Éditorial

Époque formidable ou phénomène passager ?[Record]

  • France Bouthillier
Époque formidable ou phénomène passager? Est-ce le phénomène El Nino, ou comment expliquer la vague de commissions, de consultations, de politiques et de nouveaux millions qui déferle sur le milieu des bibliothèques depuis l'automne dernier? Assistons-nous enfin à un renforcement du rôle des bibliothèques dans la société, ou est-ce l'effet de serre qui nous donne du bon temps pour une courte durée? Après tous les scénarios apocalyptiques sur l'avenir du livre et des bibliothèques que nous avons entendus au cours des dernières années, il faut admettre qu'au Québec on se croirait sur une autre planète, car jamais cet avenir n'a semblé si prometteur! Après le Colloque sur les bibliothèques publiques l'automne dernier, nous avons eu droit à la Commission sur le projet de Grande Bibliothèque, à un projet de politique sur la lecture en mars 1998, à un sommet sur ce projet en avril, à des consultations tenues par la Ville de Montréal sur le projet de Grande Bibliothèque, à une consultation sur sa localisation organisée par le ministère de la Culture et des Communications en mai, à l'allocation de nouveaux budgets pour l'achat de livres et en prime une politique gouvernementale sur l'autoroute de l'information. Soudainement, il semble que l'on vit une fabuleuse époque pour les bibliothèques publiques et scolaires, en particulier. Pourtant, le gouvernement actuel, en début de mandat en septembre 1995, démarrait cette fabuleuse période avec des compressions de 17% (l'équivalent de 3,7 millions) dans les subventions aux bibliothèques municipales. Quand on connaît aussi les coupures de postes qui ont été faites dans les bibliothèques scolaires, on peut rester sceptique face à ce déferlement de mesures, alors que dans plusieurs milieux, on cherche désespérément les moyens. Il est tout à fait légitime de se réjouir en voyant la classe politique se préoccuper des bibliothèques, de lecture et de livres. Mais il faut se rappeler qu'elle a aussi des visées politiques, surtout à la veille d'élections. Quand un gouvernement fait de la défense de la culture québécoise une priorité politique, il est normal qu'il veuille laisser sa marque en matière culturelle. Cependant, les priorités peuvent rapidement changer et ce qui semble acquis aujourd'hui peut être demain remis aux calendes grecques. De plus, dans des secteurs comme les bibliothèques municipales et scolaires, les prises de décision qui affectent la réalité quotidienne de ces organisations se font surtout au niveau local par un conseil municipal ou une commission scolaire, de sorte que des politiques et des consultations gouvernementales, même de nouveaux budgets pour acquérir des livres, n'améliorent pas nécessairement l'accès aux services. On peut aussi se réjouir de voir le nombre et la diversité d'intervenants qui se sont prononcés sur les projets gouvernementaux depuis plusieurs mois. D'un coup, on se rend compte que la lecture et un projet comme celui de la Grande Bibliothèque fascinent beaucoup de monde. Pourtant, quand une municipalité introduit ou augmente les frais d'inscription à la bibliothèque ou encore diminue ses heures d'ouverture, il n'y a pas foule pour dénoncer ces mesures susceptibles de limiter l'accès à la lecture. Est-ce que cela est en train de changer ou changera avec une politique de la lecture? On peut espérer ou on peut en douter. Chose certaine, il y a lieu d'être positif vis-à-vis de l'ensemble des nouveaux développements qui s'annoncent. Mais restons critiques, car des politiques gouvernementales et des budgets supplémentaires, il y en a eu d'autres... et les services de bibliothèques ont connu des améliorations... et ...