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Cet ouvrage collectif part du constat de la distorsion existante entre la réalité des flux migratoires d’aujourd’hui et la perception que le grand public et les politiques ont des migrations et des migrants. Source de xénophobie et de racisme, cette distorsion est basée sur une alarmante méconnaissance de la réalité migratoire, en fonction de la propension à s’appuyer sur des sondages d’opinion et non sur des études scientifiques. À travers les différents articles qui composent ce numéro spécial, Alternatives Sud a pour objectif de « réduire ce fossé entre réalités et perceptions » (p. 9) et de montrer que la migration est un droit fondamental et une évolution structurelle du monde.

Le contenu du numéro est divisé en quatre parties. La première partie privilégie des analyses transversales qui s’attaquent directement à différentes idées reçues sur la migration pour les critiquer, afin de contribuer à l’évolution d’une vision scientifique sur les circulations migratoires et de reconnaître les droits fondamentaux des migrants tout en faisant la promotion d’un débat migration-démocratie.

La deuxième partie se concentre sur l’Amérique latine, plus particulièrement sur le Brésil, le Mexique et la Bolivie. Entre autres, une étude portant sur un groupe de migrantes boliviennes ayant quitté la ville de Cochabamba pour Buenos Aires, en Argentine, montre que la migration de ces femmes réorganise, d’une certaine façon, les rapports hommes-femmes au sein du foyer d’origine. Cependant, la plupart des changements sont très limités et de caractère transitoire (Bastia, 2015).

La troisième partie est consacrée à l’Asie, avec trois articles sur la Chine, l’Inde et le Bangladesh. En lien avec la reconnaissance des droits fondamentaux des migrants, soulignons l’article sur l’exploitation des migrants internes en Chine, dans l’industrie de la construction. Cet article montre comment la sous-traitance est devenue un problème très grave dans cette industrie, lequel a eu comme conséquence une marchandisation de la main-d’oeuvre dans les villages. La sous-traitance a eu pour conséquence de bafouer les droits de travailleurs migrants et elle a généré une culture de la violence, les travailleurs se voyant obligés de créer des troubles afin de défendre leurs droits (Ngai et Huilin, 2015).

Finalement, avec un article sur l’Afrique centrale et un autre sur le Sénégal, la quatrième partie du numéro s’intéresse à l’Afrique. Les thèmes abordés sont la relation entre migration et développement (Bazonzi, 2015) et la migration comme stratégie d’adaptation face aux variations environnementales (Tandian, 2015).

À une époque où le débat politique autour de la migration du sud vers le nord est crispé et instrumentalisé dans la plupart des pays du Nord, où l’opinion prend le pas sur la connaissance scientifique, ce numéro spécial d’Alternatives Sud apporte un éclairage sur la question migratoire à partir des réalités empiriques. Celles-ci aident à démonter les discours publics dominants en proposant un vrai débat démocratique sur les migrations en tant que phénomène structurel et droit fondamental, une réalité qui touche la plupart des régions du monde.