Études

La France et l’Afrique noire[Record]

  • Robert Cornevin

Robert CORNEVIN

LA FRANCE ET L'AFRIQUE NOIRE

Traiter des relations de la France et de l'Afrique noire dans son ensemble au cours des dix ou quinze dernières années est une tâche difficile. Tout d'abord fonctionnaire français, je n'ai pas qualité pour parler au nom des services français de la Présidence de la République (M. Foccart), du ministère des Affaires étrangères (M. Schumann), du secrétariat d'État aux Affaires extérieures chargé de la Coopération (M. Yvon Bourges) ou de celui des départements et territoires d'outremer compétent pour la Réunion et la Côte des Afar et des Issa (M. Rey). Rappelons toutefois que l'usage veut qu'un fonctionnaire participant à un colloque parle toujours en son nom personnel.

Le problème est différent suivant qu'il s'agisse de l'ancienne Afrique française, de l'ancienne Afrique belge, de l'Ethiopie, du Libéria, des anciens territoires britanniques ou des colonies portugaises, de la Guinée équatoriale et du Rio de Oro.

Diversité des États d'Afrique noire

Us sont quinze à avoir hérité des structures administratives françaises autoritaires et hiérarchisées, utilisées d'autant plus facilement par les nouveaux gouvernements africains qu'ils s'appuyaient presque toujours sur un parti unique ou largement dominant.

Pour le Congo-Kinshasa, la rupture belgo-congolaise de juillet 1960 donne à la France une position particulière. Le représentant de la France aux Nations-Unies, certes, sera le seul à voter constamment aux côtés du représentant de la Belgique. Mais, par ailleurs, la France peut aider le Congo sur divers plans, en particulier administratifs et culturels. Dans cette perspective, reparler du vieux droit de préemption de la France sur le Congo à la veille de l'indépendance (même sur le conseil de l'abbé Fulbert Youlou) était une maladresse inutile.

Les hommes politiques du Rwanda et du Burundi évangélisés par des Pères Blancs français avant les colonisateurs allemands étaient au début fort bien disposés

M, Robert CORNEVIN est attaché au Centre d'études et de documentation sur l'Afrique et l'Outremer, de Paris.

4 ÉTUDES INTERNATIONALES

LA FRANCE ET L'AFRIQUE NOIRE

pour la France, la communauté de langue ouvrant d'intéressantes perspectives culturelles.

L'Ethiopie, où l'influence française jusqu'en 1936 fut prépondérante, bénéficiait d'une sollicitude particulière d'autant mieux acceptée que les Anglais, en aidant en 1941 l'Empereur à reprendre son trône, avaient commis des maladresses qu'excusait à peine l'état de guerre.

Par ailleurs, la position de la Côte française des Somali, devenue Côte des Afars et des Issas, revendiquée à la fois par la République de Somalie et l'Ethiopie donnait à la France une position de force dont on appréciera la valeur lors de la visite du Général de Gaulle.

En ce qui concerne les colonies anglophones, malgré certains écarts de langage au lendemain des indépendances, une rupture des relations diplomatiques décrétée par le gouvernement de Nigeria après l'explosion de la première bombe atomique française, les relations ont été bonnes dans l'ensemble et ont permis d'importants investissements privés français, notamment au Nigeria et au Ghana.

Le Libéria a des relations anciennes et cordiales avec la France.

Avec l'Afrique orientale (Tanganyika, Kenya, Ouganda), la France n'était guère représentée que par ses missionnaires : Pères Blancs de Monseigneur Lavigerie en Ouganda et au Tanganyika, Spiritains au Tanganyika. De même, au Malawi, Pères Blancs et Montfortains, en Zambie, Pères Blancs et protestants français de la mission de Paris chez les Barotsé (depuis le pasteur Coillard).

Cette action missionnaire était encore plus importante au Lesotho où les protestants français de la mission de Paris avaient été rejoints ...