Comptes rendus bibliographiques

VERDEIL, Éric, FAOUR, Ghaleb et HAMZÉ, Mouin (dir.) (2016) Atlas du Liban. Les nouveaux défis. Liban, Presses de l’Institut français du Proche-Orient, 111 p. (ISBN 978-2-35159-717-0)[Record]

  • Stéphane Ghiotti

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  • Stéphane Ghiotti
    CNRS, Laboratoire, Art-Dev UMR 5281, Montpellier (France)

Après une première édition parue en 2007 portant sur « territoires et société », Éric Verdeil et ses coauteurs proposent, une décennie plus tard, un nouvel Atlas du Liban, sous-titré cette fois-ci Les nouveaux défis. Quiconque a travaillé au Liban sait combien l’accès aux données est difficile et, même lorsque ces dernières sont disponibles, combien leur interprétation est périlleuse et leur traduction cartographique souvent difficile. On ne peut donc que se féliciter du travail accompli dans cet ouvrage et de son utilité. Cette nouvelle version est organisée en six chapitres. L’organisation interne est originale : les chapitres ne sont pas constitués d’une succession de cartes, mais structurés en sous-thèmes permettant une vision à la fois fine et globale du thème général abordé. Ainsi, sont judicieusement articulés graphiques, diagrammes, cartes et photos, aux articles écrits par les meilleurs spécialistes des questions abordées et associant très souvent chercheurs « locaux » et « non locaux ». L’ensemble est très convaincant, permettant des degrés et des niveaux de lecture et de compréhension différents mais articulés, au service d’une démonstration crédible et efficace loin des images d’Épinal et des stéréotypes trop souvent véhiculés et réducteurs d’une réalité beaucoup plus nuancée. Le premier chapitre donne un cadrage général de la situation géopolitique, en particulier des conséquences de la guerre en Syrie et des implications pour l’État libanais en termes de contrôle et maîtrise de son territoire. Le second chapitre fournit également des clés de compréhension générale et de contextualisation en abordant les dynamiques économiques et sociales et leurs conséquences sur l’organisation et la structuration de la société libanaise. Sont particulièrement mises en évidence les fragilités du système en lien avec les choix politiques effectués par les gouvernements successifs depuis 1990. Le troisième chapitre se focalise sur l’urbanisation, dont l’ampleur et la rapidité de l’expansion contemporaine suscitent des interrogations quant à ces conséquences sociales et territoriales. Celles-ci sont développées dans les chapitres suivants, sous l’angle environnemental (avec des actualisations concernant les risques et les conséquences des changements climatiques) dans le quatrième chapitre, et sous l’angle des services publics (en crise) dans le chapitre V. L’Atlas se termine par un sixième chapitre consacré à l’urbanisme, l’aménagement et la gouvernance territoriale. Parmi les nombreux atouts de cet ouvrage, ce dernier chapitre constitue une réelle plus-value par son traitement du politique, même si ce thème traverse l’ensemble des problématiques traitées. La question du politique renvoie très explicitement à celle du pouvoir sous toutes ses formes et ses dimensions. Cette question est souvent (étonnamment) absente, sous-estimée, voire caricaturée dans de trop nombreuses publications généralistes sur le Liban. En prenant des exemples variés allant de la reconfiguration urbaine d’un quartier à la question intercommunale ou encore à l’aménagement du territoire et du développement local sous influence / dépendance de l’aide internationale, Éric Verdeil et ses coauteurs font preuve de pertinence et de pédagogie pour décortiquer les manifestations et traductions de la question politique. Cette vision à la fois incarnée et précise du politique et du pouvoir en action contribue à une mise en perspective réussie d’une vision monolithique et unitaire du confessionnalisme et du communautarisme qui demeure souvent présente. Au titre des regrets, peu nombreux, on pourrait déplorer la très faible place donnée à l’agriculture, notamment vis-à-vis la question foncière et celle de la pollution, ou encore à l’eau, sur l’épineux sujet des eaux souterraines. Le caractère plus concis (mais tout aussi soigné) de l’Atlas version 2017, par rapport à celle de 2007 (208 pages), n’enlève rien à sa pertinence. La plus grande exhaustivité de la première version s’inscrivait dans une volonté de dresser un état des …