IntroductionIntroduction[Record]

  • Gabrielle Désilets and
  • Sandrine Jean

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Les dernières décennies ont été marquées par l’augmentation de l’octroi de visas temporaires, au détriment de ceux accordant le statut permanent, ainsi que par la multiplication des types de visas temporaires dans les pays traditionnels d’immigration comme le Canada. Par exemple, à partir de 2006, le nombre de résidents temporaires admis au pays dépassait le nombre de résidents permanents sur le territoire (Citoyenneté et Immigration Canada 2015). Le recours aux travailleurs temporaires et aux migrants qualifiés marque un tournant dans la politique migratoire canadienne (Alboim et Cohl 2012 ; Foster 2012 ; Piché 2012). Néanmoins, peu d’études se sont penchées sur l’expérience de migration des travailleurs temporaires qualifiés (Dauvergne et Marsden 2014 ; Kuvik 2012). La catégorie de visa et le type de qualification avec lesquels une personne arrive dans une nouvelle société sont déterminants dans l’expérience vécue de la migration. Cependant, le statut légal et les qualifications à eux seuls ne suffisent en aucun cas pour expliquer la diversité des trajectoires migratoires des personnes aujourd’hui en situation de mobilité. Les articles de ce numéro illustrent la complexité et la circularité des flux migratoires contemporains ainsi que la multiplicité des parcours des migrants appartenant à la classe moyenne. Les données de terrain rassemblées montrent qu’en observant l’intersection entre ces catégorisations, on constate toute une gamme de statuts qui ne sont pas fixes, mais hautement mobiles et contrastés dans le temps et dans l’espace. Dans ce numéro thématique, nous nous intéressons à la mobilité volontaire et souvent temporaire des migrants middling, un terme d’abord utilisé par Conradson et Latham (2005) pour nommer la mobilité des personnes qui appartiennent à la « classe moyenne » transnationale, soit dans le pays de départ, soit dans celui d’arrivée, ou encore dans les deux (Smith 2005). Cette « nouvelle classe » de migrants aux origines sociales, ethniques et nationales diverses (Meier 2014) se distingue de celle des migrants « forcés ». En effet, les middlings choisissent volontairement et personnellement de migrer, souvent dans le but de travailler à l’étranger. Selon Lasch (1995), les professionnels transnationaux forment une « nouvelle classe », étant donné que leurs activités de subsistance dépendent non pas du principe de propriété, mais plutôt de leur capacité à manipuler l’information et l’expertise professionnelle dans l’économie du savoir et de la connaissance. Dans ce que Plöger et Becker (2015) qualifient de skills turn, la migration des middlings s’inscrit aussi dans les stratégies déployées par les États, les régions et les villes des pays industrialisés pour attirer et retenir les travailleurs qualifiés en contexte de vieillissement des populations et de pénurie de main-d’oeuvre. Pourtant, au-delà de ces discours politisés, les parcours migratoires des middlings ne sont pas exempts d’obstacles (Rutten et Verstappen 2014). Nous en savons encore peu sur les motifs de leur migration, sur leurs expériences à l’arrivée dans le pays d’accueil ainsi que sur leur quotidien dans les villes où ils s’installent. Les quatre articles de ce numéro thématique traitent de cette question. L’article de Gabrielle Désilets présente des données tirées d’une recherche ethnographique dans les rues, les commerces et les entreprises de l’écosystème créatif du secteur Saint-Viateur Est du Mile-End, à Montréal. L’auteure présente la catégorie des migrants middling par rapport à celles de l’élite mobile et des travailleurs non qualifiés pour offrir une lecture critique des politiques migratoires qui misent sur les stratégies d’attraction et de rétention des travailleurs qualifiés. En exposant les contradictions inhérentes entre les motivations personnelles et les incitatifs structurels propres au marché du travail mondialisé, l’auteure mobilise ...

Appendices