Études

Les programmes canadiens de coopération avec les États d’Afrique[Record]

  • Louis Sabourin

Louis SABOURIN

LES PROGRAMMES CANADIENS DE COOPÉRATION AVEC LES ÉTATS DE L'AFRIQUE

(particulièrement avec l'Afrique francophone)

INTRODUCTION

Les programmes de coopération du Canada avec l'Afrique ont suscité de nombreux débats passionnés sur la scène publique canadienne et internationale au cours des dernières années. Si, d'une part, des problèmes purement politiques — notamment certaines péripéties nationales et internationales désobligeantes — ont tenu la manchette plus souvent que les programmes de coopération eux-mêmes, le Canada a, d'autre part, réussi à mettre sur pied des échanges officiels avec presque tous les pays africains et à accomplir là-bas des réalisations appréciables. Dans certains cas, on a dépassé le cap des « projets » pour jeter les fondements d'une coopération étroite et suivie ; dans d'autres cas, on en est encore au stade des premières prises de contact.

a) La voie de la coopération canadienne en Afrique

La distance parcourue sur la voie de la coopération avec l'Afrique n'a pas été aussi longue qu'on l'aurait souhaité de

M« Louis SABOURIN est directeur de l'Institut de Coopération internationale de l'Université d'Ottawa.

part et d'autre, mais la locomotive roule maintenant sur les rails. Dès le début, on croyait qu'il serait possible d'établir des « services d'aide-express » entre le Canada et chacun de ces États. Or, comme il existait près d'une quarantaine de gares africaines sur la voie de la coopération canadienne, et qu'il y avait des passagers qui attendaient à chacune de ces gares, il fut impossible de mettre en œuvre autant de « services » en un court laps de temps. Le président de la Société canadienne demanda donc à son bureau de direction d'établir une feuille de route. Bien vite, on se rendit compte que les membres de ce bureau avaient décidé de faire arrêter le train à des endroits où, comme par hasard, la langue de Shakespeare était à l'honneur. « First things first » rétorqua-ton à ceux qui osèrent s'étonner de cet itinéraire. Pour faire taire les critiques, on affecta quelques crédits spéciaux pour permettre au convoi de faire des arrêts ici et là où la langue de Molière était officiellement reconnue.

Mais les conducteurs plaidèrent « difficultés de parcours », notamment qu'un train tricolore obstruait la voie. Au Canada, en particulier au Québec, les éton-nements du début se transformèrent en critiques acerbes ; le nouveau président de;

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la Société décida d'agir. Il dépêcha en Afrique ses conseillers les plus chevronnés. Bientôt apparurent sur la voie de la coopération, non pas le convoi tant attendu, mais des éclaireurs, les bras chargés de « projets ». Ils informèrent les futurs passagers de la « couleur » du convoi et les rassurèrent que le « train n'était pas loin ». Dans les gares, on prépara la fête. On sortit les étendards des caisses. Ceux qui eurent la ruse de hisser la feuille d'érable reçurent un billet de « première » ; ceux qui arborèrent leur propre emblème passèrent en « seconde » ; quant au chef de gare de Libreville qui — sur l'avis de son vieil ami en instance de départ pour Colombey — opta pour le drapeau fleurdelisé, il vit le train lui filer sous le nez ! Quand il eut appris qu'avec ses « nouveaux cousins » du Canada il fallait bien connaître ses couleurs et faire la distinction entre le « rouge et blanc canadien » et le « bleu et blanc québécois », on lui indiqua qu'il pourrait prendre le prochain train î

Un an plus tard, le convoi avait complété son périple et s'était arrêté dans presque tous les pays africains. Les motifs de ces arrêts plus ...