Chroniques

Les relations extérieures du Canada[Record]

  • Pierre O’Neil

Pierre O'NEIL

LES RELATIONS EXTÉRIEURES DU CANADA

Reconnaissance diplomatique de la République populaire de Chine

Survenue durant l'une des phases les plus dramatiques du déroulement de l'affaire Cross-Laporte, la reconnaissance par le Canada de la République populaire de Chine, annoncée le 13 octobre, n'a guère été mise en relief.

Mais elle reste, ainsi que l'a déclaré le secrétaire d'État aux Affaires extérieures M. Mitchell Sharp, dans une conférence de presse au siège des Nations-Unies à New York, la décision la plus importante prise par le Canada au cours de l'année.

Elle vient d'ailleurs d'être suivie par une décision similaire de la République italienne et certains indices permettent de croire que la Belgique et l'Autriche pourraient bientôt suivre l'exemple du Canada.

Même les dernières dépêches en provenance de Washington font allusion à la possibilité que les États-Unis, craignant d'être isolés à cet égard, songent à plus ou moins brève échéance à imiter le Canada.

Si cette réaction en chaîne devait se produire, elle pourrait sans doute être attribuée au compromis auquel en sont venus le Canada et la République populaire de Chine au sujet de la position du gouvernement de T'ai-wan aux yeux des deux gouvernements.

M. Sharp en a expliqué la teneur dans la déclaration officielle qu'il faisait à la Chambre des communes le 13 octobre :

«Le gouvernement chinois réaffirme que T'ai-wan est une partie inaliénable du territoire

Pierre O'NEIL est journaliste et courriériste de La Presse, à Ottawa.

de la République populaire de Chine. Le gouvernement canadien prend note de cette position du gouvernement chinois.

«... le gouvernement canadien ne juge pas à propos d'appuyer ni de contester la position du gouvernement chinois quant au statut de T'ai-wan. Telle a été et telle demeure notre position. Comme le dit le communiqué, nous avons pris note de la déclaration du Gouvernement chinois concernant T'ai-wan. Nous sommes conscients du fait que c'est là le point de vue de la Chine et nous nous rendons compte de l'importance qu'elle y attache, mais nous n'avons à cet égard aucune observation à faire ni dans un sens ni dans un autre i. »

Accueillie favorablement en Chambre par les conservateurs et les néo-démocrates, la décision du Canada n'en a pas moins soulevé quelques critiques.

Les Conservateurs reprochèrent au gouvernement d'avoir accepté de rompre ses relations diplomatiques avec les autorités de T'ai-wan comme une condition de l'établissement de rapports avec la République populaire de Chine.

(Au moment même où le gouvernement canadien annonçait la reconnaissance de la République populaire de Chine, les autorités de T'ai-wan brisaient leurs relations avec le Canada et l'Ambassadeur quittait précipitamment la capitale canadienne au grand désarroi d'une forte partie de la population chinoise du Canada).

Le ministre Sharp expliqua plus tard que la position du Canada était parfaitement logique, qu'il ne s'était jamais écarté du principe de la reconnaissance d'une seule Chine, qu'il avait déjà considéré T'ai-wan comme étant la Chine et qu'il avait tout simplement changé d'idée au moment d'entreprendre des négociations avec la République populaire.

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La réaction des Néo-démocrates fut favorable. Le parti fit savoir que le jour où le gouvernement de T'ai-wan réduirait ses prétentions territoriales pour se déclarer simplement le gouvernement de Formose, le Canada devrait s'empresser de renouer des liens avec ce pays.

Quant aux Créditistes, ils s'étaient toujours opposés à la reconnaissance de la République populaire ...