Comptes rendus : Théories, idéologies et problèmes internationaux

Falk, Richard, Kim, Samuel S., Mendolovitz, Saul H. (Eds) – Studies On A Just World Order. Volume I : Toward A Just World Order. Boulder (Col.), Westview Press, 1982, 666 p.[Record]

  • Samir Saul

2. COMPTES RENDUS

THÉORIES, IDÉOLOGIES ET PROBLÈMES INTERNATIONAUX

Falk, Richard, Kim, Samuel S., Mend-LOVITZ, Saul H. (Eds) - Studies On A Just World Order. Volume 1 : Toward A Just World Order. Boulder (Col.), West-view Press, 1982, 666 p.

Il en est des courants académiques comme de bien d'autres phénomènes: ils n'échappent pas à l'effet du balancier. L'étude de la vie internationale a longtemps privilégié l'observation des faits tangibles, des données empiriquement saisissables, voire des aspects mesurables du domaine d'investigation. On en venait à mettre l'accent sur le côté technique des relations internationales, sur les mécanismes de leur gestion, sur les paramètres de leur élaboration, bref à donner une image descriptive, certes, mais statique de la réalité. Étaient négligé le questionnement de la finalité des rapports internationaux et sous-entendue la pérennité de la structure étatique comme cadre de la société internationale.

Il fallait prévoir qu'à la suite des bouleversements des années 1970 la perception n'en restât pas là et que la question normative, celle des buts, des objectifs et des valeurs fût posée. Ce sont les tenants du projet « world order studies » qui ont cru bon d'inverser la manière d'aborder les problèmes et de prendre comme point de départ la formulation des valeurs qui devraient régir les relations internationales. Le critère d'appréciation des rapports internationaux serait un ensemble de valeurs mondialistes (« world order values ») jugées souhaitables. Vers celles-ci devrait tendre l'arrangement d'un monde « préférable » et d'une « utopie pertinente ».

On ne saurait trop louer les auteurs de vouloir s'affranchir d'un carcan idéologique et méthodologique susceptible d'étriquer l'analyse et de livrer une image incomplète de l'en-

semble des relations internationales. La guerre, le jeu des alliances, l'équilibre/désé-quilibre militaire et les arcanes de la diplomatie ne sont assurément pas les seuls dossiers dignes d'intérêt. La quête de la paix, la conquête de droits politiques et civils, le recul de l'indicible misère qui tenaille des centaines de millions d'habitants de la terre, la restauration d'un système écologique en passe de céder sous le poids d'un développement déréglé sont, à ne pas douter, des objectifs de la première importance. Et l'ouvrage nous vaut des exposés fouillés sur la triste situation qui est celle du monde contemporain et des périls qui le guettent: paupérisation croissante, guerre nucléaire, pénuries insurmontables, catastrophe écologique. Le tout est doublé, comme il se doit, de chiffres, tableaux et graphiques.

Les éditeurs servent par conséquent au public qu'ils visent, les étudiants, un recueil de textes conçu pour prendre le contre-pied des autres manuels de relations internationales. Dans la première partie, l'approche des « world order studies » est introduite au travers de certains écrits représentant la '« voix des opprimés » (par exemple,, Steve Biko et Paulo Freire). Ils sont suivis de textes concernant le système étatique. H. Bull y voit une réalité incontournable, et, en fin de compte, utile. E. Ahmad décèle dans divers pays du « tiers monde » les traits de l'État néofasciste. S. Diamond souligne le caractère coercitif de toute formation étatique et sa fonction négatrice des aspirations de la personne. J. Galtung constate le rôle grandissant des acteurs non territoriaux. I. Wallerstein fournit un nouvel énoncé de la conception de l'« économie-monde ». Les éditeurs s'attachent enfin à esquisser une idéologie de nature à favoriser l'avènement des « world order values ». Très oecuménique, cette idéologie ferait place à quiconque s'estime victimisé par l'ordre mondial actuel.

La deuxième partie réunit des textes traitant de la paix, du bien-être économique, de la justice sociale ...