évocation d’éléments historiques, dans le désordre.

Défauts de fond, enfin : dans leur souci de vulgariser, les auteurs se font parfois elliptiques. L’eau serait de « mauvaise qualité à cause de la géologie », mais encore? Les groupes atacameños auraient atteints un « haut niveau technologique », mais on n’évoque que les pratiques de momification. On note l’absence d’un chapitre spécifiquement consacré à l’inventaire des ressources en eau et à ses usages (volume, régime d’écoulement, augmentation de la charge en sel, surfaces irriguées, captages, réseaux de canaux, prélèvements de plus en plus concurrents, consommation et des cartes correspondantes, bien que certaines de ces informations soient disséminées dans le corps de l’ouvrage – avec en particulier un intéressant exposé sur l’origine des eaux des sources d’altitude, provenant de la lente migration de l’eau dans les nappes aquifères profondes. Des contradictions émaillent parfois le texte. Ainsi lit-on, sur la même page, que « les paysans n’ont pas eu besoin d’affiner ou d’adapter leurs techniques culturales », mais que « ces techniques s’essoufflent »… À la suite de l’intégration des immigrés du XXe siècle, la « refonte du système d’irrigation » aurait « remis en selle un meilleur équilibre économique entre acteurs inégaux », selon des processus qui ne sont pas expliqués.

En bref, un sujet fort intéressant, des passages pertinents, une approche multidisciplinaire louable, mais un ouvrage qui laisse souvent le lecteur sur sa faim, voire irrite. Dommage.