Comptes rendus : Théories, idéologies et problèmes internationaux

Halpérin, Jean et Levitte, Georges (sous la direction de). Politique et religion : Actes du XXe Colloque des intellectuels juifs de langue française. Paris, Gallimard, Coll. « Idées », 1981, 411 p.[Record]

  • Frédéric Seager

système politique. Historiquement, nationalisme et libéralisme se sont développés ensemble. Les sociétés qui n'avaient pas atteint le degré de développement économique et social nécessaire pour soutenir un système libéral, se virent prises en main par des élites étatiques (bureaucratiques ou militaires) qui prétendaient prendre le pouvoir au nom de la nation et ainsi justifiaient leur droit de gouverner. Beaucoup de ces élites devinrent conservatrices voire répressives. Leurs régimes se disaient nationalistes, mais ne l'étaient pas, sauf de façon auto-déclarative.

C'est ce qui c'était produit en URSS en 1917 avec la différence que l'élite qui prit le pouvoir affichait aussi son adhésion à une idéologie qui se disait universaliste, se basant sur une classe, plutôt que sur l'ensemble de la nation. Ce fut le même phénomène dans les autres pays, notamment en Chine, en Indochine, et à Cuba. L'Europe de l'Est s'avère être l'exception dans la mesure où le communisme fut imposé par les Soviétiques. Aussi n'est-il pas étonnant que la Yougoslavie, et plus tard l'Albanie, furent les deux pays qui se distancèrent de Moscou; ce sont des élites communistes autochtones qui avaient fait la révolution. Toutes ces élites ont en commun les quatre caractéristiques d'un régime communiste que nous avons énumérées ci-dessus. Les différences qu'elles affichent sont de caractère local, c'est-à-dire qu'elles répondent à une culture politique spécifique. Ce ne sont pas des communismes nationaux puisque la nation n'est point appelée à décider de son sort. Le système communiste n'offre d'ailleurs pas à la nation l'occasion d'articuler librement ses choix. Les nations, notamment en Europe de l'Est qui ont cherché à décider de leur sort ont en fait voulu rejeter le communisme.

Notre brève argumentation en faveur d'une redéfinition des régimes communistes témoigne de l'intérêt que suscite l'ouvrage de Zwick. Sa présentation des différents régimes est bonne. Cet ouvrage mérite d'être lu par tous ceux qui s'intéressent au mouvement communiste.

Stanislav Kirschbaum

Département de science politique

Collège Glendon, York University, Toronto

HalpÉrin, Jean et Levitte, Georges (sous la direction de). Politique et religion : Actes du XXe Colloque des intellectuels juifs de langue française. Paris, Gallimard, Coll. « Idées », 1981, 411 p.

La plupart des exposés contenus dans le présent volume portent sur le judaïsme, une religion qui a toujours manifesté une grande méfiance envers l'autorité politique. Le premier État mentionné dans la Bible est Babel {Genèse, 10: 8-10), dont le sort inglorieux sert à rappeler la souveraineté de Dieu sur l'univers. Le pouvoir politique juif n'échappe pas, lui non plus, à la critique. Lorsque les Israélites demandent au vieux Samuel dejeur donner un roi « comme en ont tous les peuples », le prophète est consterné et demande conseil à Dieu. La réponse est cinglante: « Cède à la voix de ce peuple, fais ce qu'ils te disent; ce n'est pas toi qu'ils rejettent, c'est moi-même dont ils ne veulent plus pour leur roi. » Samuel finit donc par exaucer leur voeu, mais non sans leur lancer un sévère avertissement: un roi imposera à ses sujets la conscription militaire, des corvées sans fin et des contributions fiscales écrasantes (I Sam. 8: 1-15).

Si le judaïsme rejette le principe d'une domination païenne sur les Juifs, il accepte un bon gouvernement païen comme une nécessité provisoire. Emmanuel Levinas rappelle que les rabbins du Talmud ne se gênaient pas pour traiter Rome de puissance « scélérate », mais souhaitaient néanmoins sa victoire sur la Perse. À leurs yeux, Rome était le seul empire capable d ...