Note de recherche

Réflexions sur le référendum de 1992[Record]

  • Pierre Douilly

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  • Pierre Douilly
    Département de sociologie, Université du Québec à Montréal

Cahiers de recherche sociologique, no 20, 1993Réflexions sur le référendum de 1992Pierre DOUILLYPour la deuxième fois de leur histoire les citoyens du Québec ont été consultés sur leur avenir constitutionnel. À la différence de celui de 1980 toutefois, le référendum de 1992 n'était pas exclusivement québécois; en effet se tenait simultanément à travers le Canada un référendum fédéral sur l'entente constitutionnelle de Charlottetown, au point qu'on ne peut donc pas dire si le référendum du 26 octobre 1992 est un référendum québécois, ou tout simplement un référendum canadien administré au Québec par le gouvernement provincial (et bien entendu à ses propres frais). Cette situation, pour le moins ambiguë, et en contradiction avec le consensus dégagé à la Commission Bélanger-Campeau selon lequel seul le Québec a le droit de se prononcer sur son avenir constitutionnel, est l'un des nombreux effets pervers du virage politique fédéraliste pris par le gouvernement Bourassa au cours de l'été 1992 et dont l'aboutissement fut l'entente de Charlottetown qui consacrait l'intégration définitive du Québec à l'ensemble canadien et qui banalisait la société distincte en faisant du Québec une province comme les autres. Au plan électoral cela se traduisit par un référendum mi-canadien, mi-québécois, ou encore "canabéquois" pour reprendre une expression récemment utilisée.Mais un tel référendum ne pouvait que rappeler le plébiscite de 1942 car il risquait de réveiller les vieux fantômes qui dorment dans le placard canadien. Le risque était, en effet, de faire ressortir, comme en 1942, l'opposition irréductible entre le Québec et le reste du Canada sur les choix nationaux: dès le début de la campagne référendaire, les sondages révélaient que le Canada voterait Oui et le Québec Non. Si une telle chose s'était finalement produite, cela aurait assurément révélé au grand jour l'irréductible opposition entre les deux sociétés et renforcé le mouvement souverainiste du Québec dans l'opinion publique canadienne et internationale.C'est sans doute pour éviter cette situation, néfaste de son point de vue, que l'ancien premier ministre canadien, Pierre Elliott Trudeau, s'est prononcé pour le Non lors de son discours du 1er octobre à Cité libre: il préféra alors noyer le Non québécois, anticipé par les sondages, dans un Non canadien, pour éviter de reproduire le clivage des deux sociétés dans leur expression électorale. Il donna ainsi de la crédibilité au camp du Non à travers le Canada anglais, avec le résultat qu'à partir de sa prise de position on assista à un renversement de l'opinion222Ethnicité et nationalismes. Nouveaux regardspublique canadienne en faveur du Non, qui finalement l'emporta dans l'ensemble du Canada et dans sept provinces sur dix (incluant le Québec), souvent avec des majorités très fortes. Parmi les grandes provinces, seule l'Ontario approuva l'entente, mais par une marge infime.Si toutefois Pierre Elliott Trudeau a été écouté et suivi au Canada anglais, au Québec il n'eut aucune audience: en effet, ce que le résultat transcanadien cache, c'est un double phénomène remarquable. Dans le reste du Canada, les minorités francophones ont très majoritairement appuyé le Oui, tout comme au Québec la minorité anglophone. Comme en 1980, et même comme en 1942 lors du plébiscite sur la conscription, la minorité s'est dissociée en bloc de la majorité du Québec. Mais contrairement au passé, la minorité anglophone du Québec est aujourd'hui en rupture avec la majorité anglophone du Canada qui a voté Non, et inversement la minorité francophone du Canada est en rupture avec la majorité francophone du Québec.Pour la première fois de leur histoire, les deux ...