Études

L’Afrique – le Maghreb – le Proche-Orient[Record]

  • Ousmane Silla

Ousmane SILLA

L'AFRIQUE — LE MAGHREB — LE PROCHE-ORIENT

INTRODUCTION

Le grand projet de la diplomatie africaine est la réalisation de l'Unité africaine, mais cet objectif se trouve freiné par la poursuite parallèle des constructions nationales dans le cadre des nouveaux États. Ainsi le mythe panafricain s'estompe sans disparaître et continue à être l'élément commun qui oriente toutes les politiques étrangères des États africains.

Les rapports Afrique sud-saharienne, Maghreb et Moyen-Orient seront influencés par cet objectif, les données historiques et géographiques et les politiques nationales.

I - LES DONNÉES HiSTORICO-GÉOGRAPHiQUES

1 - Données géographiques

Le Maghreb semble géographiquement beaucoup plus proche de la Méditerranée et de l'Occident si l'on ne se réfère qu'à sa partie septentrionale. Par sa culture, elle se rattache au bloc arabe qui va jusqu'à Téhéran. Mais si l'on se réfère plutôt à sa partie sud, il se trouve relié à la masse continentale de l'Afrique.

II sera ainsi tiraillé entre l'Est, le Sud et le Nord.

2 - Données historiques

À ce déterminisme géographique, l'histoire a apporté des retouches qui influencent aussi les relations orientales, maghrébines et africaines.

M. Ousmane SILLA est professeur à l'université de Dakar.

4 ÉTUDES INTERNATIONALES

Ousmane SYLLA

Il nous faut, au seuil de cette étude, rappeler la permanence historique des relations entre les pays situés au Nord du Sahara et au Sud, que Ton pourrait remonter jusqu'aux mouvements migratoires du néolithique.

C'est l'Islam au XIe siècle qui renforcera les liens que le commerce tran-saharien avait poursuivi. Les Almoravides partiront du Sénégal pour régner sur l'Espagne andalouse. De nombreux lettrés arabes iront à la découverte du Soudan (Ibn Batouta) à cause des voyages des souverains de ces pays en Egypte et en Arabie. Les courants commerciaux poursuivront à travers le Sahara le trafic des esclaves, le commerce du sel et de l'or.

Tous ces faits historiques démontrent que durant la période précoloniale, les rapports entre l'Afrique de l'Ouest, le Maghreb et le Makrech étaient intenses. Malgré ces contacts privilégiés que l'Orient arabe eut avec l'Afrique par l'entremise de l'Islam, il faut signaler que l'islamisation ne s'est presque pas accompagnée d'arabisation. Ce qui fait que l'influence de la culture arabe n'a jamais été très forte. L'Islam a été adopté comme une foi et non comme une culture, une civilisation et un droit.

À partir du XVe siècle, du reste, la progression conjointe de l'Islam et de la culture arabo-berbère déclina avec l'arrivée des navigateurs européens sur les côtes africaines.

Avec l'ouverture du commerce maritime atlantique, les peuples noirs, sans tout à fait tourner le dos au désert, firent face à la mer et commencèrent à prendre contact avec la civilisation occidentale. Les divers pouvoirs coloniaux en place se garderont — (bien entendu, et dans leur intérêt) — de favoriser des contacts entre le Maghreb et les pays au sud du Sahara. Ils joueront sur la disparité des statuts et imposeront leurs lois sur ces deux parties de l'Afrique. Ils arrivaient à éviter tout véritable contact entre ces colonies. C'est ainsi que des troupes africaines, « les fameux tirailleurs sénégalais », seront utilisées contre les populations nord-africaines pour le maintien de l'ordre. Il faut souligner combien leur utilisation a pu desservir le rapprochement maghrébo-africain. Les prises de position de certains politiciens d'Afrique pendant la guerre d'Algérie et les révolutions tuniso-marocaines ont pu surprendre. Certains de ces chefs ne cherchant qu'à sauvegarder leur position vis-à-vis de la France plutôt que de soutenir les révolutionnaires algériens ...