DE LA DANSE AU MUSÉE AU MUSÉE DE LA DANSE[Record]

  • Eloïse Guénard
DE LA DANSE AU MUSÉE AU MUSÉE DE LA DANSE Eloïse Guénard Depuis quelques années, le nombre d’invitations faites à la danse d’entrer au musée n’a cessé d’augmenter. Plusieurs musées ont créé des départements dédiés à la performance (en arts visuels et dans le champ des arts vivants), des aménagements spécifiques ont été conçus et quelques pièces chorégraphiques ont intégré des collections publiques1. Les conceptions et les formats engagés n’en demeurent pas moins hétérogènes, qu’ils répondent à une intention pédagogique, événementielle, patrimoniale ou esthétique (de l’atelier à l’exposition historique, de la visite dansée face aux oeuvres à la programmation chorégraphique indépendante). Clin d’oeil au titre de la revue, Écosystème, ce texte combine une approche esthétique et institutionnelle, avec pour toile de fond le dialogue historique de la danse et des arts visuels. Comment les musées ou les centres d’art, traditionnellement dévolus à des objets, prennent-ils en charge la présentation du corps vivant et pourquoi ? Que devient une chorégraphie dont les codes de représentation sont mis à l’épreuve du musée ? Une histoire dansée À considérer le musée comme un lieu de conservation, où s’écrit de surcroît l’histoire de l’art, le bénéfice réciproque de ce rapprochement se laisse aisément deviner. La danse y trouverait-elle un remède à sa nature éphémère ? Faut-il le rappeler, une chorégraphie, en tant qu’art du geste, ne laisse que de rares traces, sans appartenir non plus au régime allographique qui caractérise la musique2. L’urgence de la préservation de sa mémoire surgit violemment quand le milieu se voit frappé par le sida dans les années 1980, relancée dernièrement par la perte de grandes figures tutélaires de la danse contemporaine. Le musée, de son côté, continuerait sa mue pour accueillir les pratiques les plus contemporaines et se défaire du caractère de sanctuaire, voire de cimetière dont il a pu être incriminé3. Néanmoins, cette ambition s’expose à différents paradoxes. À partir des années 1990, la volonté de prendre en charge l’histoire de la danse et d’en créer une archive vivante, par exemple à travers des formes de reenactment, apparaît chez différents chorégraphes. Sans doute la réflexion patrimoniale dont le musée est investi s’inscrit-elle dans ce contexte. Le titre de plusieurs pièces en témoigne. 20 danseurs pour le XXe siècle de Boris Charmatz, donné entre autres au MoMA, à la Tate Gallery et au Mac/Val, déploie une histoire de la danse dans l’espace. Les interprètes disséminés dans les salles, couloirs et escaliers exécutent des morceaux choisis, d’Isadora Duncan à Vaslav Nijinsky, de Merce Cunningham à William Forsythe, de Pina Baush à Dominique Bagouet et jusqu’à Michaël Jackson. Avec le titre évocateur de Restrospective (Fondation Tapiès, Barcelone, 2012, Centre Pompidou et MoMA PS1, 2014, notamment), l’exposition chorégraphique de Xavier Le Roy emprunte une voie comparable par la temporalité qu’elle instaure. L’interférence entre arts du temps et de l’espace y apparaît explicitement. Une vingtaine d’interprètes s’approprient des extraits solo réalisés par Xavier Le Roy entre 1994 et 2010. Dans le numéro de Repères, cahier de danse, « Danse et/au musée4 », Scarlet Yu, qui a collaboré à la pièce, explique comment la chronologie prévalente dans les arts visuels est ici transposée en une action. Figure 3 : Xavier Le Roy, Retrospective, MoMA PS1, New York, 2014. Photo reproduite avec l’aimable autorisation de © Matthew Septimus et MoMA PS1 L’institution muséale déplace-t-elle le dialogue déjà ancien de la danse avec les arts visuels sur le terrain historiographique ? Jérôme Bel s’y attelle dans le travail qu ...

Appendices