Entre résistance et commercialisation : à la recherche du renouveau politiquePrésentation[Record]

  • Marie Nathalie LeBlanc
Entre résistance et commercialisation : à la recherche du renouveau politique PrésentationMarie Nathalie LeBlancLe terrain de la culture populaire nord-américaine s’est redéfini grâce à l’essor et à la mondialisation du hip-hop à la fin des années 1980. De nos jours, la culture hip-hop continue d’évoluer au sein du marché mondial de la musique populaire. Les premiers artistes hip-hop aux États-Unis témoignaient de leurs conditions de vie à travers divers modes d’expression – musicaux avec les rappeurs et les DJ qui pratiquent le platinisme, le turntabalism ou le scratching ; corporels par le breakdancing des b-boys et b-girls ou graphiques chez les graffitistes ou les bombeurs. Au-delà de chacune de ces formes artistiques, les artistes et leurs auditoires considèrent le hip-hop comme un mode de vie associé à l’appropriation des espaces urbains1 ; de là découle la notion de « culture hip-hop ».Au-delà de son expressivité, la culture hip-hop est peut-être l’expérience la plus réussie en matière de médiatisation de communautés dites marginales et de mondialisation culturelle. Que ses racines soient retracées dans la tradition griotique d’Afrique de l’Ouest, dans les chansons de travail des esclaves du Delta du Mississippi aux États-Unis ou encore dans la musique dancehall des Caraïbes2, la naissance de la musique hip-hop dans les années 1970 est généralement associée au DJ d’origine jamaïcaine Clive Campbell. En effet, DJ Kool Herc, de son nom d’artiste, organisait des fêtes dans le Bronx new-yorkais au 1520, Sedgwick Avenue. En utilisant deux platines de mixages jointes pour enchevêtrer des percussions rythmées avec de la musique funk, il développe la technique électronique du « rythme cassé » (breakbeat), caractérisé par des rythmes binaires très syncopés et qui donnera lieu à l’échantillonnage (sampling), caractéristique principale qui démarquera le rap des autres styles musicaux. Les invités du 1520, Sedgwick Avenue étaient libres de prendre le micro et de rapper sur cette musique, afin de mettre en scène leur habileté verbale et d’exprimer leur créativité spontanément. Ces soirées ont été déterminantes pour le son et le sens de la communauté qui ont forgé les pionniers du hip-hop américain, notamment les rappeurs Grandmaster Flash, Afrika Bambaata et The Sugarhill Gang.À l’origine, les thèmes du rap, qui reste l’expression la plus commercialisée de la culture hip-hop, s’inscrivaient dans les dynamiques sociales, politiques et raciales du milieu urbain new-yorkais3. Des groupes engagés, tels que Public Enemy, ont documenté à travers leur musique les formes contemporaines de l’inégalité aux États-Unis4 tout en publicisant la centralité des dynamiques de racialisation au sein de cette société5. C’est ainsi que les premiers artistes du hip-hop américain développèrent une culture dite d’opposition6 ou de résistance en référence à la pauvreté et à la discrimination raciale qui sévissaient dans les ghettos noirs7. Tout en dénonçant l’expérience vécue quotidienne de la discrimination raciale aux États-Unis, cette culture s’est construite à l’intersection de l’héritage de l’expérience de l’esclavagisme et de la réalité quotidienne de la culture noire transnationale8. Il s’agissait donc d’un mouvement artistique de portée sociopolitique mis en scène à travers une culture de la fête (ou block parties). Pour une génération alors privée de son patrimoine culturel, le hip-hop représentait une forme d’expression révolutionnaire. Dès son émergence, la musique hip-hop et son message de résistance aux diverses formes de la domination socio-économique ont attiré un public diversifié en raison de sa capacité d’incarner la réalité des groupes marginalisés ou minorisés.Conçu par les Américains d’origine africaine, latino et antillaise9, ce type de représentation du quotidien transcende aujourd’hui les frontières linguistiques ...

Appendices