Comptes rendus

Lévesque, Jacques, Le conflit sino-soviétique et l’Europe de l’Est. Préface de François Fejtö. Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal 1970. xx + 387 p.[Record]

  • M. S.J. Rawin

profonde de cet exposé de politique juridique pour la solution des problèmes que la communauté internationale devra affronter.

ANDRÉ DUFOUR,

professeur agrégé

de droit international public,

université Laval.

Lévesque, Jacques, Le conflit sino-soviétique et l'Europe de l'Est. Préface de François Fejtô. Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal 1970. xx + 387p.

Parmi les huit pays de l'Europe de l'Est qui se sont retrouvés après la Deuxième Guerre mondiale sous la domination soviétique, un seul — la Bulgarie — a apparemment échappé aux contraintes centrifuges et à la tentation d'affirmer son indépendance. Le schéma est très particulier ; il soulève certaines questions importantes relatives aux forces qui sous-tendent l'évolution des relations à l'intérieur du bloc soviétique. M. Lévesque s'interroge sur ce problème en portant l'attention sur deux cas : la tentative polonaise de désoviétisation après le soulèvement de 1956, à la suite du retour au pouvoir de Gomulka, et le glissement persistant de la Roumanie, lors de l'influence du bloc soviétique, déjà sous Gheorghiu et plus tard sous Ceausescu. Les événements de Pologne étaient de loin plus dramatiques, mais vus rétrospectivement, ce fut le déroulement de la situation en Roumanie qui se révéla être d'un caractère plus durable et, par conséquent, d'une portée internationale plus forte.

L'auteur fait état de l'évolution de ces deux sociétés quant à la rivalité sino-soviétique à l'intérieur du bloc. Pourtant, en dépit du titre de l'ouvrage, ce facteur est toujours maintenu en arrière-plan par rapport à l'objectif primordial de l'étude : la volonté des « leaderships » nationaux d'échapper au statut de satellite lié aux pressions politiques et idéologiques. Il en résulte une description bien structurée qui fait apparaître avec beaucoup d'à-propos l'enchevêtrement des forces internes et externes à l'intérieur de chacun des systèmes. On peut mesurer l'autorité de l'auteur à l'interprétation complexe qu'il donne au sujet, encore qu'il délimite toujours, de façon claire, son cadre d'analyse. Le compte rendu de l'attitude de Pékin

à l'égard des transformations des « leaderships » polonais et hongrois pendant la période de 1956 — facteur crucial dans le comportement sociétique — illustre de façon frappante le souci du détail chez l'auteur.

L'ouvrage se termine sur quelques généralisations qui dépassent le cadre immédiat de l'étude. Dans l'interprétation de M. Lévesque* les cas roumain et polonais apparaissent comme deux schémas de conduite distincte qui valent également pour les autres sociétés de l'Europe de l'Est. Ainsi, le schéma polonais qui implique un changement radical de leadership au lendemain de la révolte populaire et de la chute de l'ancien régime stalinien, se retrouve dans l'histoire de la Hongrie et de la Tchécoslovaquie. Le modèle roumain est un exemple de rébellion par le haut alors que les structures du leadership restent largement intacts, et que les masses participent peu ; il correspond à la situation yougoslave en 1948 et albanaise en 1960.

Un simple regard sur cette répartition laissera apparaître que le deuxième groupe comprend les pays les plus pauvres et les moins développés à l'intérieur du bloc. De façon significative, ce sont les pays qui, du moins jusqu'à présent, sont sortis victorieux de leur confrontation avec la puissance soviétique. Ceci semble indiquer que l'on puisse soulever toutes sortes d'hypothèses, tant au niveau de l'étude empirique des relations à l'intérieur du bloc soviétique qu'au niveau plus général de la théorie du nation building (développement des États).

L'auteur est conscient des limites de son étude ; des développements historiques de cette ...