Comptes rendus : États-Unis

Melandri, Pierre. Les États-Unis face à l’unification de l’Europe (1945-1954), Paris, Éditions a. Pedone, 1980, 535 p.[Record]

  • Christophe Malone

contribution de Charlotte S.M. Girard est appréciable.

Paul Pilisi

Département des sciences humaines Université du Québec à Chicoutimi

ÉTATS-UNIS

Melandri, Pierre. Les États-Unis face à l'unification de l'Europe (1945-1954), Paris, Éditions A. Pedone, 1980, 535 p.

Spécialiste de l'histoire récente des États-Unis et des relations américano-européennes, l'auteur de l'ouvrage sous rubrique a choisi de faire porter sa thèse de doctorat d'État sur l'attitude et les actions des États-Unis face à l'Europe de l'après-guerre.

Rédigée sous la direction du Professeur Duroselle, cette oeuvre veut s'inscrire dans le développement d'une nouvelle approche française à l'égard de l'histoire récente. Plutôt timide jusqu'ici, l'historiographie française, suivant les traces de nombreux précurseurs anglo-saxons, commence à s'attaquer aux archives de notre temps; il est vrai que jusqu'à récemment, la règle des 50 ans était de rigueur à Paris, alors que les États-Unis avaient adopté les 30 ans.

L'objet de l'ouvrage, et il diffère en cela de plusieurs études publiées jusqu'ici, n'est pas de décrire l'ensemble des relations transatlantiques pendant la période traitée, mais plutôt de cerner le processus par lequel l'administration et le congrès des États définirent une politique européenne après 1945, fondée sur la croyance que seule une Europe unie pourrait mener à bien les tâches de la reconstruction, notamment dans le cas de l'Allemagne, et plus tard, permettre aux États du vieux continent de résister à l'empire soviétique.

Melandri retrouve avec talent les origines de cette politique, dans l'expérience vécue par les États-Unis au cours de l'entre-deux-guerres, qui amena de nombreux hommes influents aux États-Unis à penser que seule l'exemple américain offrait un modèle valable pour l'Europe à reconstruire de 1945. L'ouvrage souligne que c'est le problème posé par

l'Allemagne dont la reconstruction exigeait une politique intégrationniste en Europe, qui devait définitivement convaincre l'administration et le Congrès que l'approche mondialiste aux problèmes de l'après-guerre, telle qu'incarnée par I'Onu et ses filiales, ne pouvait apporter une réponse valable aux réalités déprimantes de l'heure.

Melandri distingue deux époques qui caractérisent la politique américaine vis-à-vis de l'Europe entre la fin de la guerre et 1954; la première, qui va jusqu'à la formulation du Plan Schumann, qu'il intitule « l'ère des Frustrations », au cours de laquelle tous les efforts des Américains, à travers le Plan Marshall, l'OECE, et l'Union européenne des Paiements, en vue d'inciter les Européens à travailler ensemble, et à intégrer les Allemands, se heurtent aux dérobades de Londres et Paris. Pour la Grande-Bretagne, s'assimiler au « Club des Vaincus », représentait une déchéance trop pénible; quant aux Français, il y avait un refus de se retrouver « seuls face aux Allemands ».

Au moment où les Américains commençaient à désespérer de leurs alliés, le « Plan Schumann » les incite à croire, et beaucoup de leurs amis européens au premier rang desquels figure Jean Monnet, ne font rien pour les détromper, que tout est désormais possible, notamment dans le domaine qui les préoccupe le plus, le réarmement de l'Allemagne.

Pendant quatre ans, presque tous les intervenants américains soutiendront à fond le projet de Communauté européenne de défense, ce qui engageait l'unification de l'Europe dans un processus pour lequel les États n'étaient pas mûrs. L'échec de la CE.D. ne sera surmonté qu'en 1955, lorsque les Accords de Paris permettront à l'Allemagne d'entrer à I'Otan; cet échec mettra brutalement fin aux illusions, même si l'appui à ...